Charles Molette

  • Le 60e anniversaire de la libération des camps vient de rappeler la perversité du nazisme, qui visait à anéantir toute dignité de l'homme et à détruire tous les liens humains et spirituels qui ne procédaient pas de l'idéologie national-socialiste. Né le 16 juin 1920 dans le 6e arrondissement de Paris, élève à " Stanislas ", scout, entré chez les Franciscains, Gérard Cendrier veut consacrer sa vie à servir ses frères humains. Ne se dérobant pas à la réquisition du STO, il veut en faire un " service ". Chargé du " service d'Entr'aide de Cologne ", sa foi chrétienne l'incite à servir " la cohésion des travailleurs français " ; son activité débordante, l'organisation des loisirs, son dévouement aux malades, le service de la bibliothèque, etc., le mettent en évidence. L' " activité organisatrice répréhensible " (sic) de la " Mission Saint Paul " à Cologne est dénoncée à la police allemande par " un français engagé volontaire pour le travail en Allemagne ". Pourchassée pour le motif de " résistance spirituelle ", elle est systématiquement démantelée. Ainsi Gérard est-il envoyé au camp de concentration de Buchenwald avec une soixantaine de responsables et membres de l'organisation catholique française de la région " Cologne-Rhénanie ". II invite ses camarades à prier pour leurs bourreaux les plus sadiques : " Ce sont des malheureux et il faut, au contraire, accepter nos souffrances et les offrir à Dieu, en priant pour le salut de ceux qui nous font souffrir ". Cette " résistance non armée, écrit Joël Fortmann, jeune historien allemand, était uniquement une lutte contre une idéologie païenne ". Et il ajoute : " À l'époque actuelle où se répand l'hostilité contre les étrangers et où règne de plus en plus la persécution dans le monde entier nous avons besoin de modèles. Or les modèles existent : ils devraient être et doivent être donnés par l'Église à la face de toutes les nations ".

  • OEuvre monumentale, parue de 1932 à 1995, voici donc Le Dictionnaire de Spiritualité enfin publié intégralement de A jusqu'à Z, avec un index particulièrement utile. A beaucoup de points de vue, c'était un défi. Le pari a été tenu. On peut même dire que les fruits dépassent le projet primitif, car très vite les perspectives du début ont été amplifiées et précisées. Dans les années 30, lancer l'idée et assurer la réalisation d'un tel dictionnaire pouvait paraître, face au bloc solide du dogme catholique, une entreprise marginale concernant les techniques de prière, les états mystiques et les divers phénomènes qui parfois les accompagnent... A cette époque, la réflexion chrétienne, encadrée et limitée par une théologie dogmatique, en grande partie déductive et obligatoire, avait besoin d'un nouveau souffle. Voici que la spiritualité, fondée en même temps sur l'expérience et sur la liberté qui président à l'invention des divers chemins conduisant à Dieu, renouvelait toutes les questions... Cette révolution tranquille s'est faite lentement, sans bruit, sans excès. A sa place, avec d'autres éléments similaires, elle a préparé l'éclosion irrésistible de Vatican II ; et aujourd'hui, patiemment, elle aide à bien comprendre l'originalité et le dynamisme de ce concile... Des milliers de collaborateurs, provenant du monde entier et de tous les horizons, ont contribué à faire de ce Dictionnaire ce qu'il est : particulièrement utile à tous ceux qui veulent mieux connaître les auteurs spirituels de divers pays, suivre l'évolution des mentalités, des institutions, des grandes notions fondamentales... et plein d'intérêt pour tous les curieux. Ainsi s'est-il répandu à travers le monde entier et dans tous les milieux.

empty