Daniel Lander

  • Voici des poèmes, anciens pour la plupart, certains datant d'une quinzaine d'années. Incertain que j'étais alors de leur mérite, j'avais négligé de les retoucher. D'ailleurs, d'autres tâches me sollicitaient, et je repoussais sans cesse l'ingrat labeur qui consiste à reprendre, inlassablement, le même passage pour lui donner sa forme définitive - tout poème réussi présentant, comme on sait, un agencement tel qu'on ne peut ajouter ni retrancher, ni même changer un seul mot, sans en compromettre l'équilibre d'ensemble. Or, ces poèmes laissés pour compte faisaient sournoisement leur chemin dans mon esprit, et me donnaient mauvaise conscience. Je les ai donc sortis de la chemise où ils dormaient et, ne m'en souvenant presque plus, je les ai, pour ainsi dire, découverts comme si quelqu'un d'autre que moi les eût écrits. Bien qu'à se pencher ainsi sur son passé, on risque d'éprouver quelque funeste indulgence, j'ai, tout au contraire, bénéficié du recul de temps nécessaire pour me relire d'un oeil neuf, plus impartial, plus lucide, en un mot plus juste. J'ai, d'emblée, éliminé les textes que leur insuffisance condamnait à un oubli légitime, et tenté d'améliorer ceux qui me paraissaient dignes d'un sauvetage. Je souhaite qu'en dépit de leurs faiblesses et d'une facture fort éloignée de mes recherches actuelles, ils puissent faire mouche sur les esprits non prévenus, rebelles au terrorisme de la mode.

  • Voici des poèmes, anciens pour la plupart, certains datant d'une quinzaine d'années. Incertain que j'étais alors de leur mérite, j'avais négligé de les retoucher. D'ailleurs, d'autres tâches me sollicitaient, et je repoussais sans cesse l'ingrat labeur qui consiste à reprendre, inlassablement, le même passage pour lui donner sa forme définitive - tout poème réussi présentant, comme on sait, un agencement tel qu'on ne peut ajouter ni retrancher, ni même changer un seul mot, sans en compromettre l'équilibre d'ensemble. Or, ces poèmes laissés pour compte faisaient sournoisement leur chemin dans mon esprit, et me donnaient mauvaise conscience. Je les ai donc sortis de la chemise où ils dormaient et, ne m'en souvenant presque plus, je les ai, pour ainsi dire, découverts comme si quelqu'un d'autre que moi les eût écrits. Bien qu'à se pencher ainsi sur son passé, on risque d'éprouver quelque funeste indulgence, j'ai, tout au contraire, bénéficié du recul de temps nécessaire pour me relire d'un oeil neuf, plus impartial, plus lucide, en un mot plus juste. J'ai, d'emblée, éliminé les textes que leur insuffisance condamnait à un oubli légitime, et tenté d'améliorer ceux qui me paraissaient dignes d'un sauvetage. Je souhaite qu'en dépit de leurs faiblesses et d'une facture fort éloignée de mes recherches actuelles, ils puissent faire mouche sur les esprits non prévenus, rebelles au terrorisme de la mode.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Contre l'époque « où perdre pied », contre le sentiment aussi d'une déchéance chaque seconde plus accusée - travail du « temps qui nous moisit jusqu'aux os » - se constitue modeste et précieuse, déchirante et apaisée, l'éthique du « philosophe de campagne ». Éthique contradictoire, on l'imagine (mais justement à l'origine de cette démarche poétique) qui combine deux tentations irréconciliables, peut-être. Celle, d'abord, de devancer la cruauté du temps en l'affirmant dans l'écriture, de désamorcer la tragédie par un constat tragique et désabusé : Dupes de tant d'heures sonnées C'est - lorsque la mort vous efface - Comme si vous n'étiez pas nés. L'autre tentation est de nier. Cette négation n'est pas seulement panique devant l'évidence commune ; elle donne son impulsion à une recherche indéniablement orientée vers la transcendance : mirage de l'ailleurs : Je cherche un cri jamais crié de la nuit d'aucun encrier. Ce point rageusement recherché, à travers la « détraque », ce point capable d'arrêter le temps, Daniel Lander y accède et ce sont des images qui surgissent arrachées, dirait-on, au lent vertige de destruction : L'express incandescent attise Les braises de la nuit sans brise. Belle entreprise, même si vouée à l'échec (il reste à l'auteur de lui donner un sens) parce qu'elle constitue un édifice équilibré mesure et démesure se conjuguent pour donner forme à des poèmes d'une évidente qualité plastique.

  • Doué d'un esprit toujours sur le qui-vive qui le porte à tous les enthousiasmes, sans pour autant le soustraire aux pires découragements, passionné d'archéologie, fou de peinture et peintre lui-même (ses oeuvres se trouvent dans plusieurs collections privées), amateur de sports enfin, et d'abord de cyclisme, Daniel Lander, hanté par la fuite du temps, la vulnérabilité de l'homme et la fatalité de la mort (ses thèmes de prédilection), traite ici de ses phantasmes avec une intensité dramatique qui ne rejette cependant pas les vertus aigres-douces de l'humour. Parisien ennemi de la capitale et du parisianisme, il nous transmet, à travers ces fictions, les paradoxes de sa personnalité. Il nous parle du passé ou du présent pour mieux se projeter dans le futur car ce pessimiste-né est un amoureux de la création sous ses formes les plus classiques comme les plus neuves. Nul n'est plus apte que ce réalisateur de nombreux films à ouvrir l'oeil sur l'invisible et le fantastique des événements quotidiens.

  • Presque tous les poèmes en prose de ce recueil sont placés sous le signe de ce coup de grâce qui nous abolira...

empty