Entreprise, économie & droit

  • Dans les vestiges des grands pins ponderosas d'Oregon pousse le matsutake, un champignon qui compte parmi les aliments les plus chers au monde. C'est le point de départ de cette enquête qui transforme un paradoxe en outil d'exploration : en suivant la piste de ce champignon rare, Anna Tsing décrypte la dynamique de notre monde au bord de la destruction au moyen d'outils conceptuels neufs. Bien plus qu'une métaphore, le matsutake est une leçon d'optimisme dans un monde désespérant.
    Ce n'est pas seulement dans les pays ravagés par la guerre qu'il faut apprendre à vivre dans les ruines. Car les ruines se rapprochent et nous enserrent de toute part, des sites industriels aux paysages naturels dévastés. Mais l'erreur serait de croire que l'on se contente d'y survivre.
    Dans les ruines prolifèrent en effet de nouveaux mondes qu'Anna Tsing a choisi d'explorer en suivant l'odyssée étonnante d'un mystérieux champignon qui ne pousse que dans les forêts détruites.
    Suivre les matsutakes, c'est s'intéresser aux cueilleurs de l'Oregon, ces travailleurs précaires, vétérans des guerres américaines, immigrés sans papiers, qui vendent chaque soir les champignons ramassés le jour et qui termineront comme des produits de luxe sur les étals des épiceries fines japonaises. Chemin faisant, on comprend pourquoi la " précarité " n'est pas seulement un terme décrivant la condition des cueilleurs sans emploi stable mais un concept pour penser le monde qui nous est imposé.
    Suivre les matsutakes, c'est apporter un éclairage nouveau sur la manière dont le capitalisme s'est inventé comme mode d'exploitation et dont il ravage aujourd'hui la planète.
    Suivre les matsutakes, c'est aussi une nouvelle manière de faire de la biologie : les champignons sont une espèce très particulière qui bouscule les fondements des sciences du vivant.
    Les matsutakes ne sont donc pas un prétexte ou une métaphore, ils sont le support surprenant d'une leçon d'optimisme dans un monde désespérant.

  • Un jeune voyageur de vingt ans est adopté par une famille malienne. Revenu en Europe, il taira son expérience pendant plus de 15 ans, avant de se décider à retourner à Bamako...
    Ce livre raconte le parcours en Afrique d'un jeune Bruxellois de vingt ans. C'est son premier voyage. Il débarque à Oran mais rien ne se passe comme prévu et les autorités algériennes l'expulsent... vers le Sud.
    Sans ressource, il passe un pacte improbable avec deux Maliens, expulsés eux aussi ? mais de France ? pour se rendre à Bamako. Ils voyagent comme les Africains les plus pauvres, dans des camions inconfortables, traversent des régions qui connaissent la famine, sont confrontés à la corruption des militaires. Il se trouve ainsi plongé dans une Afrique qui n'a rien à voir ni avec celle des guides touristiques ni avec celle des humanitaires pleins de bonne volonté. Arrivé à Bamako, Sitan, la mère d'un de ses compagnons de voyage, l'adopte. Il devient son fils blanc. Il découvre alors la vie quotidienne dans une concession malienne et apprend à l'aimer. "
    Revenu à Bruxelles, il garde le silence pendant dix-sept ans. Jusqu'à ce qu'il se décide à retourner à Bamako pour retrouver " sa " famille.
    Ce livre qui a toutes les qualités littéraires d'un roman passionnera ceux qui savent qu'il faut faire un long chemin avant de rencontrer les autres dans la dignité.
    Prix Indications du jeune critique 2010.

  • On assiste depuis plus de 50 ans à une prise de pouvoir par les économistes, devenus omniprésents. Ils ne se contentent pas de parler. Dans de nombreux pays, des experts en économie, le plus souvent membres d'aucun parti politique, occupent le poste de ministre de l'Économie mais aussi de multiples autres fonctions dirigeantes de l'État. L'auteure enquête en sociologue sur la manière dont ils se sont imposés, puis la manière dont les critiques les mettent en cause.
    Feuilletons les journaux, allumons radio et télévision : les experts en économie sont omniprésents, que ce soit pour donner leur avis sur des problèmes collectifs relevant de choix politiques... ou conseiller les particuliers dans leurs opérations financières. Le plus souvent au-dessus des partis politiques, ils trustent les postes dirigeants dans les organisations internationales, et on les trouve aussi à la tête de plusieurs États.
    Comment en est-on arrivé là ? Il ne s'agit évidemment pas d'un complot. L'auteure reconstitue précisément le lent processus de différenciation qui a permis de séparer l'économie des autres sciences sociales et de lui donner le prestige propre aux sciences exactes. Les économistes libéraux ont mis à profit la guerre froide pour s'allier à des entrepreneurs, des hommes politiques, des journalistes et mener une croisade internationale contre l'État providence. Très minoritaires dans les années 1970, ils sont en passe d'être hégémoniques.
    Cette enquête fascinante menée sur plusieurs continents met à mal les prétentions " scientifiques " des économistes. Elle montre comment ils improvisent, trahissent, se trompent dans l'assemblage laborieux du nouvel ordre. Mais le plus grave est qu'ils contribuent à diluer la référence à un quelconque responsable du malheur social. Le respect de certaines libertés individuelles qui s'est imposé dans de nombreux pays coexiste avec une tendance des régimes à devenir de plus en plus autoritaires. Après l'Amérique latine et les anciens pays du bloc socialiste, c'est au tour de l'Europe...

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