Belfond (réédition numérique FeniXX)

  • La mule dont il est question dans ce titre, a le pas le plus sûr pour nous conduire à travers maint escarpement vers les hauts plateaux de la belle humeur. Trente ans de vie parisienne, enlevés comme un opéra-comique d'Offenbach, sur un fond de collages, où la cuisse d'Emmanuelle Arsan plonge le président de la 17e chambre correctionnelle dans un fantasme de bande dessinée. En vérité, ces Mémoires - au hasard des colères et des engouements - sont un chant à l'amitié, dans sa pratique quotidienne. Les visages d'André Breton, de Benjamin Péret, d'autres surréalistes, passent sous un éclairage beaucoup plus vivifiant que dans les exégèses. Cependant, une lecture seconde pourrait bien révéler une théorie morale purement manichéenne du couple Liberté-Répression.

  • Après un quart de siècle consacré à des recherches en neurophysiologie, qui lui valent une renommée internationale, Freud, en un geste audacieux de rupture, s'engage dans cette étrange auto-analyse, qui lui fait inventer la psychanalyse - sur la base d'une analyse de ses propres rêves, et d'une perception singulière des hystéries et des névroses. Véritable « roman intellectuel », au cours duquel, longtemps seul, il affronte un monde hostile - avant de grouper autour de lui, « horde sauvage », ses premiers compagnons, et de mettre partout, enfin, son emprise. À vocation clinique, certes, avec son objectif tant cité, la « cure analytique », la pensée freudienne, se donne pour tâche d'explorer tous les domaines de la condition humaine. Outre l'"érotique" freudienne, sont posées les bases d'une « science des rêves », l'"onirique" ; s'affirme une "esthétique" qui renouvelle l'analyse des textes et des formes ; et se déploie une "anthropologie" qui ouvre, à l'enseigne de l'« anarchique Aphrodite », d'originales perspectives sur la société et la politique - où cette nouvelle édition s'engage, pour dessiner l'esquisse d'une psychanalyse politique. Voici Freud, théoricien de la sexualité et de la pulsion de mort, penseur de la pulsion du pouvoir, chasseur d'illusions, à nouveau requis face aux terribles défis du monde contemporain.

  • Il est peu de couples qui, au XXe siècle, aient accédé au rang de mythe - surtout de leur vivant. Sartre et Beauvoir sont au nombre de ceux-là ; Elsa Triolet et Louis Aragon, eux, dès leur rencontre un jour de novembre à la Closerie des Lilas, ont placé leur amour au-dessus de tout, commençant déjà de construire sur lui une légende qu'ils entretiendront tout au long de leur vie. Légende fragile, pourtant, d'un amour finalement paradoxal : amour impossible entre le jeune dandy sans illusions, et la petite Russe qui se plaint de n'être aimée de personne ; mais aussi amour complice, jusque dans les compromissions les plus tragiques, jusque dans l'aveuglement d'un mentir-vrai qui, quarante années durant, va régir une vie étroitement liée aux événements historiques et culturels les plus marquants du siècle : le surréalisme et la guerre d'Espagne, la littérature clandestine et l'Occupation, l'engagement politique et intellectuel au côté des communistes. Quelles zones d'ombre, quels différends inavoués se cachent derrière l'image officielle soigneusement entretenue, la statue mythique patiemment érigée ? Pour répondre à ces questions, Dominique Desanti tente de débrouiller l'écheveau des destins entrecroisés d'Elsa-Louis - de la France à la Russie, des trépidantes années du surréalisme, et de Montparnasse aux jours tragiques de l'ère stalinienne -, offrant ainsi le portrait sans artifices d'un couple, à qui l'ambiguïté tenait lieu de règle de vie, et dont les silences - à travers les oeuvres comme à travers les actes - livrent, pour qui sait les entendre, les clés de cette énigme à deux visages.

  • Méditation poétique sur le prologue de l'Evangile selon saint Jean, sur fond de dialogue entre deux personnages : Qurad, père de Antara, guerrier et poète arabe antéislamique, et Gaîa, personnification de la Terre dans la cosmogonie hésiodique.

  • En des poèmes denses et charnus, sans le moindre attendrissement inutile, ni l'ombre d'un intellectualisme desséchant, Anne-Marie Derèse dit sa féminité, sa ferveur, son droit à appréhender le monde, sa condition, qui veut conjuguer la lumière et l'ombre. La sensualité, l'opposition instinctive entre l'être et le non-être, la conscience sur le point de basculer dans le subconscient, l'amour qui a besoin de spiritualité, et le spirituel qui ne saurait vivre sans l'incarnation : toutes les zones intermédiaires du vécu et du dit se trouvent remarquablement conjuguées en ses poèmes.

  • Prisonnier de son fameux Melon, dont on ne cite généralement que quelques tranches, Saint-Amant - 1594-1661 - apparaît, grâce au choix de Jean Rousselot, bien au-dessus de sa réputation de poète de la table et du vin. Toutes les facettes du baroque - sauf l'ennuyeuse - brillent en effet dans l'oeuvre complexe, capricieuse et inventive de cet homme qui entendait garder ses coudées franches avec le langage. Observateur précis et grand voyageur, Saint-Amant s'y montre, en outre, bien avant la lettre, un poète des choses vues, sinon du parti pris des choses, et un cosmopolite de la meilleure veine. Théophile Gautier lui accordait du génie. Il n'avait pas tort.

  • « La mission du poète est de troubler la sécurité que garantissent l'éducateur, le policier, le magistrat. Rien ne dérange comme la vérité celui qui s'est refusé à la vérité. Rien ne dérange comme la liberté celui qui n'aspire plus à la liberté. Marcel Béalu est un assaillant, il se cachera pour nous surprendre, il nous poussera au-delà des portes fermées, il nous tendra son « miroir secret », nous aurons la surprise de reconnaître notre visage... Il se dégage de toute cette oeuvre un amour de la vie en butte aux atteintes du temps, la conscience d'un très noble devoir : celui de savourer l'existence, de jour et de nuit, sous toutes ses formes, de l'araignée d'eau à la lumineuse mobilité des corps de femmes. » René Plantier

  • « On avait volé mon vélo et la nuit tombait. Je marchais très vite, la tête baissée, enfoncée jusqu'aux yeux dans le col de mon manteau. Il gelait à vous fendre les os. Il y avait une lame de rasoir par terre, c'était la deuxième que je voyais ce soir-là, et ça ressemblait à une sorte de mauvais présage. Auparavant, j'avais trouvé un nez de clown écrasé, que des rafales de vent faisaient avancer devant moi comme une petite bestiole rouge et folle. J'ai essayé de faire le rapprochement entre cet accessoire grotesque et les lames de rasoir, lorsqu'une voiture qui longeait le trottoir s'est arrêtée à ma hauteur. Elle était couverte de neige. La vitre du conducteur s'est baissée, dévoilant une énorme tête chauve et moustachue, dont les yeux luisants me fixaient avec insistance. J'ai fait semblant de ne pas l'avoir remarquée, et j'ai poursuivi mon chemin en accélérant un peu l'allure. »

  • Amara le conteur est un jeune homme qui vit dans l'Afrique des années 30. Il s'insurge contre la situation coloniale de son pays. À partir de là, son récit suit un cours rocambolesque, tragique, révolutionnaire, grotesque, cahotique, inspiré, hermétique, dérisoire, naïf, messianique. L'univers d'Amara est peuplé de personnages aussi hétéroclites que malfaisants, propice aux situations aussi licencieuses que poétiques, riche de paysages aussi lumineux qu'inquiétants. Émule de Saint-Just, Voltaire, Rousseau, Marx, Engels, et sans doute de quelque marabout illustre, amant des femmes sur les rivages du fleuve Sambadala, observateur des canetons, colibris et pipistrelles, notre héros est, avant tout, un détrousseur du langage. Récit autobiographique et rêvé, Le désert inhumain participera aux yeux des uns de l'art brut, aux yeux des autres de la provocation. Dans tous les cas, il révèle un tempérament aussi éloigné des éminences académiques, que des avant-garde répertoriées.

  • Jacques Albert, baryton d'opéra, chante dans les salons parisiens de la fin du siècle dernier, souvent accompagné au piano par sa femme Martha. Jusqu'à ce que Cotter Morison, un Américain de passage, fasse lire à celle-ci un roman énigmatique par lequel il l'incite à tromper son mari. Une centaine d'années plus tard, son arrière-petit-fils, Joachim, rencontre un homme d'affaires qui n'est autre, lui, que l'arrière-petit-fils de Cotter Morison. Il en profite pour lui montrer ce roman de Paul Bourget qui, jadis, lia leurs deux familles. Devenus amis, ils partent ensuite pour Rome rejoindre Daphné, l'épouse de l'Américain, dont Joachim, à son tour, tombera malgré lui amoureux... Le hasard prend donc ici, sous la forme de l'éternel retour, la vraie figure du destin.

  • La passion d'un bibliophile misanthrope pour les éditions rares et la phrase juste, mise à mal par un neveu, animateur de radio et joueur impénitent. L'un amasse et collectionne, l'autre flambe et dilapide. Ces deux logiques ne peuvent longtemps coexister.

  • Avec Mémoires d'Hadrien, Marguerite Yourcenar avait porté à sa perfection le roman biographique. Avec "Je soussigné, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne", Gaston Compère fait éclater les limites de la biographie romanesque. Commynes et ses contemporains ont cru être les chroniqueurs fidèles de Charles le Téméraire, de sa politique de conquête, de son opposition constante à Louis XI, et de sa fin tragique au siège de Nancy, en 1477. "Je soussigné, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne" s'inscrit très précisément entre ces points de repère historiques. Tous les épisodes relatés sont strictement conformes aux données de l'histoire événementielle. Mais Gaston Compère est, avant tout, un visionnaire. Ce qui l'a retenu, au-delà des faits, c'est l'espace d'investigation et de création qu'offre à l'imagination d'un romancier d'aujourd'hui la subjectivité d'un homme du XVe siècle. Il investit l'âme du Téméraire, et nous invite à une réflexion sur la liaison des destins individuels et collectifs, à une rêverie sur l'homme et sur le temps.

  • Au coeur de la Namibie, par 52° à l'ombre, une jeune femme regarde s'éloigner la Jeep qui vient de la déposer. Désormais, elle aura pour seule compagnie les chevaux sauvages d'un désert impitoyable. Dès l'adolescence, cette Aixoise de bonne famille, écuyère émérite et musicienne, ne reconnut plus au monde de limites qu'elle ne saurait franchir. Ainsi passa-t-elle d'une enfance et d'une jeunesse choyées, aux rudes sentiers de l'aventure, ainsi parcourut-elle la planète pour parvenir enfin là où vit, oublié de la civilisation, un troupeau de chevaux sauvages que nul n'a jamais approchés. Pour s'en faire accepter, pour apprendre à les connaître, Jacqueline a passé plusieurs mois parmi eux, seule, avec une petite tente pour tout abri contre les rigueurs et les dangers du désert. Mais il en faudrait davantage pour effrayer l'étonnante et frêle Jacqueline Ripart, qui semble ignorer le sens du mot peur. Aujourd'hui, après s'être arrêtée le temps de mettre la dernière main à ses « carnets de voyage », écrits sur le terrain, elle n'attend plus que la première occasion de repartir sur les chemins de la liberté. Décidément, le monde lui appartient ! Ou plutôt, comme elle le dirait, elle appartient au monde...

  • Pourquoi la double identité? Pourquoi deux fois le prix Goncourt? Pourquoi le suicide? Toute l'oeuvre de cet auteur déroutant a été interrogée par J.M. Catonné. Un film : Faux et usage de faux, inspiré de l'affaire Gary-Ajar, est programmé pour la rentrée.

  • Jacqueline Ripart est de ces femmes qui vont au bout de leur passion, contre vents et marées. Sa folie à elle c'est le cheval, c'est aussi la découverte de paysages grandioses, de contrées encore mystérieuses et inhospitalières. Elle nous emmène aujourd'hui en Colombie, pour y découvrir l'univers méconnu des chevaux criollos. Farouches descendants des montures qu'enfourchaient, il y a cinq siècles, les premiers Conquistadores, ces animaux fascinants ont su s'adapter aux conditions extrêmes de la Cordillère des Andes, de la jungle amazonienne, ou des déserts de sable et de sel. Jacqueline raconte comment, grâce au cheval, elle a réussi à faire sa place dans cet univers masculin. Elle nous parle, avec force, des fiers Vaqueros des haciendas, des Indiens de la Guajira, des éleveurs de chevaux de luxe, passant - parfois sans transition - d'un littoral idyllique à une zone de conflit armé... C'est en participant à leur aventure quotidienne qu'elle découvre l'âme d'un peuple, dont les emportements lui sautent au visage, un Eldorado à l'image de ses merveilleux chevaux.

  • Le Pr Julien Garel, éminent biologiste français de renommée internationale, émet, au cours d'une interview à la télévision, une théorie particulièrement hardie : l'espèce humaine est appelée à subir, au long des siècles à venir, une mutation propre à modifier profondément sa condition. Le lendemain même de cette émission, le professeur reçoit, à son service de l'Hôtel-Dieu, la visite d'un étrange personnage qui prétend s'identifier, sur tous les points, à ce mutant hypothétique. Le Pr Garel ne voit d'abord dans Ludovic Salvage - c'est le nom du visiteur - qu'un imposteur et un mystificateur. Mais les preuves fournies sont telles, que le biologiste est conduit à entreprendre une enquête sur la vie privée de Ludovic Salvage, sur le passé multiple et caché auquel le condamne sa fabuleuse singularité. Le cas Salvage apparaît tellement extraordinaire, au sens littéral du mot, que le Pr Garel le consigne dans un rapport écrit au jour le jour. Rapport déposé sous scellés à l'Académie des Sciences, et ne devant être porté à la connaissance du public, d'après les volontés de Salvage, qu'après sa mort. Si, transgressant ces volontés, ce livre le révèle dès à présent, c'est que la mutation capable de transformer l'homme de demain ne peut, pensons-nous, que passionner l'homme d'aujourd'hui.

  • Le capitaine Pierre Tessier quitte La Rochelle à bord du Jason, qui met le cap sur l'Afrique, via les Canaries. Ainsi débute, en 1742, une campagne négrière de plusieurs mois. C'est, d'abord, la chasse aux esclaves le long de la côte de Guinée, où chaque village est un point de vente : car le trafic de l'ébène n'est possible qu'avec la complicité des chefs des tribus locales. Les prix varient selon le sexe, l'âge et l'état de santé du sujet : un homme vaut deux fois le prix d'un cheval... ou d'une femme. En revanche, une femme enceinte coûte plus cher qu'un mâle en bonne santé, et le double d'un négrillon ou d'une négritte. Puis, c'est la traversée de l'Atlantique, avec 445 esclaves entreposés dans les cales, c'est-à-dire soixante jours de misère, de drame, de tempête... mais aussi, pour le capitaine, soixante jours d'idylle avec Madoréa, la déesse noire, qui fascine tout l'équipage du bateau-négrier...

  • Un homme d'affaires est assassiné à Paris. On retrouve son corps derrière l'hôpital Sainte-Anne, et sa tête dans un casier de consigne à New York. Qui a tué ? Pourquoi cette mise en scène ? Trois personnages enquêtent : un commissaire routinier et conservateur, un maître international d'échecs, et un professeur d'histoire grecque. Le premier a recours aux vieilles méthodes - filatures et perquisitions - ; le deuxième considère Paris comme un vaste échiquier, et la victime comme un cavalier blanc ; le troisième voit dans le crime une reconstitution de la Guerre de Troie. Et s'ils avaient tous raison ? Le roman policier qu'Homère aurait écrit s'il avait su jouer aux échecs en fumant la pipe de Maigret.

  • Le 5 octobre 1918, vers le soir, après une journée brûlante, le Mohandas, un bateau de six cents tonneaux, fait route vers l'Île Maurice. À son bord, un jeune médecin, porteur d'une lettre adressée à la comtesse Adélaïde de Kergoust, et signée Campbell. Campbell... Un homme que la comtesse aime secrètement, et que la guerre a éloigné d'elle. Revient-il ? Maintenant que l'on parle de paix en Europe, maintenant que Bubu - le comte Hubert de Kergoust - a fui à Paris pour y mener la grande vie avec sa maîtresse, tous les rêves sont permis à Adélaïde, même les plus fous, c'est-à-dire les plus merveilleux.

  • Voici un terrible roman policier qui n'est, en fait, que le contre-chant d'un roman d'amour à plusieurs voix. En Toscane, certaines nuits d'été, un sadique frappe et mutile les couples d'amoureux. Et, depuis quinze ans, l'auteur de ces crimes rituels reste introuvable. Mystère public et secrets intimes : sept personnages en quête d'eux-mêmes - le chef de la police, une cantatrice, un ébéniste d'art, une héritière américaine, un homme d'affaires, une psychanalyste et un artiste restaurateur de tableaux anciens - voient leur vie quotidienne bouleversée, envahie, hantée, menacée même par cette macabre série au long cours. Il est, cependant, un huitième personnage, central, dans cette histoire véridique et folle : Florence. Aux splendeurs de la cité des Médicis semble répondre l'horreur des meurtres perpétrés par l'un de ses habitants. Un monstre, bien sûr... Le Monstre. Mais, lorsque sa folie le laisse en repos, il redevient un citoyen parmi les autres...

  • Un jeune homme, Jean-Sébastien, parle d'un couple, Framboise et Denis, de ses relations à la fois étranges et familières avec l'un et l'autre. Fascination, amour fou pour elle. Méfiance, animosité, mais complicité naturelle à l'égard de son mari. Autour de ce trio, gravitent deux femmes qui vont, peu à peu, entrer dans la vie de Jean-Sébastien : Aliette, l'aristocrate, journaliste, militante ; Océane, la fille d'un notable marseillais, adolescente romantique qui confond la vie et la littérature ; et un homme, Nicolas, l'ami d'enfance de Jean-Sébastien, probablement l'amant de Framboise.

  • Le Charco Verde est une mare au diable, où l'on peut vendre son âme à Chico Largo, avatar nicaraguayen de Méphistophélès. Un sorcier, don Eugenio, tient le livre des pactes conclus avec le Malin. Ruetcel, le héros qui lira ce livre, est un géographe européen chargé d'une enquête dans la région. Don Eugenio lui confie ses archives et Ruetcel passe au travers du miroir.

  • Bernard Pagezy et Claude Bébéar auraient-ils pu diriger ensemble le groupe AXA-Midi ? Quand le président de la BNP, René Thomas, part en vacances en Espagne, à quoi pense-t-il ? En vertu de quel principe de management, Yvette Chassagne débarquait-elle à l'improviste, à 7 h 30, dans certains bureaux de la compagnie, lorsqu'elle était P.-D. G. de l'UAP ? À travers les confidences recueillies auprès d'une cinquantaine de grands patrons français, Mireille Rusinak brosse le portrait de groupe d'une élite qui reste encore mystérieuse pour beaucoup. Certains d'entre eux apparaissent sous un nouveau jour. Noël Goutard, P.-D. G. de Valéo, contrairement à sa réputation, donne l'image d'une âme sensible. Olivier Lecerf, P.-D. G. de Lafarge, prône la direction collégiale, mais ne déteste pas décider seul. Quant à Alain Gomez, P.-D. G. de Thomson, il a, en dépit de ses amitiés socialistes, attaché plus d'importance aux profits qu'aucun de ses prédécesseurs. De leur enfance, jusqu'au moment tant attendu de leur consécration, l'auteur montre les ambitions, les principes aussi, dont les patrons de la banque et de l'industrie se sont inspirés pour mener leur vie, gérer leur carrière et diriger leur entreprise, qu'ils soient héritiers, managers ou ex-serviteurs de l'État. Avec une rare liberté de ton, Les bons, les brutes et les autres ont accepté de lever, sans rien dissimuler ou presque de leurs échecs, un coin du voile sur le parcours du combattant qui les a conduits là où ils sont. Et où ils espèrent rester !

  • Au cours de la nuit du 13 décembre 1981, se déroule en Pologne l'une des opérations militaires les plus marquantes de l'après-guerre. Depuis plusieurs mois, le pays est en pleine effervescence sous l'impulsion d'un syndicat contestataire, dont l'influence grandit de jour en jour, Solidarité. En quelques heures, le pouvoir va reprendre l'initiative. Préparé avec une exceptionnelle minutie par le général Jaruzelski, le coup d'État militaire surprendra adversaires, mais aussi partisans du régime. Familier des réalités polonaises, Gabriel Mérétik a longuement enquêté. Il a rencontré témoins et acteurs de cet événement. On découvre ici les coulisses de la haute politique internationale. Elles ne sont pas moins étonnantes, parfois, que les comportements des principaux dirigeants de la planète. Car la prise de pouvoir du général Jaruzelski n'a pas été seulement une affaire polonaise. Ainsi, les Américains, sans doute informés du complot, n'auraient pas prévenu Walesa. On découvre aussi dans quelles circonstances Claude Cheysson, alors chef de la diplomatie française, fit une déclaration en forme de gaffe. Enfin, l'auteur révèle les conditions dans lesquelles Reagan, Mitterrand, Schmidt et les autres ont été prévenus de ce coup d'État. De Washington à Varsovie, de Paris à Bonn, heure par heure, ce récit retrace l'histoire secrète d'une dramatique nuit où l'hiver sembla plus rudement qu'à l'ordinaire s'abattre sur la Pologne.

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