La découverte

  • Depuis qu'elles existent, les sciences dites exactes se prétendent différentes des autres savoirs. Comment comprendre cette prétention ? Faut-il, à la manière des épistémologues anglo-saxons ou de Karl Popper, tenter d'identifier les critères qui la justifient ? Peut-on, suivant le modèle nouveau des études sociales des sciences, y voir une simple croyance ? Ce livre propose un dépassement fructueux de l'opposition, apparemment irréconciliable, entre ces deux approches des sciences.
    Depuis qu'elles existent, les sciences dites exactes se prétendent différentes des autres savoirs. Comment comprendre cette prétention ? Faut-il, à la manière des épistémologues anglo-saxons ou de Karl Popper, tenter d'identifier les critères qui la justifient ? Peut-on, suivant le modèle nouveau des études sociales des sciences, y voir une simple croyance ? Ce livre propose un dépassement fructueux de l'opposition, apparemment irréconciliable, entre ces deux approches des sciences. Et si la tension entre objectivité scientifique et croyance était justement constitutive des sciences, enjeu des pratiques inventées et réinventées par les scientifiques ? Réussir à parler des sciences avec humour, sans en faire un objet de vénération, ni de dénonciation, en restant au plus proche de la passion des scientifiques, tel est ici le pari d'Isabelle Stengers. Mais ce livre ne se limite pas à un discours sur les sciences. Il s'agit bien plutôt de prolonger l'histoire de leur invention. Comment comprendre les liens multiples entre la science et les pouvoirs qui la mobilisent aujourd'hui ? Comment concevoir les rapports entre science, expertise et démocratie ? La nouveauté de L'invention des sciences modernes est de faire de ces différents problèmes intellectuels, pratiques et politiques les enjeux du processus par où pourrait s'inventer et se renouveler l'identité même des sciences.

  • Hegel ou Spinoza, et non Hegel et Spinoza : la question n'est pas ici de procéder à la comparaison entre des auteurs et des systèmes mais de procéder à leur confrontation. À travers la différence de doctrines irréductibles apparaît alors la réalité d'une lutte qui les apparente conflictuellement.
    Hegel ou Spinoza, et non Hegel et Spinoza : la question n'est pas ici de procéder à la comparaison entre des auteurs et des systèmes, enfermés une fois pour toutes dans les limites de leur sens, qu'on pourrait tout au plus identifier et exhiber dans un commentaire purement théorique. Ce qui vient au premier plan, c'est leur active confrontation, celle de doctrines irréductibles. Entre Hegel et Spinoza quelque chose se passe, et c'est la connaissance de cet événement qui peut nous faire avancer dans la connaissance de l'histoire de la philosophie, c'est-à-dire dans la connaissance de ce que c'est pour la philosophie que d'avoir une histoire. Hegel a lu Spinoza, et il ne l'a pas compris. Ce fait bien connu présente quelques particularités étonnantes. D'abord l'étrange fascination que Hegel éprouve à l'égard de Spinoza, dont il fait son principal interlocuteur philosophique. Surtout il y a ceci : en dépit de la méprise en quelque sorte systématique commise par Hegel sur la lettre du spinozisme, il y a une reconnaissance paradoxale de la position singulière que celui-ci occupe, à laquelle Hegel oppose une constante dénégation. Tout se passe comme si Hegel avait vu dans Spinoza la limite de son propre système. De ce point de vue, les perspectives traditionnelles se renversent : Hegel lecteur de Spinoza, c'est aussi et surtout Spinoza lecteur de Hegel. On dit souvent, pour expliquer ou excuser les erreurs de lecture de Hegel, qu'il a mieux compris Spinoza que celui-ci ne s'était compris lui-même et qu'il a lu dans son texte au-delà de ce qui y était écrit. Et si c'était Spinoza qui déjà avait mieux compris Hegel ?

  • Les auteurs de ce livre - architectes, urbanistes, philosophes, sociologues, juristes, historiens - explorent les implications de l'éthique pour les " faiseurs de ville ", ainsi que les interfaces entre opérations d'aménagement, pratiques démocratiques et exigences écologiques.

    L'éthique, selon son étymologie, est un ethos, c'est-à-dire une " manière d'être ". Séjour de l'homme au monde, elle est un mode d'existence qui s'adresse à chacun et se distingue aussi bien d'une morale comme rapport à soi que d'une pensée moralisatrice pour l'Autre. Ainsi, l'éthique participe à la relation à autrui et au monde - à la Nature, à ce qu'on nomme bien hâtivement l'environnement. Elle se confond parfois avec la responsabilité, que nos actes ordinaires ne peuvent pas esquiver, et la déontologie, qui règle les pratiques professionnelles. L'architecte et l'urbaniste, par exemple, sont non seulement responsables juridiquement de ce qu'ils édifient, mais éthiquement. À l'heure où ces métiers connaissent de profondes mutations, à la suite des nouvelles configurations territoriales et des nouveaux modes de vie urbains, la question de l'éthique se pose avec acuité. Bâtir la demeure de l'homme, aménager ses lieux et ses sites ne sont pas une mince affaire. Certes, de trop nombreux professionnels ne s'en soucient guère, préoccupés qu'ils sont par " leur " oeuvre ou leur chiffre d'affaire... Pourtant, chaque jour, s'affirme l'idée selon laquelle il n'y a pas d'esthétique sans éthique. Les auteurs de ce livre - architectes, urbanistes, philosophes, sociologues, juristes, historiens - explorent les implications de l'éthique pour les " faiseurs de ville ", ainsi que les interfaces entre opérations d'aménagement, pratiques démocratiques et exigences écologiques.

  • Les organisateurs d'expositions sont-ils des auteurs ? À quelles conditions le vandalisme peut-il devenir une performance d'art contemporain ? Comment les oeuvres d'art illustrent-elles les déplacements entre singularité et universalité ? L'oeuvre d'art peut-elle être considérée comme une information ou une opinion ? Qu'est ce que l'authenticité, et est-il vraiment nécessaire qu'un tableau ait été exécuté par son signataire ? Faut-il voir dans l'émission télévisée Loft Story une régression de la civilisation ou un progrès de l'authenticité ? Y a-t-il plus ou moins de censure en art aujourd'hui, et quels en sont les enjeux pour la démocratie ? À ces questions sont données ici deux catégories de réponses - juridiques et sociologiques - en même temps qu'une réflexion commune sur leurs convergences et leurs différences. Car ce livre relève d'un genre inédit : à la fois recueil d'articles, dialogue entre deux chercheurs et comparaison entre deux regards différents - celui du droit, celui de la sociologie - sur un même objet : l'art, et plus précisément le statut d'auteur et d'oeuvre de l'esprit. Au-delà de ce qui distingue la démarche du juriste et du sociologue (par exemple la temporalité, le rapport à la norme, l'interactivité avec les acteurs), on voit ainsi s'élaborer, à partir de cas précis, une réflexion concrète sur quelques fondements anthropologiques du rapport à l'art dans notre société - dont émerge en particulier, toujours présente, la notion de personne.

  • Quels sont les enjeux politiques, en Afrique du Sud, de la crise épidémiologique du sida, qui met en cause les discours de la science autant que la gestion du pouvoir ? Un prisme original pour lire l'histoire récente de l'après-apartheid, dans laquelle le passé est intensément présent, à travers la souffrance et le ressentiment. Il s'agit ici de comprendre, de manière littérale, comment les corps se souviennent. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2006.)
    Avec six millions de personnes infectées, l'Afrique du Sud est le pays du monde le plus gravement touché par l'épidémie de sida. Elle est aussi le lieu des débats les plus virulents sur les causes et les traitements de la maladie, des mobilisations les plus spectaculaires et des procès les plus retentissants pour l'accès aux médicaments. Que ces faits surviennent dans le contexte de l'après-apartheid, dans une " nouvelle Afrique du Sud " où la reconstruction d'une " nation arc-en-ciel " affranchie des barrières raciales semblait enfin possible, confère à cette situation une tonalité particulièrement dramatique. En ce sens, la chronique sud-africaine du sida, de ses morts annoncées et de ses polémiques incessantes, forme le contrepoint de la Commission vérité et réconciliation, qui s'est efforcée de solder un héritage douloureux. Fruit de cinq années d'enquête dans les townships et les anciens homelands comme dans les milieux savants et politiques sud-africains, ce livre retrace les enjeux politiques d'une crise épidémiologique qui met en cause les discours de la science autant que la gestion du pouvoir : il montre, à partir des biographies de malades et de l'anatomie des controverses, comment l'histoire de la colonisation et de la ségrégation demeure vivante, dans les inégalités et les violences, dans le racisme et les accusations de racisme. Le passé est intensément présent, se dévoilant sans cesse à travers une politique de la souffrance et une économie du ressentiment. Il s'agit donc ici de comprendre, de la manière la plus littérale, comment les corps se souviennent. Au-delà de la singularité historique de l'Afrique du Sud, l'auteur propose ainsi une réflexion sur la mémoire des afflictions collectives dans les sociétés contemporaines et sur l'anesthésie politique que perpétue notre indifférence à l'égard de ces injustices. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2006.)

  • Aujourd'hui, le conformisme réaliste s'est substitué au mythe du progrès. Et il est vrai que la logique déterministe qui sous-tendait ce dernier est définitivement brisée. Le psychanalyste et philosophe Miguel Benasayag s'attaque ici aux questions qu'implique ce problème.
    Aujourd'hui, le constat est devenu banal : les idéologies qui fondaient l'engagement individuel et les luttes collectives pour l'émancipation se sont effondrées. Le conformisme réaliste s'est substitué au mythe du progrès. Et il est vrai que la logique déterministe qui sous-tendait ce dernier est définitivement brisée. Comment sortir de ce constat circulaire et désespérant sans produire de nouvelles illusions ? Comment construire une philosophie et une praxis de la liberté émancipées de " l'idée de progrès " ? C'est à ces questions difficiles que s'attaque ici le psychanalyste et philosophe Miguel Benasayag, poursuivant le travail de réflexion critique engagé dans ses ouvrages précédents, publiés à La Découverte : Utopie et liberté (1986) et, avec Edith Charlton, Critique du bonheur (1989) et Cette douce certitude du pire (1991). Pour y répondre, Miguel Benasayag analyse les deux grandes ruptures historiques qui marquent à ses yeux l'évolution de l'idée de liberté. La première est la " rupture nominaliste " qui, à partir du XIIe siècle, jeta les bases du mythe du progrès et de la modernité : c'est par elle que l'homme se constitua en sujet capable de regarder l'univers comme un objet, et fit de la connaissance le moyen de l'émancipation ; la seconde est la " grande crise de 1900 ", qui marque l'effondrement de ces catégories modernes et l'origine de la crise actuelle des valeurs : la pensée déterministe est alors triplement mise ne cause, par la découverte freudienne de l'inconscient, par la physique quantique et par l'irruption de l'indécidable en mathématiques. Au terme de ce parcours historique et philosophique, l'auteur explore les pistes d'une rationalité nouvelle, dégagée de toute téléologie. Faute de pouvoir " faire l'Histoire ", les hommes doivent penser ce qu'ils peuvent faire dans l'Histoire. En un mot : penser la liberté !

  • À la lumière d'une analyse critique de l'oeuvre des deux théoriciens, Yves Sintomer s'efforce d'éclairer les controverses actuelles sur la crise de l'État social et de l'État-nation, le multiculturalisme, la parité, le droit à l'avortement ou la désobéissance civile.

    Dans les sociétés modernes, rationalité et démocratie seraient-elles incompatibles ? C'est ce que soutient le grand théoricien de la modernité, Max Weber. Pour le fondateur de la sociologie allemande, le peuple ne peut que subir la domination des élites. Tout au plus les citoyens peuvent-ils désigner les individus d'exception qui seront des chefs véritables. L'approche élitiste de Weber constitue ainsi un formidable défi pour tous ceux qui sont attachés à la perspective démocratique. Dans ce livre ambitieux, Yves Sintomer entend montrer que la théorie de Jürgen Habermas peut constituer un point d'appui pour répondre à ce défi : les citoyens des sociétés modernes sont capables de produire un ordre démocratique stable à travers leurs discussions sur l'espace public. Habermas s'efforce de redonner toute sa place à l'idée d'une solidarité et d'une démocratie venues d'en bas, que l'argent ou le pouvoir bureaucratique ne sauraient remplacer sans provoquer une crise du lien social. Sa notion d'État de droit démocratique et social dépasse libéralisme et républicanisme et démontre que droits de l'homme et souveraineté populaire s'impliquent mutuellement. En mettant l'accent sur les procédures qui structurent la discussion publique, Habermas fait de la démocratie un idéal, partiellement incarné aujourd'hui, qui constitue la ligne d'horizon de la modernité. Habermas apporte-t-il une réponse convaincante au défi wébérien ? Son approche est-elle suffisamment réaliste, en particulier face à la question des inégalités sociales, politiques et culturelles ? À la lumière d'une analyse critique de l'oeuvre des deux théoriciens, Yves Sintomer s'efforce d'éclairer les controverses actuelles sur la crise de l'État social et de l'État-nation, le multiculturalisme, la parité, le droit à l'avortement ou la désobéissance civile.

  • Dans un entrelacs entre l'histoire classique des idées, l'histoire de la philosophie, l'histoire des mentalités et l'histoire culturelle, ce livre s'efforce d'ouvrir un espace de recherche, celui d'une histoire intellectuelle, dont François Dosse a déjà entrepris l'exploration dans ses travaux antérieurs.
    Les médias scrutent avec une passion grandissante les moindres paroles des intellectuels ainsi que leurs silences. On décrit leurs réseaux et on en dresse la généalogie. Tour à tour accusés ou dénoncés comme accusateurs, les intellectuels en seraient pour certains au stade terminal lorsque d'autres les stigmatisent comme " terroristes ". Dans ce livre ambitieux, François Dosse tente de restituer la pluralité des figures de l'intellectuel à partir de celle apparue en France lors de l'affaire Dreyfus. Dans un entrelacs entre l'histoire classique des idées, l'histoire de la philosophie, l'histoire des mentalités et l'histoire culturelle, ce livre explore un espace de recherche, celui d'une histoire intellectuelle, que François Dosse a déjà défriché dans ses travaux antérieurs. Cette histoire intellectuelle a pour ambition de faire travailler ensemble les oeuvres, leurs auteurs et le contexte qui les a vus naître en refusant l'appauvrissante alternative entre une lecture internaliste des textes et une approche externaliste privilégiant les seuls réseaux de sociabilité. Histoire des concepts, sémantique historique et socio-histoire des idées : François Dosse met en évidence leur apport singulier et la vitalité de leurs échanges. La prise en compte des renouvellements récents de l'histoire intellectuelle permet d'interroger alors la marche des idées par un va-et-vient constant entre le passé et les questions que nous posons au passé à partir de notre présent.

  • La police est une institution ambiguë, caractérisée à la fois comme une pratique gouvernementale et comme une fonction auxiliaire du pouvoir judiciaire.La complexité de cette notion, qui surgit au croisement des activités sociales, de la politique et du droit, sans oublier l'imaginaire forgé par la littérature, a toujours gêné les juristes et les historiens. Comment et dans quelles circonstances historiques le modèle normatif de la police s'est-il structuré ? Quel genre de techniques a-t-il mis en place ? Comment a-t-il évolué pendant la période cruciale de la fin de l'Ancien Régime aux premières décennies du XIXe siècle ? Et enfin, quel mode administratif a-t-il élaboré de sorte qu'aujourd'hui encore, nous sommes en mesure d'en tirer quelques profits pour comprendre l'actualité ? Dans ce livre, fruit de longues années de recherche, Paolo Napoli étudie comment la police moderne s'invente à cette période charnière, la fin de l'Ancien régime et la Révolution française. Il restitue la diversité des mesures réglementaires et la richesse des travaux théoriques, juridiques notamment, qui s'efforcent de penser le modèle policier à la lumière des évolutions politiques, sociales et culturelles fondamentales. Paolo Napoli montre que le modèle policier, avec sa diligence et sa minutie, reste absolument fondamental pour comprendre l'État-providence. Ainsi, derrière le très contemporain " principe de précaution " se cache une histoire longue de techniques policières, de dispositifs préventifs affectant la vie matérielle et morale des hommes. De même, si l'on s'interroge sur la manière dont la notion de " sécurité " perd sa connotation exclusivement psychologique pour acquérir une dimension objective, mesurable et donc gérable, c'est toujours l'oeuvre des dispositifs policiers qu'il faut regarder.

  • Cette lecture critique d' Empire et de Multitude d'Antonio Negri et Michael Hardt, renoue avec la meilleure tradition et la vivacité de la discussion théorique et politique.
    Le nom de Marx donne aujourd'hui lieu à d'étranges renversements. Tandis que certains libéraux rendent des hommages appuyés à l'auteur du Capital, nombreux sont ceux qui à gauche ne savent que faire d'un héritage jugé encombrant. L'indifférence feinte, le dogmatisme, tout comme la volonté d'ignorer, reconduisent les errements du passé et perpétuent l'impasse actuelle. C'est le mérite de Michael Hardt et de Antonio Negri que de refuser une telle attitude en entreprenant de réviser le marxisme d'une façon créatrice et originale. Empire et Multitude marquent en effet un moment important dans le réveil d'une pensée radicale. Ils frappent par leur ambition de repenser le passage au communisme à un moment où les mots de " révolution " ou de " communisme " paraissent frappés d'un discrédit irrémédiable. Sauver Marx ? restitue la cohérence théorique de ce nouveau marxisme, en remontant à ses sources et en mettant en évidence ses limites : difficulté de penser le sujet politique à l'ère de la mondialisation, reconduction de la thèse d'un " moteur " de l'histoire, conception unilatérale des mutations de l'ordre productif. De telles limites renvoient aux limites mêmes du marxisme : aussi est-il vain de vouloir sauver Marx des difficultés de sa propre pensée. Pour les auteurs de ce livre, qui entend renouer avec la meilleure tradition de la discussion théorique et politique, ce que désigne toujours le nom de Marx - la critique rigoureuse du capitalisme - ne saurait donc être confondu avec le marxisme comme discours sur l'Histoire.

  • Qu'ont à nous dire les sciences sociales sur la société ? Peuvent-elles nous aider à comprendre le monde, et à agir pour le changer ?
    Qu'ont à nous dire les sciences sociales sur la société ? Peuvent-elles nous aider à comprendre le monde, et à agir pour le changer ? Si l'on se donne la peine de regarder de près la production des chercheurs, au-delà des quelques grands intellectuels qui monopolisent l'attention des médias, la réponse à ces questions apparaît fort embarrassante. Car la majorité des spécialistes en sciences sociales semblent avoir renoncé à se saisir du politique : réfugiés derrière les murs de leur discipline ou de leur sous-discipline, ils ne savent plus interroger l'époque, ni répondre à l'exigence démocratique qui sourd de partout. Ce sont les formes et les causes de cette " démission des clercs " qu'explore avec rigueur Alain Caillé dans cet essai roboratif. À partir d'une critique remarquablement argumentée de théories dominantes de la sociologie, de l'économie et de la philosophie politique, il montre comment l'oubli du politique s'inscrit au coeur même de ces théories. Ainsi de l'utilitarisme et de l'individualisme méthodologique, qui ne permettent pas de reconnaître la dimension plurielle et collective de l'action sociale. Mais ce livre, n'est pas qu'un état des lieux critique de la recherche et des idées contemporaines. Il pose les bases d'un programme de travail pour les sciences sociales : sans rien céder sur les exigences d'un savoir rigoureux, elles doivent inventer de nouvelles formes de citoyenneté qui soient universalisables, et en même temps capables de reconnaître les singularités historiques et culturelles dans lesquels les hommes puisent leurs raisons de vivre et d'espérer.

  • Une critique fondamentale du messianisme révolutionnaire et de la pensée classique de l'émancipation.
    Le siècle qui devait accoucher de toutes les émancipations est en train de finir comme un crépuscule mélancolique. Les expériences révolutionnaires ont tragiquement échoué, et le capitalisme, sous sa forme du libéralisme à outrance, paraît désormais aussi inévitable que le coucher du soleil, qui plonge dans l'ombre des millions d'hommes et de femmes auxquels on demande de se résigner. Et pourtant... Au Chiapas ou en Afrique du Sud, en Belgique ou en France, les sans-terre, les sans-papiers, les sans-travail, tous ces " sans " là, paraissent ignorer le diktat des grands de ce monde. En prenant appui sur l'analyse de ces nouvelles formes de radicalité, et sur l'étude critique d'expériences plus anciennes (notamment des guérillas d'Amérique latine), les auteurs proposent dans ce livre une critique fondamentale du messianisme révolutionnaire et de la pensée classique de l'émancipation, qui ne concevait la liberté que comme la conséquence de la prise du pouvoir. Et ils explorent les voies d'une autre radicalité, plus porteuse de changements et d'espoir, et qui saurait éviter les pièges du pouvoir : celle d'une pratique de la liberté toujours en actes, ici et maintenant, et qui ne serait plus simple promesse.

  • Cet ouvrage reprend une série d'articles parus dans la revue Esprit, qui témoignent de l'histoire intellectuelle française du XXe siècle. Ces différents essais présentent et discutent l'oeuvre de penseurs pour le moins originaux, et dont bien souvent les écrits et les engagements personnels ont profondément marqué une époque et une génération : Boris Souvarine, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Claude Lévi-Strauss, Georges Dumézil, Paul Ricoeur, Éric Weil, Mikaël Dufrene, Michel Foucault, Jacques Lacan, sans oublier Georges Bataille et le Collège de sociologie (Jules Monnerot et Roger Caillois), et Edgar Morin et la revue Arguments (Kostas Axelos et Jean Duvignaud). En suivant ces étonnantes traversées de notre siècle, nous pouvons établir la carte de la pensée française, cette géographie complexe aux nombreuses zones de tension. Nous pouvons aussi suivre les cheminements de chacun et dessiner des filiations, des croisements ou bien encore des parcours parallèles, sans aucun point de rencontre, mais tous s'inscrivant profondément dans un espace européen et dans une histoire occidentale du monde. C'est, finalement, cette histoire - et les philosophies qui l'explicitent - qui, de fait, donne son unité à cet ensemble de textes, et autorise la confrontation de ces pensées.

  • Puisant directement aux sources : archives diplomatiques américaines, entretiens, enquêtes... l'auteur propose une réflexion d'ensemble sur les relations entre l'Afrique et les deux grands.

  • La recherche sur la vie et l'intelligence artificielles posent une question qui hante nos contemporains : si nous pouvons modifier la nature humaine, qu'en est-il alors de la condition humaine ? Jusqu'où l'homme " amélioré " reste-t-il un homme ? Une réflexion philosophique et politique.
    Depuis les années 1980, la recherche sur la vie et l'intelligence artificielles a permis des avancées spectaculaires dans la fabrication d'artefacts inspirés du vivant. Grâce au génie génétique et aux neurosciences, des chercheurs annoncent la possibilité d'" améliorer " la nature humaine. Et la pensée elle-même est désormais le fruit de combinaisons entre processus neuronaux humains et ceux des artefacts. Ces techniques posent toutefois une question majeure : jusqu'où l'homme " amélioré " reste-t-il un homme ?Pour y répondre, Miguel Benasayag propose dans ce livre de rompre avec le vieil imaginaire opposant l'homme à la machine : la question n'est pas de savoir si les automates peuvent ou non imiter le fonctionnement de la conscience et de la vie, mais d'interroger - grâce aux ressources de la philosophie et de la neurophysiologie - le sens même de ces deux notions. Pour l'auteur, elles ne recouvrent pas des entités ontologiques qui existeraient " en soi " : elles sont des constructions de chaque époque et celle qui a conçu leurs avatars modernes est elle-même en crise. Les conceptions de la conscience et de la vie que les savants cherchent à reproduire n'ont rien de comparable avec leur manifestation biologique, mais les effets de cette recherche dans le formatage de la vie et du monde sont bien réels : l'idéologie postmoderne du " tout est possible " en matière de modification du vivant, loin d'être la réalisation d'un rêve, serait plutôt l'avènement d'un cauchemar.Miguel Benasayag pose ici les bases d'une nouvelle épistémologie des rapports complexes entre techniques et vie. Et il explore les voies qui permettront l'homme de développer une véritable puissance d'agir à l'heure de la virtualisation mortifère de la vie.

  • Les auteurs de ce livre - philosophes, historiens, géographes, artistes, architectes, paysagistes, etc. - rejettent, vis-à-vis de la " nature ", l'approche dominatrice, et optent pour de nouvelles relations responsables et complices. Une telle attitude les oblige à repenser les rapports complexes entre nature et culture, technique et société, urbain et environnement et, par conséquent, à appréhender les dimensions éthiques et esthétiques de l'" art de bâtir ".
    La modernité occidentale oppose la nature à la ville, cet univers artificiel, dans lequel ne subsistent que quelques éléments " naturels ", cultivés et entièrement maîtrisés par l'homme. Ce divorce entre l'humain et le vivant résulte de la montée en puissance des techniques déployées par l'homme, parfois contre lui et toujours contre la nature. Les auteurs de ce livre - philosophes, historiens, géographes, artistes, architectes, paysagistes, etc. - rejettent, vis-à-vis de la " nature ", l'approche dominatrice, et optent pour de nouvelles relations responsables et complices. Une telle attitude les oblige à repenser les rapports complexes entre nature et culture, technique et société, urbain et environnement et, par conséquent, à appréhender les dimensions éthiques et esthétiques de l'" art de bâtir ". Les " espaces verts ", les jardins privés, les " coulées vertes ", les cité-jardins, les tracés " paysagers " des autoroutes ou des voies ferrées, les diverses réglementations écologiques, etc., sont-ils le signe d'une heureuse prise de conscience ou les cache-misère d'un hyper-libéralisme méprisant les équilibres fragiles de l'écosystème et le désir des citadins d'une " nature urbaine " ? La nature n'est pas extérieure à l'homme, tout comme celui-ci n'est pas en dehors d'elle. Ce sont les conditions de cette nécessaire cohabitation que les auteurs étudient et discutent. Au-delà d'un discutable " contrat naturel ", il convient de prendre soin de " notre " monde, un monde résolument urbanisé.

  • Ce livre propose le récit passionnant d'une formation philosophique. Sa force tient d'abord au contexte dans lequel il a été écrit, dans la Roumanie de Ceausescu. Et c'est de cet étouffoir totalitaire qu'une poignée de jeunes intellectuels a réussi paradoxalement à se libérer, par le travail philosophique.
    Pour tous ceux qui cherchent dans la philosophie les voies d'un sens retrouvé dans un monde sans repères, ce livre sera une révélation. Mais pas dans le sens qu'on attend : il ne s'agit pas d'un traité de morale, et il ne délivre aucune " recette de vie ". Il propose le récit passionnant d'une formation philosophique, de la découverte de la philosophie comme résistance spirituelle. La force de ce livre tient d'abord au contexte dans lequel il a été écrit, dans la Roumanie de Ceausescu : une société plongée dans la misère matérielle, quadrillée par une police politique omniprésente, soumise à la folie d'un dictateur décidé à détruire tous les foyers de culture pour construire l'" homme nouveau ". Et c'est de cet étouffoir totalitaire qu'une poignée de jeunes intellectuels a réussi paradoxalement à se libérer, par le travail philosophique : pendant cinq ans, de 1977 à 1981, ils se sont régulièrement rendus dans le village de Paltinis, pour y rencontrer le grand philosophe Constantin Noïca, et engager avec lui une entreprise systématique de découverte et de critique de l'oeuvre des grands philosophes. Le Journal de Paltinis est le récit au jour le jour de ces échanges passionnants, écrit sur un mode intimiste, vibrant d'une passion contagieuse, apportant la preuve magnifique que " pour un homme, la culture n'est pas un ornement du hasard, mais son milieu d'existence spécifique, comme l'eau se trouve être celui des poissons et l'air celui des oiseaux ". Comme Emil Cioran l'a écrit à Gabriel Liiceanu : " Un étranger qui lirait votre Journal pourrait croire qu'en Roumanie, pendant ces années sombres, on ne faisait rien d'autre que s'adonner à des méditations intemporelles ou rêver au destin d'une civilisation. Vous donnez donc une image en apparence fausse mais en fait véridique des réalités de là-bas, puisque les événements que vous relatez ont bel et bien existé, ne fût-ce qu'à Paltinis... Mais cela suffit à contrebalancer le néant du reste du pays. " En cherchant à " contrebalancer le néant ", cette aventure philosophique et spirituelle est certes un témoignage en creux, irremplaçable, sur les sociétés totalitaires de l'après-guerre en Europe de l'Est. Mais en ayant su trouver des accents inédits pour célébrer l'humanisme de la culture européenne, Gabriel Liiceanu nous aide à prendre conscience de notre dette à l'égard de cet héritage devenu ici trop banal. Et surtout, comme on le découvrira à la lecture de ces pages, " le Journal dépasse les limites forcément discrètes d'un texte philosophique et révèle son dessein véritable : la recherche de soi-même " (Cioran). Devenu un classique en Roumanie, ce livre majeur propose une magnifique introduction aux joies - et aux difficultés - du véritable travail philosophique, dont il montre qu'il ne doit surtout pas être réservé aux spécialistes.

  • Malgré tous leurs défauts, les États-Unis constituent aux yeux de nombre d'observateurs occidentaux la première démocratie du monde. À l'inverse, d'autres considèrent qu'ils ne sont en réalité dirigés que par quelques hommes - démocrates ou républicains, managers ou généraux - n'ayant qu'un seul souci : la maîtrise du capitalisme mondial. La réalité est bien plus complexe que cette vision manichéenne du pouvoir politique. Au-delà de ces clichés, et en s'appuyant sur une longue et minutieuse enquête, tant sur place qu'en France à partir de documents inédits, ce livre démonte les mécanismes réels de la démocratie américaine. Pour ce faire, il révèle les manoeuvres de multiples groupes de pression, qui s'efforcent de faire prévaloir leurs intérêts et d'imposer leur conception du monde : le club de Bilderberg, le Committee on the Present Danger, les transnationales, la Trilatérale, les services secrets, les médias... Ces divers lobbies, à coup sûr, pèsent de tout leur poids pour essayer de détourner à leur profit la première démocratie du monde. Comment rester indifférent à ce mode de fonctionnement, alors même que chaque décision américaine se répercute au niveau mondial ? Comment ne pas s'intéresser à ces décideurs, ces oligarques, dont l'influence traverse les frontières ? Comment ne pas vouloir percer les secrets des conversations de couloir et des organisations parallèles, alors que l'enjeu est l'avenir même de la démocratie, d'une démocratie davantage fidèle à ses principes fondateurs ?

  • "Si le mot d'anomie a un sens, il désigne les manifestations incasables, qui accompagnent le difficile passage d'un genre de société qui se dégrade, à un autre qui lui succède dans la même durée, et qui n'a pas encore pris forme. Nous sommes dans l'écluse (...). Nous traversons aujourd'hui une plus forte "zone de turbulences" : les "valeurs" de la civilisation industrielle dans laquelle nous sommes nés, n'ont plus guère de force mobilisatrice, les institutions s'effritent, des lieux vivants deviennent des cimetières, les idéologies, les utopies viennent buter contre le mur d'un avenir imprévisible. Les nations, les États, apparaissent comme des emballages vides. Il est difficile de dire que le prochain millénaire ressemblera à ce que suggèrent, ici ou là, les films de science fiction, les bandes dessinées, les rêveries optimistes des ingénieurs. Qui oserait prophétiser ?" Avec ce concept d'anomie, formulé par Jean-Marie Guyau et utilisé par Émile Durkheim, Jean Duvignaud montre comment les sociétés - en se transformant - provoquent de nombreuses réactions imprévues chez les individus. Des comportements inédits apparaissent, les normes sont contestées, la marginalité et la déviance s'enrichissent de nouvelles forces, etc. L'auteur illustre sa réflexion par des exemples empruntés à la littérature du XIXe siècle, au théâtre contemporain, à la peinture... Le sacré, l'imaginaire, le rêve, l'utopie, la contestation, se faufilent ça et là, entravant le raisonnement sociologique, et conduisent l'auteur à repenser la place et le rôle des sciences sociales dans une société qui vit - en permanence - de fortes perturbations. Cet ouvrage est une nouvelle édition entièrement revue et augmentée de l'Anomie (éd. Anthropos - 1973).

  • L'époque, dit-on, est à la communication. Verra-t-on revenir celles des sciences et des arts ? Muni des concepts (dont on n'a pas encore toute la mesure) proposés par Peirce, l'école de Palo Alto, Edgar Morin ou Douglas Hofstadter, l'auteur explore ici la réflexivité dans le langage, depuis la poésie jusqu'aux speech acts. Les paradoxes et les percées théoriques condensés dans une page de Mallarmé, de Montaigne ou de Proust se retrouvent en effet, à l'autre bout de la chaîne parlée, dans l'ironie, le métalangage ou les enchevêtrements de l'énoncé et de l'énonciation. Mais pourquoi toujours penser nos communications selon le modèle linéaire de la chaîne ? Un émetteur et un récepteur, en se bouclant l'un sur l'autre, formant un " complexe " qui invite à poser la relation avant les termes de celle-ci. En suivant ce paradigme communicationnel, Daniel Bougnoux montre en-deçà et au-delà des logiques linéaires et dialectiques l'insistance d'une logique circulaire : sans son mouvement perpétuel d'ouverture et de fermeture, nous ne saurions communiquer. Mais les boucles étranges ne cessent de déborder nos langages. Dans les roues de la vie comme dans la dynamique de l'imaginaire, ou la gravitation des ensembles sociaux, s'observerait la même communication circulaire, dont la raison nous fait tant défaut.

  • En puisant à la fois dans les débats du passé et dans les événements du présent, l'auteur développe sa conception originale de la nation.
    L'État national, forme moderne d'organisation de l'humanité, est né des contradictions internes du droit naturel des XVIe-XVIIIe siècles. Le pacte conclu entre les individus, qui était constitutif de la société, n'avait de sens que dans l'ordre du droit civil ou privé, mais laissait un vide dans celui du droit public. Ce vide est occupé par l'État, qui est donnée de l'histoire, et non le résultat d'un pacte, fiction produite par la raison. Jusqu'au XVIIIe siècle, la nation ne désignait q'une réalité ethnique et culturelle ; par sa jonction avec l'État qu'elle légitime, elle entre dans l'ordre politique. Ainsi l'État monarchique d'ancien régime, dynastie et territorial, devient, avec la Révolution française, l'État national. La subversion de l'État dynastique et territorial, aboutissement de la critique menée par l'école moderne du droit naturel, consacrait le triomphe du principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ; l'entrée de la nation dans l'ordre politique relève quant à elle d'un tout autre principe : celui des nationalités. Aux contradictions héritées du droit moderne, la forme État national ajoute celles nées des relations conflictuelles entre ces deux principes. Cet essai, qui rassemble et confronte les apports de l'histoire du droit, de la philosophie politique et de l'histoire du droit, de la philosophie politique et de l'histoire des sociétés, analyse ce double conflit. En puisant à la fois dans les débats du passé et dans les événements du présent, l'auteur développe sa conception originale de la nation.

  • Réflexions sur le Bien et le Mal, l'homme abyssal et son rapport au cosmos, l'idéal oecuménique et l'agressivité humaine, l'Être et le Temps, etc., constituent le coeur de ces fragments que Maria Daraki traduit puis analyse en termes de philosophie, d'histoire et de sociologie culturelle.
    Le stoïcisme naît à Athènes au cours d'une grave crise qui marque la fin de l'autonomie de la cité. La conquête macédonienne va en effet révoquer ce qui avait fait l'originalité politique de la Grèce. Il en résulte une véritable " crise de civilisation ", avec son habituel, cortège de symptômes : brouillage des certitudes, discrédit de la politique, protestation individualiste, etc., et par ailleurs éloge des primitifs et de l'état de nature accompagné d'un regain de religiosité. Le stoïcisme d'Athènes, pensée de la protestation, exprime remarquablement cet ébranlement des acquis, et aussi ce " retour à la Nature " qui semble prendre le relais de Dieu. Dispersée entre quelque trois mille fragments, la pensée des fondateurs du stoïcisme, Zénon, Cléanthe, Chrysippe, est, on le devine aisément, la moins connue. Pourtant elle est éblouissante pour réagir aux questions que le philosophe pose encore et toujours à l'individu en quête d'appartenance. Réflexions sur le Bien et le Mal, l'homme abyssal et son rapport au cosmos, l'idéal oecuménique et l'agressivité humaine, l'Être et le Temps, etc., constituent le coeur de ces fragments que Maria Daraki traduit puis analyse en termes de philosophie, d'histoire et de sociologie culturelle. L'auteur compare ensuite le stoïcisme d'Athènes et la théologie de saint Augustin. En choisissant de mettre en parallèle ces deux grandes visions de l'homme et du monde, elle entend saisir le passage de l'Antiquité au christianisme, là où il accuse le plus grand écart. Pour les stoïciens, la nature est sacrée et l'homme accompli n'est rien de moins que le Sage, un homme-dieu. Pour Augustin, la nature est du domaine du profane, et l'homme est entièrement impuissant.

  • Louis Althusser est mort le 22 octobre 1990. Après dix ans d'isolement, consécutif au meurtre de sa femme Hélène en 1980, l'auteur de Montesquieu, la politique et l'histoire, de Pour Marx, de Lénine et la philosophie, de Philosophie et philosophie spontanée des savants, ne faisait plus lui-même partie du paysage intellectuel français. Pourtant, par delà le déclin du structuralisme, dont il était considéré comme l'un des fondateurs (aux côtés de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault), par delà la crise du socialisme et du marxisme dont - au prix de controverses passionnées - beaucoup voyaient dans ses écrits la refondation, sa trace intellectuelle est loin d'être effacée. Dans ce recueil, Étienne Balibar, qui fut l'élève et l'ami du philosophe, rassemble quatre écrits sur Althusser et pour lui, qui s'échelonnent de 1977 à 1990. Il s'agit d'un adieu public, où se mêlent la discussion conceptuelle et l'évocation personnelle. Il s'agit, surtout, de commencer à évaluer l'héritage du théoricien qui, plus que tout autre, a voulu combiner la modernité philosophique avec l'engagement communiste : depuis sa conception de la science (issue d'une refonte de l'épistémologie bachelardienne) et de l'idéologie (avant tout nourrie de Spinoza et de Freud), jusqu'à celle de la révolution (qui joue Marx contre lui-même). Au rebours de l'image dogmatique qui continue de prévaloir, l'accent est mis sur les tensions et les contradictions qui n'ont cessé de maintenir ouverte la pensée d'Althusser et sur l'urgence des questions qu'elle pose.

  • Qu'est-ce qui fait tenir les sociétés ? À cette question redoutable, les grands systèmes explicatifs n'apportent que des réponses ambiguës. Pourtant, un facteur sous-estimé permet de brider la puissance des grandes rationalités : ce liant caché, c'est la " civilité ".
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1993.)
    Les sociétés humaines, parfois, explorent ou se désagrègent, ou, à l'inverse, se figent sous le joug totalitaire. Mais cela arrive moins souvent que l'on ne pourrait s'y attendre, eu égard à la puissance ou à la violence des tensions qui la traversent (inégalités économiques, pression démographique, xénophobie, dégradation de l'environnement, etc.). Qu'est-ce qui fait tenir les sociétés ? À cette question naïve, mais redoutables, les grands systèmes explicatifs classiques n'apportent que des réponses ambiguës : le marché règle certains équilibres, mais il exclut beaucoup d'hommes et détruit des ressources naturelles. L'identité ethnique ou nationale contribue au " vivre ensemble ", mais menace toujours de nourrir le repli sur soi et la xénophobie. L'État protège et assure la liberté des citoyens, mais la tentation de la dérive bureaucratique est permanente. La science ouvre de nouveaux horizons, mais elle crée du même coup des problèmes plus épineux. Dans ce livre novateur, Denis Duclos montre pourquoi les échanges marchands, la recherche identitaire, les lois et les sciences ne suffisent pas à assurer sur une longue période la cohésion du groupe humain. Il est un autre facteur qui permet de brider la puissance de ces grandes rationalités : ce liant caché, c'est la " civilité ". Cette civilité, aux manifestations discrètes et multiples, c'est en définitive la façon dont les membres d'une culture apprivoisent les grands mythes - la Parenté, l'État, la Règle - leur permettant de vivre ensemble, mais qui, en même temps, tendent à se figer en rituels obsessionnels.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1993.)

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