FeniXX réédition numérique (Éditions Messene)

  • Examinée sur la longue durée, la France combine la capacité à être au rendez-vous des grandes révolutions technologiques et la conservation de structures de production traditionnelles. L'industrialisation est à la fois un processus - continu malgré l'exception vichyste - et un fait social total. D'où la tentative de fournir certains éléments d'explication à ce qui est, au-delà de l'écume des événements, le fait majeur du siècle ici considéré : la formation d'une « société industrielle ». Ce qui signifie que les lieux du travail et du cercle familial se sont séparés, que le salariat s'est généralisé et que la division du travail s'est affinée ; tandis que l'accumulation continue du capital nécessaire au bon fonctionnement du système a contribué à imposer, au-delà des entrepreneurs, l'accoutumance idéologique aux normes de l'économique. Mais c'est également un système de production qui a multiplié et diversifié les produits manufacturés mis à la disposition des hommes. Ces « choses », dont parlait précisément en 1965 Georges Perec. Et lorsque le romancier sous-titre son livre « une histoire des années soixante », et prétend « qu'il y a entre les choses du monde moderne et le bonheur, un rapport obligé », on sent bien que sur un autre registre que les statistiques ou la sociologie la littérature a saisi cette mutation de la vie matérielle, de la quotidienneté. L'angle d'attaque privilégié par l'auteur est celui des relations internationales, enjeu vital pour une économie aussi dépendante du reste du monde que l'Italie. L'évolution des échanges extérieurs représente à la fois un puissant révélateur des progrès de l'industrialisation, et l'une des principales forces d'impulsion, intervenant tour à tour comme moteur de la croissance et comme facteur de blocage. A plusieurs reprises, le choix du protectionnisme, associé à une politique d'industrialisation volontariste, entraîne un développement accéléré des secteurs de base, mais aussi une montée des déséquilibres, suivie d'une brusque retombée. L'échec le plus flagrant est celui du fascisme, dont la politique d'« autarcie » n'aboutit paradoxalement qu'à exacerber la dépendance extérieure de l'économie italienne, tout en précipitant le pays dans la guerre. La grande expansion d'après-guerre s'identifie avant tout à la réouverture aux échanges internationaux et au choix de l'Europe. Les tensions sociales qui accompagnent une croissance plus rapide encore que celle de l'Allemagne, ne doivent pas faire oublier les réalités du miracle économique : qui aurait prédit, vers 1880, que l'Italie dépasserait, un siècle plus tard, la puissante économie britannique ? qui aurait parié, vers 1950 encore, sur un « rattrapage » aussi rapide ?

  • En octobre 1964, après treize années de gestion conservatrice, le travailliste Harold Wilson devient Premier ministre, bien décidé à moderniser la Grande-Bretagne et à « relever les défis du futur ». Par sa personnalité et son sens politique, Harold Wilson marque de son empreinte une période qui se caractérise par des mutations accélérées : avancées scientifiques et technologiques, progrès du niveau de vie et de la consommation, triomphe des médias et de la culture de masse, essor d'une société plus tolérante et plus « permissive ». Le pays n'en demeure pas moins, à bien des égards, l'« homme malade de l'Europe » et le diagnostic est inquiétant. La croissance économique reste globalement décevante et la monnaie fragile ; les ambitieux programmes économiques et sociaux ont des effets limités, tandis que les relations industrielles se dégradent. Enfin, la politique étrangère est marquée par la « révision déchirante » des objectifs de grande puissance mondiale. En dépit d'un bilan très contrasté, les années 1964-1970 n'ont rien perdu de leur pouvoir de fascination, ne serait-ce qu'à travers l'épopée des Beatles, le Swinging London ou les grandes séries télévisées.

  • Une nouvelle vision de deux agricultures et un nouvel examen de ce que l'on a appelé la révolution agricole, du concept histoire immobile et du modèle malthusien.

  • En 1918, les démocraties libérales européennes, aidées de la démocratie américaine, sortent victorieuses d'un conflit meurtrier contre les Empires centraux. En 1989, la chute du Mur de Berlin, symbole de la guerre froide, élargit l'espace démocratique à l'Europe entière alors que, dès l'après-guerre, il s'était recomposé à travers l'espace de la communauté européenne et que dès 1974, il s'était ouvert à l'Espagne. L'histoire de la démocratie pendant ces soixante-dix années est celle d'une réussite sur le long terme. Elle triomphe non sans mal des totalitarismes nazi et fasciste en 1945, elle lutte efficacement contre la concurrence du modèle soviétique et de ses satellites, les démocraties populaires. L'histoire de la démocratie est aussi celle d'une perpétuelle évolution qui tient compte des revendications sociales et citoyennes ce qui n'exclue pas les explosions sporadiques des terrorismes et des forces antidémocratiques qui la menacent à l'occasion de crises. La démocratie est confrontée à deux crises économiques majeures, dans les années trente et dans les années soixante-dix et quatre-vingt qui la fragilisent et font douter de son efficacité. Enfin l'histoire de la démocratie est multiforme car elle est le reflet de spécificités nationales. Celles-ci découlent du cadre institutionnel et de la culture politique propres à chaque État démocratique.

  • Pour les Grecs des temps classiques (cinquième et sixième siècles), la guerre est permanente, suspendue seulement par quelques « paix ». Elle se renouvelle : à l'héritage hoplitique (Marathon, Chéronée) s'ajoutent la pratique des trières (Salamine, Aegos Potamos), l'invention de la phalange macédonienne, le recours aux fortifications. Des milices. L'hoplite n'est que le citoyen propriétaire : à la belle saison il s'équipe pour défendre son territoire ou attaquer celui du voisin. Il pratique une guerre modeste et « réglée ». Le recours aux trières enrichit la cité, développe un peuple marin recruté parmi les citoyens pauvres et gagnant des droits et avantages. À la charnière des cinquième et quatrième siècles, la guerre plus importante et plus technique excède les limites de la cité, le mercenaire se substitue au citoyen, le chef de guerre préfigure le monarque riche et auréolé de gloire. Pensées sur la guerre. Thucydide voit dans la guerre le grand révélateur de la nature humaine. Isocrate ne pense qu'à une victoire mettant à la disposition des Grecs les richesses de l'Asie proche. Xénophon exalte le chef faisant prévaloir l'ordre. Platon et Aristote songent à la défense de leur cité idéale, ils soutiennent les Grecs et vouent les Barbares aux duretés de la guerre.

  • Les études publiées dans ce volume ont été réalisées à l'occasion de la venue à Nancy de la Conférence nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts sous l'égide de l'Institut de France, à l'invitation de l'Académie de Stanislas. Elles situent la place de la Lorraine en France et en Europe au moment même où le vingtième siècle finissant est le témoin de multiples bouleversements politiques et géographiques au coeur de l'Europe. Longtemps divisée en terres ducales et évêchoises, située entre France et Empire, tardivement rattachée au royaume de France, arbitrairement mutilée à deux reprises au dix-neuvième et au vingtième siècle, la Lorraine a dû aussi surmonter les effets dévastateurs de la grande crise économique qui l'a frappée dès 1975. Dans cet ouvrage les auteurs ont voulu faire une analyse historique lucide des grands évènements du passé tout en proposant des pistes de réflexion politique et économique pour l'avenir. L'aménagement du territoire national et la vitalité des régions dans le cadre européen nécessitent de réfléchir sur les constantes liées à la géographie (espaces, fleuves, axes de communication), l'économie (ressources agricoles, forestières, industrielles) et les tendances qui tiennent à l'histoire : populations, migrations, langues, traités, dynasties, guerres, frontières, foyers intellectuels spirituels et artistiques.

  • Dans l'histoire des États-Unis, peu d'idées-forces ont joué un rôle plus central et plus permanent que le concept de destinée manifeste inauguré en 1845 par le journaliste John O'Sullivan. Il était, selon lui, conforme aux voeux de la Providence que le continent nord-américain, en grande partie habité par les nations indiennes et convoité (quand il n'était pas déjà investi) par la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne et la Russie, avait vocation à devenir l'espace national de la république américaine et à servir d'exemple démocratique au reste du monde. D'où les achats, annexions, guerres, cessions territoriales, conventions frontalières et traités divers qui ont jalonné le dix-neuvième siècle et ont rythmé une politique d'expansion à peu près continue ; d'où aussi les guerres indiennes et des populations autochtones irrémédiablement chassées de leurs terres. Avec, au terme du processus, la fermeture de la Frontière (en 1890) et l'apparition sur la scène mondiale d'une immense puissance bordée par deux océans et prête à prolonger sa politique d'expansion hors du continent lui-même : d'où une seconde destinée marquée par la guerre hispano-américaine, la conquête des Philippines, les débuts d'un impérialisme nouveau, plus économique et culturel que territorial. Cette politique expansionniste plonge ses racines dans les origines mêmes de l'aventure américaine : celles-ci sont ici longuement analysées, tout comme les débats politiques et idéologiques que, tout au long du siècle, la mise en oeuvre de la destinée manifeste n'a pas manqué de susciter.

  • Les forces de la vie constituent un essai particulièrement dense et concret, enrichi par l'expérience politique de l'auteur. Face aux impératifs financiers de notre époque qui dominent la vie économique, l'auteur ne pratique ni la langue de bois ni l'esquive. Il dénonce avec vigueur les pesanteurs de l'administration et l'insuffisance de moyens des organismes internationaux pour conjurer les crises économiques. Pour lui, les principales vertus qui forgent une personnalité sont l'idéal de générosité, le courage, l'espoir, la volonté de dépassement, le sens de la beauté et du temps. Car la vie n'est pas, pour l'auteur, une succession d'événements subis mais une vigoureuse prise en charge de sa destinée, en n'oubliant pas de lui donner une dimension de service aux autres et de recherche de la foi en Dieu. À notre époque qui est naturellement sceptique et parfois blasée, ce livre apporte une vision tonique de la vie et des motivations fortes pour assumer toutes ses responsabilités, en donnant un sens à sa vie.

  • Traités d'annexion, traité de paix (avec les pays étrangers ou les nations indiennes), déclarations de guerre, textes et loi, arrêts de la Cour suprême, discours présidentiels, protestations des victimes de la « destinée manifeste », échos du débat politique et intellectuel, articles de presse, essais philosophiques, historiques ou prophétiques (dont ceux de John O'Sullivan, Helen Hunt Jackson, John Fiske et Frederick Turner), écrits politico-religieux, poèmes et textes littéraires (Whitman, Rudyard Kipling, Mark Twain) - les documents proposés ici ont pour objet d'illustrer les principaux aspects et l'expansionnisme américain au dix-neuvième siècle. Ils couvrent les trois stades de la « destinée manifeste » - les origines du phénomène, l'expansion continentale, les débuts du « nouvel impérialisme » - et s'efforcent de faire ressortir la complexité et les contradictions d'une histoire singulièrement marquée par le destin, celle des États-Unis d'Amérique.

  • La politique répressive du gouvernement de Vichy a nécessité la création de camps d'internement sur le territoire national. Écrouves, petite commune de la banlieue de Toul, a été le Drancy lorrain, avec plus de quatre mille internés en trois ans. Dépendant de l'administration française, le camp d'Écrouves avait été prévu pour emprisonner les opposants au régime (communistes, gaullistes et résistants) et les trafiquants de marché noir. Les uns et les autres devaient y purger une peine généralement brève. Avec la mainmise des autorités allemandes sur le camp, Écrouves est devenu, parallèlement à sa fonction première, un centre de transit avant la déportation vers les camps de travail forcé et d'extermination outre-Rhin. Victimes de persécutions, arrêtés selon un plan dont le caractère systématique est prouvé, les juifs ont représenté près de la moitié des effectifs d'Écrouves. L'exploitation d'une documentation inédite considérable a permis à Françoise Job de tirer d'un oubli total les conditions d'arrestation des internés et de mettre en évidence l'ambiguïté des comportements de certains responsables administratifs de cette période trouble. S'attachant à décrire dans le détail la vie quotidienne d'un camp d'internement en France sous l'Occupation, l'auteur a complété son étude historique par la nomenclature et l'index de près de mille huit cents internés juifs, alsaciens et lorrains pour la plupart, qui ont transité par Écrouves, avant d'être « transférés pour une destination inconnue » d'où bien peu revinrent.

  • Né en 1928, Roland Clément a été libraire, producteur et chroniqueur à la radio et à la télévision. Il a publié Bacchus ou La double épreuve (1982), La frontière invisible (1988) et La franc-maçonnerie (1993-1997). Les poèmes qui composent ce recueil témoignent de la fidélité de l'auteur à la saveur ambiguë des choses.

  • Georges Périn vit le jour à Metz - à l'instar de Verlaine dont il fut un admirateur fervent -, le 1er novembre 1873, au 15 rue du Palais, où son père tenait un commerce de pâtissier traiteur. En 1880, ses parents désireux d'assurer à leur fils un enseignement en français, quittent une ville annexée au Reich pour s'installer à Reims, où va s'affirmer la vocation de poète de Georges et où il connut, en 1895, un début de consécration avec la représentation au Grand Théâtre de la ville d'une pièce intitulée Le Nid. Le poète poursuit ses études à Paris - études de droit selon le voeu de son père - mais consacre tout son temps à sa passion, la poésie. Entré dans l'administration, il épouse le 9 avril 1898 la Rémoise Cécile Martin. Le couple se fixe à Paris dans le cinquième arrondissement, s'implique fortement dans la vie littéraire de son temps, adhère à L'Abbaye fondée en 1906, fréquente assidûment la Closerie des Lilas où il côtoie Apollinaire, Paul Fort, Marinetti, Max Jacob, Moréas, Marie Laurencin, Picasso et Gonzague Frick. Le poète collabore activement à diverses revues comme La Plume, Le Festin d'Esope fondée en 1903 par Apollinaire, La Revue des Lettres et des Arts et surtout La Phalange de Jean Royère, revue-phare du néo-symbolisme. À partir de 1902 paraissent ses premiers recueils de poèmes, à partir de 1905 ses premiers romans. Poète mais aussi critique avisé et théoricien, Georges Périn se fait l'ardent défenseur du vers libre. Il meurt à Paris le 17 février 1922.

  • À Reims, le 27 mai 1825, à 7 heures du matin, Victor Hugo écrit à sa femme : Dis bien à Didine que « son petit papa est satisfait de sa conduite [...], et qu'il portera à sa maman de bons biscuits de Reims qui rendront son lait plus sucré ». Cette anecdote est parmi d'autres à l'origine de Reims entre les lignes. Ce livre est beaucoup plus une évocation qu'une histoire littéraire de Reims, ville d'art et d'histoire marquée par la présence ou le passage, des temps antiques à nos jours, d'écrivains qui, de César à... Michel Butor, ont foulé le sol d'une cité que La Fontaine préférait à toute autre. Qu'ils y soient nés, comme Paul Fort ou Roger Caillois, qu'ils y aient vécu ou séjourné, parfois le temps d'une halte, d'une visite ou, à l'époque contemporaine, d'une conférence ou d'une signature, Reims ne les a jamais laissés indifférents. Son histoire (Jovin, Turpin, Gerbert, Jeanne d'Arc...), ses monuments ont inspiré des poètes, des romanciers. Ils ont leur place dans cet ouvrage aux côtés des écrivains rémois qui, de Guillaume de Machaut à Jean-Marie Le Sidaner, contribuent au renom littéraire de Reims.

  • Hamlet est, par excellence, la pièce du questionnement, et ceci à tous les niveaux : textuel, dramatique, thématique, philosophique, politique (thème de la royauté), éthique (valeur de l'action individuelle, validité de la vengeance personnelle) et théologique. Les analyses réunies dans cet ouvrage abordent ces divers plans et reflètent parfaitement la nature d'une pièce qui résiste à la synthèse. Toutefois, de grands thèmes se dégagent tels que la mort, l'intériorité, les jeux de miroirs, les anamorphoses et les mises en abyme, le démembrement du corps, le désir, la quête de l'origine, l'éclatement du langage et le dédoublement des signifiants. Devant le grand nombre des études consacrées à Hamlet, Oscar Wilde se demandait si, à l'instar du héros de la pièce, les critiques étaient fous ou faisaient seulement semblant de l'être. Il fallait peut-être un courage insensé pour proposer davantage de travaux sur cette pièce, à jamais hantée par le spectre du sens. Le lecteur aura, quant à lui, la tâche de dépouiller le présent recueil pour en déceler les folies évoquées par Oscar Wilde mais en apprécier aussi les vertus et les finesses. Sa lecture n'en sera que plus stimulante.

  • Née à Trinidad, Pénélope Sacks-Galey a passé son enfance et son adolescence au Ghana et en Australie. Elle vit à Paris depuis 1975. Elle a publié un ouvrage sur Apollinaire, Calligramme ou Ecriture figurée. Les poèmes qui forment le présent recueil sont des tableaux de l'imaginaire qui transposent l'émoi visuel en lointains et fragiles accords.

  • Ernest Dowson, poète, nouvelliste, traducteur et romancier apparaît comme le représentant archétypal de la « fin de siècle » anglaise dont il théorise les obsessions et les interrogations. La dernière décennie du dix-neuvième siècle est perçue comme un lieu de contradictions non seulement parce qu'elle juxtapose des courants esthétiques différents, voire divergents, décadents et traditionalistes, impressionnistes et symbolistes, sensualistes et chrétiens, mais surtout dans la mesure où la novation théorique qui la sous-tend est contestée de l'intérieur par une pratique esthétique sclérosée et une référence souterraine au dogme de la mimésis. Imprégné des idées de Walter Pater, le texte de Dowson décline les motifs du temps déréalisé et de la féminité rêvée. Par le jeu d'une écriture en miroir, le poète convoque les facettes troublantes d'un moi émietté que l'entreprise de création artistique s'efforce de circonscrire. Mais l'utilisation récurrente de formes littéraires archaïques et le recours à la langue morte des mythes antiques signent l'échec d'un poète trop peu confiant dans le pouvoir salvateur du verbe. L'intuition traumatisante de la vanité de toute tentative d'expression traverse la méditation du poète. Dans un ultime effort pour revivifier son matériau poétique, Ernest Dowson se tourne vers le catholicisme romain pour constater l'irréductibilité de l'écriture à l'expression de la foi : il éprouve ainsi la tragédie du poète « fin de siècle » pour qui la littérature se confronte à l'indicible. La présente étude n'a rien d'une tentative de réhabilitation d'un poète mineur, elle se donne à lire sous la forme d'une biographie contextuelle dans laquelle l'auteur s'est efforcé de cerner au plus près la contiguïté féconde entre l'exiguïté d'un texte et l'esprit d'un moment littéraire privilégié. C'est en définitive à une lecture très attentive et très serrée de l'oeuvre de Dowson que l'auteur nous convie.

  • C'est en 1848, un an avant sa mort, qu'Edgar Allan Poe donne au monde son poème en prose, Eureka. Souvent décrié, rarement compris, manifestement négligé, cet essai essentiel de Poe est ici interprété à la lumière de l'eschatologie bouddhique. L'auteur démontre que ce texte singulier forme la clef de voûte de toute son oeuvre et que sa cohérence interne vient de ce qu'elle reproduit - sans doute inconsciemment - une structure fondamentale des religions asiatiques et avant tout du bouddhisme. Non content de réhabiliter un texte méconnu des critiques, René Dubois montre comment Eureka éclaire toute l'oeuvre de Poe. Il décrit les protagonistes des Contes comme soumis à la dualité des forces universelles de répulsion et d'attraction. Violence et passion sont ainsi partout présentes dans l'univers romanesque de Poe, constamment liées de manière aussi inextricable que paradoxale à une quête de salut, consciente ou inconsciente, mais toujours ambiguë. La lecture orientale de l'oeuvre de Poe que nous offre René Dubois est tout à fait originale et féconde. Cohérente mais sans esprit de système et de dogmatisme, elle complète heureusement les nombreuses interprétations antérieures de l'oeuvre du poète américain. Elle ne peut que stimuler le débat critique et amener à Poe de nouveaux et fervents lecteurs.

  • Si témoigner de ce qu'il a vécu apparaît comme une obligation morale au rescapé des camps de concentration, le survivant se heurte cependant de manière immédiate au problème du nouveau rapport qu'il lui faut établir avec le langage avant de pouvoir rendre compte, dans toute sa monstruosité, de l'entreprise d'anéantissement menée par le nazisme. Dans cette perspective, le recours de Primo Levi à des textes religieux ou littéraires faisant partie du patrimoine de l'humanité - la Bible, La Divine Comédie ou L'Odyssée - et à des thèmes universels comme celui du voyage et de l'exil, ne relève pas seulement d'une sorte de palimpseste lui permettant de combler les insuffisances du langage et de parler de l'indicible : il correspond à une volonté d'appréhender et de comprendre un mystère qui reste indiscutablement le plus opaque de ce siècle. Les emprunts à ces textes doivent donc être envisagés comme inscrits dans une sorte de matrice intellectuelle à la base d'un projet qui dépasse le simple témoignage, puisque Primo Levi, d'une oeuvre à l'autre, s'efforce de démonter les plus petits rouages de l'univers concentrationnaire et d'en dégager toutes les implications philosophiques ou morales, tous les effets passés ou à venir. À bien des égards, ces références culturelles constituent le point commun entre les différents aspects de la production lévienne - la poésie, les textes nés d'Auschwitz, les oeuvres de fiction ou de science-fiction ; elles sont au centre d'un projet littéraire qui reste, en dépit de son extraordinaire variété, éminemment cohérent.

  • Cet ouvrage aborde l'histoire politique et sociale de l'Espagne sous le règne de Philippe II. La monarchie espagnole est alors, grâce aux différents royaumes et territoires qu'elle contrôle à travers l'Europe et le monde, la première puissance européenne. L'auteur analyse la figure si controversée de Philippe II sous différents aspects : sa personnalité, son action politique et ses réalisations dans le domaine des arts que symbolise son grand projet de l'Escorial. L'accent est mis sur l'étude de l'économie et de la société, sur les différents rouages de l'appareil administratif et politique - considéré par certains comme le premier « état moderne » - ainsi que sur l'idéologie officielle de la « Monarchie catholique », sur les voix qui la constituent et la défendent tout comme sur celles qui s'y opposent ou la critiquent. Le mode de fonctionnement de l'Inquisition et le rôle qu'elle a joué sous Philippe II font l'objet d'un examen particulier qui permet de mettre en lumière les mentalités et les mécanismes d'exclusion d'une société entièrement dominée par la religion. Le lecteur pourra donc ici situer tous ces noms mythiques - et dans bien des cas à l'origine de la Légende noire - de l'histoire d'Espagne que sont Philippe II, le duc d'Albe, Lapante, l'Invincible Armada, l'Inquisition... dans une analyse historique qui éclaire un pan entier du Siècle d'Or espagnol.

  • Comment trouver une solution adaptée à la recherche d'un emploi ? À l'heure où l'offre est très inférieure à la demande, l'offreur de services se trouve dans une situation analogue à celle du VRP : il lui faut parvenir à vendre ses produits malgré un contexte de forte concurrence. Pour ce faire, le vendeur s'appuie sur une stratégie marketing qui nécessite la compréhension de l'environnement, une organisation planifiée, la recherche de l'innovation et le contrôle de l'action. Le livre de Michel Henry et Roger Moyne apporte les éléments qui permettront au chercheur d'emploi de devenir le VRP de son potentiel professionnel en adaptant les techniques du marketing. Il permet d'identifier le marché caché de l'emploi et de définir les services que chacun peut offrir. Cet ouvrage est fondé sur une réelle expérience de la vie professionnelle et associative ; il répond à la nécessité actuelle de professionnalisation du chercheur d'emploi et il renouvelle la réflexion sur la place du travail dans le dispositif économique. Destiné en priorité aux chercheurs d'emploi, il s'adresse aussi aux conseillers, formateurs et institutions.

  • Histoire de haine, puis histoire d'amour sur fond de pastorale, « As You Like It » est une comédie des contraires. Contraires d'abord séparés, selon les oppositions traditionnelles du monde vert et de la Cour, de la nature et de la culture, de la mélancolie et de l'amour, puis contraires subtilement rapprochés par une construction en catoptrique qui superpose les personnages et tisse entre eux des jeux de reflets, enfin contraires réunifiés dans la totalité androgynique de l'échange amoureux. « As You Like It » tient à la fois du mythe et de sa mise à distance, de l'artifice théâtral et du discours sur le réel et articule une dialectique du même et du différent. Au coeur de ces paradoxes, le Fou, Touchstone, pierre angulaire et miroir de tout l'édifice, dont l'esprit railleur et la langue ambivalente introduisent une géométrie de la perspective qui multiplie les images en les diffractant et conduit à des retournements et des inversions du sens. Comme toutes les pièces de Shakespeare, « As You Like It » refuse l'univocité d'un sens unique et totalisant, et s'offre plutôt comme l'expression d'une esthétique du renversement. C'est ainsi qu'« As You Like It » présente, en les soumettant au regard critique, les grands discours de son époque sur la pastorale, l'identité, l'amour, le temps ou encore le langage. La pièce condense et revisite à la fois l'épistémè de la Renaissance, tout en se démarquant des conceptions traditionnelles du théâtre mimétique pour proposer, par le truchement d'une revendication de l'artifice, de nous faire regarder le monde autrement. Car « As You Like It », qui est à prendre comme il nous plaira, est aussi une école du regard distancié.

  • Moil Flanders (1722) s'apparente par son sujet, au genre des chroniques scandaleuses en vogue au dix-huitième siècle. Mais si le goût pour le plus simple libertinage influence clairement la forme et le contenu de la première partie, il ne masque pas une sérieuse critique de la société. La forme de l'autobiographie fictive donne à voir les causes de cette attitude en mettant en scène les peurs et les désirs les plus intimes de l'héroïne, et présente au lecteur un personnage doté d'une profondeur ontologique qui annonce le roman psychologique. Le glissement du personnage de la prostituée vers le personnage de la voleuse indique une relation d'agressivité croissante face à la société : l'affranchie devient révoltée lorsque disparaît la possibilité de recourir aux armes traditionnelles des femmes. La narratrice commente l'attitude de son héroïne et fournit au lecteur des clés pour déchiffrer le fonctionnement du texte : l'histoire est une mise en abyme des techniques narratives et de leurs enjeux. Ce qui importe c'est la présentation d'un personnage conscient et volontaire qui affirme son indépendance au-delà des restrictions sociales. Quand les règles de la société reprennent leur force dans l'intrigue, la narratrice prend le relais de l'héroïne pour conserver au personnage de Moll son caractère extraordinaire. L'identité entre l'héroïne et la narratrice se trouve au centre de l'intérêt littéraire du texte qui met en scène un orgueil démesuré. La démesure apparente entre la partie accordée au récit des aventures amorales et celle consacrée à la rédemption, s'équilibre par l'intervention fréquente d'allusions au repentir au moment même où l'héroïne semble tirer profit de ses méfaits. D'autre part, l'intercession de la grâce transforme le sens du roman : la chronique scandaleuse s'inverse en chronique merveilleuse de la miséricorde divine qui n'abandonne jamais le personnage, même dans les épisodes en apparence les plus sordides. La narratrice prend ses distances vis-à-vis de l'héroïne sans jamais rejeter le passé. Mais elle transcende dans le présent de l'écriture le passé de l'action qui se trouve réduit à l'état de matière première pour la réflexion. La narratrice, sujet de l'écriture, affirme sa supériorité sur l'héroïne, objet du discours. L'histoire d'abord présentée comme un compte rendu de faits réels devient une fable, c'est-à-dire une histoire construite pour illustrer une morale. Le lecteur doit prêter attention non au plaisir du texte mais au but moral du livre : l'histoire est devenue prétexte. Après avoir retracé l'itinéraire menant à la rédemption de l'héroïne pécheresse, l'auteur étudie comment le texte se met en scène lui-même pour entraîner le lecteur dans une réflexion sur la définition du genre littéraire. Le principe de reconstruction, sur lequel l'artifice de la fausse autobiographie fait porter l'attention, met en évidence la structure du texte qui révèle le principe fondamental de théâtralisation du moi et l'avancée vers une écriture moderne.

  • « The Handmaid's Tale » de Margaret Atwood nous rappelle la présence de la voix aux sources de la littérature première. En effet, le texte qu'elle nous livre se présente comme une transcription de bandes magnétiques enregistrées deux cents ans auparavant. Si Margaret Atwood s'emploie à rendre à l'écriture la force communicative du langage parlé, elle met également en avant le processus de recomposition de son histoire. Récit de vie enregistré sur bandes séparées et non numérotées, le texte est un assemblage de morceaux épars, de pièces rapportées, dont l'agencement est arbitraire et réversible. II se construit et se déconstruit sans cesse, se délite et se dérobe. Parce que le conte ressortit à une esthétique du fragment, Héliane Ventura s'est elle-même attachée à mettre en valeur les éclats, les morceaux, les pépites. Elle présente une série de six interprétations de textes (explications linéaires ou commentaires composés) qui, de l'incipit aux deux clausules, reconstitue la trame de l'existence de la Servante, livrée à la tyrannie, dans cet univers dystopique qui s'appelle ironiquement « la République de Galaad » et qui se situe à Boston sur la terre des anciens Puritains de la Nouvelle Angleterre à l'aube du vingt et unième siècle.

  • Entre la « Renaissance » du douzième siècle et l'éclosion au quinzième de l'humanisme et les prémices de la Renaissance, la culture savante de l'Occident chrétien connaît un profond renouvellement. La redécouverte d'Aristote et les apports de la science arabe, grâce à des traductions en latin, amènent un reclassement des savoirs, où se distinguent notamment la dialectique et la médecine, même si la théologie reste la discipline reine. Les besoins d'un État moderne en gestation et ceux de l'administration de l'Église donnent un lustre sans précédent au droit, ressourcé aux compilations de Justinien. De cette culture savante, les vecteurs aussi sont nouveaux : les écoles urbaines se sont muées, à partir du treizième siècle, en universités, qui pratiquent un enseignement avant tout oral, fondé sur le commentaire des autorités, tout en laissant une large place au livre, dont la production se normalise et s'accélère. Les langues vernaculaires, par le biais de traductions et de productions toujours plus nombreuses, accèdent au statut de langues de savoir. Mais l'éducation passe aussi par d'autres canaux : les petites écoles contribuent à une alphabétisation limitée de la société médiévale et les mères jouent le même rôle dans la sphère familiale. Les artisans transmettent aux apprentis les gestes de leur profession et, dans les cours, princières ou seigneuriales, les jeunes gens sont initiés aux bonnes manières et aux vertus chevaleresques. Enfin, l'Église, animée d'un réel souci pastoral, cherche à imprégner les fidèles, notamment grâce à la prédication, des croyances fondamentales et des règles morales, ce qui oblige les prêcheurs à tenir compte de la culture des auditoires variés auxquels ils s'adressent. Ainsi se transmettent des cultures, c'est-à-dire des manières de concevoir le monde, des façons de penser, de croire et de faire. Attentif aux niveaux et aux acteurs ou médiateurs culturels, aussi bien qu'à leur production, ce livre met l'accent sur les grandes évolutions qui ont caractérisé les cultures médiévales, tout en présentant les individus et les lieux qui jouèrent un rôle clef dans leur transmission.

empty