FeniXX réédition numérique (Éditions Messene)

  • Pour les Grecs des temps classiques (cinquième et sixième siècles), la guerre est permanente, suspendue seulement par quelques « paix ». Elle se renouvelle : à l'héritage hoplitique (Marathon, Chéronée) s'ajoutent la pratique des trières (Salamine, Aegos Potamos), l'invention de la phalange macédonienne, le recours aux fortifications. Des milices. L'hoplite n'est que le citoyen propriétaire : à la belle saison il s'équipe pour défendre son territoire ou attaquer celui du voisin. Il pratique une guerre modeste et « réglée ». Le recours aux trières enrichit la cité, développe un peuple marin recruté parmi les citoyens pauvres et gagnant des droits et avantages. À la charnière des cinquième et quatrième siècles, la guerre plus importante et plus technique excède les limites de la cité, le mercenaire se substitue au citoyen, le chef de guerre préfigure le monarque riche et auréolé de gloire. Pensées sur la guerre. Thucydide voit dans la guerre le grand révélateur de la nature humaine. Isocrate ne pense qu'à une victoire mettant à la disposition des Grecs les richesses de l'Asie proche. Xénophon exalte le chef faisant prévaloir l'ordre. Platon et Aristote songent à la défense de leur cité idéale, ils soutiennent les Grecs et vouent les Barbares aux duretés de la guerre.

  • Hamlet est, par excellence, la pièce du questionnement, et ceci à tous les niveaux : textuel, dramatique, thématique, philosophique, politique (thème de la royauté), éthique (valeur de l'action individuelle, validité de la vengeance personnelle) et théologique. Les analyses réunies dans cet ouvrage abordent ces divers plans et reflètent parfaitement la nature d'une pièce qui résiste à la synthèse. Toutefois, de grands thèmes se dégagent tels que la mort, l'intériorité, les jeux de miroirs, les anamorphoses et les mises en abyme, le démembrement du corps, le désir, la quête de l'origine, l'éclatement du langage et le dédoublement des signifiants. Devant le grand nombre des études consacrées à Hamlet, Oscar Wilde se demandait si, à l'instar du héros de la pièce, les critiques étaient fous ou faisaient seulement semblant de l'être. Il fallait peut-être un courage insensé pour proposer davantage de travaux sur cette pièce, à jamais hantée par le spectre du sens. Le lecteur aura, quant à lui, la tâche de dépouiller le présent recueil pour en déceler les folies évoquées par Oscar Wilde mais en apprécier aussi les vertus et les finesses. Sa lecture n'en sera que plus stimulante.

  • Née à Trinidad, Pénélope Sacks-Galey a passé son enfance et son adolescence au Ghana et en Australie. Elle vit à Paris depuis 1975. Elle a publié un ouvrage sur Apollinaire, Calligramme ou Ecriture figurée. Les poèmes qui forment le présent recueil sont des tableaux de l'imaginaire qui transposent l'émoi visuel en lointains et fragiles accords.

  • Traités d'annexion, traité de paix (avec les pays étrangers ou les nations indiennes), déclarations de guerre, textes et loi, arrêts de la Cour suprême, discours présidentiels, protestations des victimes de la « destinée manifeste », échos du débat politique et intellectuel, articles de presse, essais philosophiques, historiques ou prophétiques (dont ceux de John O'Sullivan, Helen Hunt Jackson, John Fiske et Frederick Turner), écrits politico-religieux, poèmes et textes littéraires (Whitman, Rudyard Kipling, Mark Twain) - les documents proposés ici ont pour objet d'illustrer les principaux aspects et l'expansionnisme américain au dix-neuvième siècle. Ils couvrent les trois stades de la « destinée manifeste » - les origines du phénomène, l'expansion continentale, les débuts du « nouvel impérialisme » - et s'efforcent de faire ressortir la complexité et les contradictions d'une histoire singulièrement marquée par le destin, celle des États-Unis d'Amérique.

  • Les études publiées dans ce volume ont été réalisées à l'occasion de la venue à Nancy de la Conférence nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts sous l'égide de l'Institut de France, à l'invitation de l'Académie de Stanislas. Elles situent la place de la Lorraine en France et en Europe au moment même où le vingtième siècle finissant est le témoin de multiples bouleversements politiques et géographiques au coeur de l'Europe. Longtemps divisée en terres ducales et évêchoises, située entre France et Empire, tardivement rattachée au royaume de France, arbitrairement mutilée à deux reprises au dix-neuvième et au vingtième siècle, la Lorraine a dû aussi surmonter les effets dévastateurs de la grande crise économique qui l'a frappée dès 1975. Dans cet ouvrage les auteurs ont voulu faire une analyse historique lucide des grands évènements du passé tout en proposant des pistes de réflexion politique et économique pour l'avenir. L'aménagement du territoire national et la vitalité des régions dans le cadre européen nécessitent de réfléchir sur les constantes liées à la géographie (espaces, fleuves, axes de communication), l'économie (ressources agricoles, forestières, industrielles) et les tendances qui tiennent à l'histoire : populations, migrations, langues, traités, dynasties, guerres, frontières, foyers intellectuels spirituels et artistiques.

  • Dans l'histoire des États-Unis, peu d'idées-forces ont joué un rôle plus central et plus permanent que le concept de destinée manifeste inauguré en 1845 par le journaliste John O'Sullivan. Il était, selon lui, conforme aux voeux de la Providence que le continent nord-américain, en grande partie habité par les nations indiennes et convoité (quand il n'était pas déjà investi) par la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne et la Russie, avait vocation à devenir l'espace national de la république américaine et à servir d'exemple démocratique au reste du monde. D'où les achats, annexions, guerres, cessions territoriales, conventions frontalières et traités divers qui ont jalonné le dix-neuvième siècle et ont rythmé une politique d'expansion à peu près continue ; d'où aussi les guerres indiennes et des populations autochtones irrémédiablement chassées de leurs terres. Avec, au terme du processus, la fermeture de la Frontière (en 1890) et l'apparition sur la scène mondiale d'une immense puissance bordée par deux océans et prête à prolonger sa politique d'expansion hors du continent lui-même : d'où une seconde destinée marquée par la guerre hispano-américaine, la conquête des Philippines, les débuts d'un impérialisme nouveau, plus économique et culturel que territorial. Cette politique expansionniste plonge ses racines dans les origines mêmes de l'aventure américaine : celles-ci sont ici longuement analysées, tout comme les débats politiques et idéologiques que, tout au long du siècle, la mise en oeuvre de la destinée manifeste n'a pas manqué de susciter.

  • Les forces de la vie constituent un essai particulièrement dense et concret, enrichi par l'expérience politique de l'auteur. Face aux impératifs financiers de notre époque qui dominent la vie économique, l'auteur ne pratique ni la langue de bois ni l'esquive. Il dénonce avec vigueur les pesanteurs de l'administration et l'insuffisance de moyens des organismes internationaux pour conjurer les crises économiques. Pour lui, les principales vertus qui forgent une personnalité sont l'idéal de générosité, le courage, l'espoir, la volonté de dépassement, le sens de la beauté et du temps. Car la vie n'est pas, pour l'auteur, une succession d'événements subis mais une vigoureuse prise en charge de sa destinée, en n'oubliant pas de lui donner une dimension de service aux autres et de recherche de la foi en Dieu. À notre époque qui est naturellement sceptique et parfois blasée, ce livre apporte une vision tonique de la vie et des motivations fortes pour assumer toutes ses responsabilités, en donnant un sens à sa vie.

  • Georges Périn vit le jour à Metz - à l'instar de Verlaine dont il fut un admirateur fervent -, le 1er novembre 1873, au 15 rue du Palais, où son père tenait un commerce de pâtissier traiteur. En 1880, ses parents désireux d'assurer à leur fils un enseignement en français, quittent une ville annexée au Reich pour s'installer à Reims, où va s'affirmer la vocation de poète de Georges et où il connut, en 1895, un début de consécration avec la représentation au Grand Théâtre de la ville d'une pièce intitulée Le Nid. Le poète poursuit ses études à Paris - études de droit selon le voeu de son père - mais consacre tout son temps à sa passion, la poésie. Entré dans l'administration, il épouse le 9 avril 1898 la Rémoise Cécile Martin. Le couple se fixe à Paris dans le cinquième arrondissement, s'implique fortement dans la vie littéraire de son temps, adhère à L'Abbaye fondée en 1906, fréquente assidûment la Closerie des Lilas où il côtoie Apollinaire, Paul Fort, Marinetti, Max Jacob, Moréas, Marie Laurencin, Picasso et Gonzague Frick. Le poète collabore activement à diverses revues comme La Plume, Le Festin d'Esope fondée en 1903 par Apollinaire, La Revue des Lettres et des Arts et surtout La Phalange de Jean Royère, revue-phare du néo-symbolisme. À partir de 1902 paraissent ses premiers recueils de poèmes, à partir de 1905 ses premiers romans. Poète mais aussi critique avisé et théoricien, Georges Périn se fait l'ardent défenseur du vers libre. Il meurt à Paris le 17 février 1922.

  • À Reims, le 27 mai 1825, à 7 heures du matin, Victor Hugo écrit à sa femme : Dis bien à Didine que « son petit papa est satisfait de sa conduite [...], et qu'il portera à sa maman de bons biscuits de Reims qui rendront son lait plus sucré ». Cette anecdote est parmi d'autres à l'origine de Reims entre les lignes. Ce livre est beaucoup plus une évocation qu'une histoire littéraire de Reims, ville d'art et d'histoire marquée par la présence ou le passage, des temps antiques à nos jours, d'écrivains qui, de César à... Michel Butor, ont foulé le sol d'une cité que La Fontaine préférait à toute autre. Qu'ils y soient nés, comme Paul Fort ou Roger Caillois, qu'ils y aient vécu ou séjourné, parfois le temps d'une halte, d'une visite ou, à l'époque contemporaine, d'une conférence ou d'une signature, Reims ne les a jamais laissés indifférents. Son histoire (Jovin, Turpin, Gerbert, Jeanne d'Arc...), ses monuments ont inspiré des poètes, des romanciers. Ils ont leur place dans cet ouvrage aux côtés des écrivains rémois qui, de Guillaume de Machaut à Jean-Marie Le Sidaner, contribuent au renom littéraire de Reims.

  • Né en 1928, Roland Clément a été libraire, producteur et chroniqueur à la radio et à la télévision. Il a publié Bacchus ou La double épreuve (1982), La frontière invisible (1988) et La franc-maçonnerie (1993-1997). Les poèmes qui composent ce recueil témoignent de la fidélité de l'auteur à la saveur ambiguë des choses.

  • C'est en 1848, un an avant sa mort, qu'Edgar Allan Poe donne au monde son poème en prose, Eureka. Souvent décrié, rarement compris, manifestement négligé, cet essai essentiel de Poe est ici interprété à la lumière de l'eschatologie bouddhique. L'auteur démontre que ce texte singulier forme la clef de voûte de toute son oeuvre et que sa cohérence interne vient de ce qu'elle reproduit - sans doute inconsciemment - une structure fondamentale des religions asiatiques et avant tout du bouddhisme. Non content de réhabiliter un texte méconnu des critiques, René Dubois montre comment Eureka éclaire toute l'oeuvre de Poe. Il décrit les protagonistes des Contes comme soumis à la dualité des forces universelles de répulsion et d'attraction. Violence et passion sont ainsi partout présentes dans l'univers romanesque de Poe, constamment liées de manière aussi inextricable que paradoxale à une quête de salut, consciente ou inconsciente, mais toujours ambiguë. La lecture orientale de l'oeuvre de Poe que nous offre René Dubois est tout à fait originale et féconde. Cohérente mais sans esprit de système et de dogmatisme, elle complète heureusement les nombreuses interprétations antérieures de l'oeuvre du poète américain. Elle ne peut que stimuler le débat critique et amener à Poe de nouveaux et fervents lecteurs.

  • Cet ouvrage aborde l'histoire politique et sociale de l'Espagne sous le règne de Philippe II. La monarchie espagnole est alors, grâce aux différents royaumes et territoires qu'elle contrôle à travers l'Europe et le monde, la première puissance européenne. L'auteur analyse la figure si controversée de Philippe II sous différents aspects : sa personnalité, son action politique et ses réalisations dans le domaine des arts que symbolise son grand projet de l'Escorial. L'accent est mis sur l'étude de l'économie et de la société, sur les différents rouages de l'appareil administratif et politique - considéré par certains comme le premier « état moderne » - ainsi que sur l'idéologie officielle de la « Monarchie catholique », sur les voix qui la constituent et la défendent tout comme sur celles qui s'y opposent ou la critiquent. Le mode de fonctionnement de l'Inquisition et le rôle qu'elle a joué sous Philippe II font l'objet d'un examen particulier qui permet de mettre en lumière les mentalités et les mécanismes d'exclusion d'une société entièrement dominée par la religion. Le lecteur pourra donc ici situer tous ces noms mythiques - et dans bien des cas à l'origine de la Légende noire - de l'histoire d'Espagne que sont Philippe II, le duc d'Albe, Lapante, l'Invincible Armada, l'Inquisition... dans une analyse historique qui éclaire un pan entier du Siècle d'Or espagnol.

  • Comment trouver une solution adaptée à la recherche d'un emploi ? À l'heure où l'offre est très inférieure à la demande, l'offreur de services se trouve dans une situation analogue à celle du VRP : il lui faut parvenir à vendre ses produits malgré un contexte de forte concurrence. Pour ce faire, le vendeur s'appuie sur une stratégie marketing qui nécessite la compréhension de l'environnement, une organisation planifiée, la recherche de l'innovation et le contrôle de l'action. Le livre de Michel Henry et Roger Moyne apporte les éléments qui permettront au chercheur d'emploi de devenir le VRP de son potentiel professionnel en adaptant les techniques du marketing. Il permet d'identifier le marché caché de l'emploi et de définir les services que chacun peut offrir. Cet ouvrage est fondé sur une réelle expérience de la vie professionnelle et associative ; il répond à la nécessité actuelle de professionnalisation du chercheur d'emploi et il renouvelle la réflexion sur la place du travail dans le dispositif économique. Destiné en priorité aux chercheurs d'emploi, il s'adresse aussi aux conseillers, formateurs et institutions.

  • Histoire de haine, puis histoire d'amour sur fond de pastorale, « As You Like It » est une comédie des contraires. Contraires d'abord séparés, selon les oppositions traditionnelles du monde vert et de la Cour, de la nature et de la culture, de la mélancolie et de l'amour, puis contraires subtilement rapprochés par une construction en catoptrique qui superpose les personnages et tisse entre eux des jeux de reflets, enfin contraires réunifiés dans la totalité androgynique de l'échange amoureux. « As You Like It » tient à la fois du mythe et de sa mise à distance, de l'artifice théâtral et du discours sur le réel et articule une dialectique du même et du différent. Au coeur de ces paradoxes, le Fou, Touchstone, pierre angulaire et miroir de tout l'édifice, dont l'esprit railleur et la langue ambivalente introduisent une géométrie de la perspective qui multiplie les images en les diffractant et conduit à des retournements et des inversions du sens. Comme toutes les pièces de Shakespeare, « As You Like It » refuse l'univocité d'un sens unique et totalisant, et s'offre plutôt comme l'expression d'une esthétique du renversement. C'est ainsi qu'« As You Like It » présente, en les soumettant au regard critique, les grands discours de son époque sur la pastorale, l'identité, l'amour, le temps ou encore le langage. La pièce condense et revisite à la fois l'épistémè de la Renaissance, tout en se démarquant des conceptions traditionnelles du théâtre mimétique pour proposer, par le truchement d'une revendication de l'artifice, de nous faire regarder le monde autrement. Car « As You Like It », qui est à prendre comme il nous plaira, est aussi une école du regard distancié.

  • Moil Flanders (1722) s'apparente par son sujet, au genre des chroniques scandaleuses en vogue au dix-huitième siècle. Mais si le goût pour le plus simple libertinage influence clairement la forme et le contenu de la première partie, il ne masque pas une sérieuse critique de la société. La forme de l'autobiographie fictive donne à voir les causes de cette attitude en mettant en scène les peurs et les désirs les plus intimes de l'héroïne, et présente au lecteur un personnage doté d'une profondeur ontologique qui annonce le roman psychologique. Le glissement du personnage de la prostituée vers le personnage de la voleuse indique une relation d'agressivité croissante face à la société : l'affranchie devient révoltée lorsque disparaît la possibilité de recourir aux armes traditionnelles des femmes. La narratrice commente l'attitude de son héroïne et fournit au lecteur des clés pour déchiffrer le fonctionnement du texte : l'histoire est une mise en abyme des techniques narratives et de leurs enjeux. Ce qui importe c'est la présentation d'un personnage conscient et volontaire qui affirme son indépendance au-delà des restrictions sociales. Quand les règles de la société reprennent leur force dans l'intrigue, la narratrice prend le relais de l'héroïne pour conserver au personnage de Moll son caractère extraordinaire. L'identité entre l'héroïne et la narratrice se trouve au centre de l'intérêt littéraire du texte qui met en scène un orgueil démesuré. La démesure apparente entre la partie accordée au récit des aventures amorales et celle consacrée à la rédemption, s'équilibre par l'intervention fréquente d'allusions au repentir au moment même où l'héroïne semble tirer profit de ses méfaits. D'autre part, l'intercession de la grâce transforme le sens du roman : la chronique scandaleuse s'inverse en chronique merveilleuse de la miséricorde divine qui n'abandonne jamais le personnage, même dans les épisodes en apparence les plus sordides. La narratrice prend ses distances vis-à-vis de l'héroïne sans jamais rejeter le passé. Mais elle transcende dans le présent de l'écriture le passé de l'action qui se trouve réduit à l'état de matière première pour la réflexion. La narratrice, sujet de l'écriture, affirme sa supériorité sur l'héroïne, objet du discours. L'histoire d'abord présentée comme un compte rendu de faits réels devient une fable, c'est-à-dire une histoire construite pour illustrer une morale. Le lecteur doit prêter attention non au plaisir du texte mais au but moral du livre : l'histoire est devenue prétexte. Après avoir retracé l'itinéraire menant à la rédemption de l'héroïne pécheresse, l'auteur étudie comment le texte se met en scène lui-même pour entraîner le lecteur dans une réflexion sur la définition du genre littéraire. Le principe de reconstruction, sur lequel l'artifice de la fausse autobiographie fait porter l'attention, met en évidence la structure du texte qui révèle le principe fondamental de théâtralisation du moi et l'avancée vers une écriture moderne.

  • Depuis les physiocrates et Arthur Young une suprématie incontestable est accordée à l'Angleterre dans tous les domaines de l'économie et, notamment dans l'agriculture. Cette suprématie est si bien ancrée dans les mentalités qu'on a pu se demander si l'Angleterre n'aurait pas constitué une exception en Europe Occidentale. L'avance de l'agriculture anglaise résulterait d'un mouvement d'expropriation de la paysannerie qui aurait pris place dès le seizième siècle et aurait duré jusqu'au début du dix-neuvième siècle. Cette expropriation aurait conduit à la constitution de grands domaines et exploitations, théâtres de la « révolution agricole » à partir du milieu du dix-huitième siècle grâce à l'influence bénéfique des « landlords » épris de progrès. Pendant ce temps, la France serait restée le siège de la petite exploitation, lieu de toutes les ignorances en matière d'agronomie. Karl Marx, dans le célèbre chapitre traitant de « l'accumulation primitive », mal nécessaire à l'éclosion du capitalisme, a théorisé les différences entre les deux pays avec le « modèle anglais » des grandes fermes et « la voie paysanne » à la française. C'est cette vision qui, grosso modo, perdurera jusqu'à nos jours et influencera de multiples politiques économiques à travers le monde. Cependant, au cours du vingtième siècle, et particulièrement depuis une trentaine d'années, des études ont vu le jour des deux côtés de la Manche qui permettent de relativiser, sinon mettre à mal, cette vision de la croissance. Elles permettent notamment de se demander s'il n'y aurait pas eu un seul modèle de croissance, ayant des modalités et des intensités diverses, non pas entre les deux pays, mais entre diverses régions, le cadre national devenant plus un écran qu'un objet d'analyse. C'est l'objet de cet ouvrage que de contribuer à une remise à plat des chemins de la croissance. Pour ce faire, la croissance de la population, la répartition de la propriété et de l'exploitation, les conditions de la culture du sol, l'apparition et la diffusion des plantes nouvelles - légumineuses - la production et la productivité seront tour à tour analysées et ce, lorsque cela s'avérera possible, dans un contexte régional. Une place sera aussi faite à l'influence du marché. Cela nous conduira à une nouvelle vision de deux agricultures et à un nouvel examen de ce qu'on a appelé la « révolution agricole », du concept « d'histoire immobile » et du modèle malthusien.

  • La défaite militaire de l'Espagne face aux États-Unis entraîne la perte de ses principales colonies d'outre-mer (Cuba, Porto Rico, les Philippines). Elle devient ainsi le symbole d'une crise profonde qui traverse la société espagnole : l'immobilisme agraire, le caciquisme, le retard de l'éducation populaire, le poids d'une Église ultraconservatrice, l'incurie administrative et l'artificialité du système politique sont, parmi d'autres, des causes qui vont freiner un processus de modernisation déjà sensible dans les grandes agglomérations. Mais dans les régions périphériques les plus développées, comme la Biscaye ou la Catalogne industrielle, s'organise un syndicalisme qui affirme sa puissance et un régionalisme culturel qui ne tarde pas à se transformer en un nationalisme plus radical. Dans les colonnes d'une presse en plein essor, de jeunes écrivains qu'on peut désormais qualifier d'« intellectuels » comme Ganivet, Maeztu, Unamuno, Baroja, Azorín et bien d'autres, vont élaborer une vision critique de la situation du pays et jeter les bases d'une nouvelle conception du « patriotisme espagnol » face à une Europe qui suscite bien souvent leur ambivalence.

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