Coédition NENA/Panafrika/Silex/Nouvelles du Sud

  • En découvrant les grandes lignes de la biographie de Laureine VALTIS, on est d'emblée frappé par la multiplicité des regards et des écoutes qui projettent, avec un égal bonheur, dans le poétique, une somme considérable d'intérêts, de tendresses, de soifs, d'offrandes, à l'image même de la diversité des expériences vécues, au cours de son itinéraire personnel (médecine, musique, voltige aérienne, errances ou explorations africaines, etc.), par cette poétesse indiscutablement hors du commun, étrange pour tout dire et fascinante. Laureine VALTIS explore, scrute, et célèbre l'infinie pluralité de la vie; elle jalonne d'oeuvres différentes et complémentaires les déploiements d'une philosophie plurivoque - de disponibilité et de ferveur surtout - déclenchée et stimulée, par la « SOIF D'ESPACE ET D'AMOUR » qu'elle proclame. Les poèmes de CHANTE-SAHEL n'appellent sans doute pas une lecture massive, boulimique, ou, à l'inverse, extatique. Ils requièrent ce temps de la familiarité, de la familiarisation, ce rythme de la tendresse à conquérir, auxquels les enfants ne seront certainement pas indifférents et, nous le pensons, les adultes non plus.

  • Dans POEMES POUR L'ANGOLA, Frédéric Pacéré TITINGA questionne et sonde l'existence pour lui donner un sens. Il dit le plus amplement possible la terre d'Afrique. Ce qui caractérise ce poète, c'est la qualité de sa vision et la densité des images de sa poésie. Un poète de l'exigence, qui annonce et assure la rencontre de l'homme avec lui-même.

  • Le Cameroun connaît depuis le début des années cinquante une floraison artistique et culturelle qui lui a acquis une notoriété certaine dans le monde littéraire et musical, dépassant les frontières des pays de l'Afrique dite francophone. Si pour notre part, nous avons choisi pour sujet de cette étude le roman camerounais de 1950 à 1980, c'est surtout parce que ce genre littéraire semble être le plus riche en ouvres et aussi le domaine privilégié de préoccupations idéologiques très diversifiées. Quelle que soit la nature de « l'engagement » des romanciers, il semble qu'ils s'attachent toujours à inclure dans leurs ouvrages une part plus ou moins grande de critique sociale. Ce sont les différents visages de cette critique sociale que nous proposons d'analyser globalement dans la première partie de notre travail sans opérer de division arbitraire entre les romans d'avant et d'après 1960.

  • Georges TCHIANGA nous propose dans « PAR-DELA LES BARREAUX », un voyage élémentaire à travers lieux ou temps, espaces et souvenirs. Il s'agit d'un inventaire toujours, recommencé de la douleur d'être dans un monde défait de ses rêves essentiels - dur affrontement entre la mémoire et l'histoire. Le poète, identifié avec son continent écartelé, multiforme, verra-t-il enfin ses blessures cicatrisées ? Il n'y a plus de doute : malgré des millénaires de distorsions, de dispersions, la voix de l'Afrique, avec Georges TCHIANGA, garde encore son accent de pureté et d'espoir.

  • Effeuillant le « livre du monde », une femme aux visages multiples et au regard séduisant et troublé se raconte tout en vivant ou en revivant Les épisodes d'une histoire collective. Parée de son éclat, transfigurée, elle marche sans relâche sur des chemins rocailleux, la lumière seule sertissant son front. Ardente et téméraire, elle échappe aux prises de la peur et du désespoir. Superbe, elle s'insurge contre les donneurs de mort et célèbre la mémoire de corps blessés et sacrifiés.

  • Il est souvent malaisé de parler de soi-même. Dans la littérature Négro-Africaine, cela apparaît d'autant plus non souhaitable que beaucoup de lapins glissés sous des chapeaux, encore qu'il ait pu en exister, risquent de s'échapper, faisant perdre ainsi l'intérêt de l'écrit dans le domaine de la recherche intellectuelle du lecteur. La littérature proprement nègre, a cela de frappant, qu'elle renferme nécessairement un mystère; c'est toujours un message, mais un message d'initiés. Celui-ci perd inéluctablement de sa valeur s'il ne peut pas être autrement compris que par l'explication; c'est souvent toute une vie qui s'exprime; un film qui se déroule dans une mémoire; une communication brève, mais profonde, intense, orchestrée par la civilisation; le simple temps mort annihile les effets du début c'est-à-dire aussi de l'ensemble.

  • Rien n'est plus délicat que d'analyser l'oeuvre d'un écrivain qui rencontre auprès du public une faveur certaine que ce même public craint de remettre en cause. Le réalisme et le régionalisme de l'oeuvre empêchent, semble-t-il, d'en lire la construction comme si toute approche critique devenait sacrilège ou profanation dès lors qu'elle n'est pas, d'emblée, hommage déférent. Pourtant, ce que nous voudrions faire dans les pages qui suivent, c'est interroger la Kabylie mise en texte par Mouloud Feraoun non pour vérifier ou démontrer la pertinence de son information - d'autres avant nous l'ont fait avec l'appui d'enquêtes sociologiques - mais pour comprendre cette énonciation dans le contexte socio-historique où elle a émergé et le poids quelle fait peser sur le savoir transmis. Pour ne confronter ce discours feraounien qu'à ce qui lui est semblable ou comparable, nous nous proposons de réinstaurer le dialogue dont il a été l'un des partenaires hier et dont il est encore l'un des partenaires aujourd'hui. En conséquence, nous examinons les textes des auteurs qui ont précédé Feraoun pour cerner la spécificité de cette prise de parole. Nous examinons également l'utilisation faîte dans l'Algérie d'aujourd'hui du capital symbolique de l'oeuvre consacrée par un destin tragique.

  • Les Affinités affectives qui portent sur des problèmes de coeur liant MOUMBINA De NZAMBI (l'Africain) et Miss WASHINGTON (l'Afro-Américaine) tendent à montrer la complémentarité et la parfaite union de deux Amoureux sur les plans idéel, spirituel, éthique et charnel ainsi que leurs communes préoccupations au sujet des questions sociales, économiques, politiques, idéologiques ou doctrinales sans pour autant perdre de vue leur projet commun d'engager le combat émancipateur des Peuples opprimés, exploités et dominés en général et tout singulièrement des Peuples d'Afrique, des Amériques, des Caraïbes, des Antilles, d'Asie etc. dans le but avoué de bâtir une humanité pacifique, juste, unie, fraternelle, généreuse, prospère et non exploiteuse de l'Homme. Cet important et émouvant ouvrage mérite d'être lu partout et de figurer dans toutes les bibliothèques.

  • Si le désert, dans sa beauté aride, enfante des êtres ivres d'immensité, de liberté, il ensevelit aussi des corps usés, humiliés, mutilés. Pour tenter d'ébranler une civilisation patriarcale au sein de laquelle mutilations sexuelles féminines, mutilations psychologiques, torture, esclavage et lapidation demeurent légaux, Laureine Valtis, dans chacun de ses textes, manipule un verbe lapidaire, non exempt d'ironie, certaines Sourates étant contresignées par le fringant trotteur Idéal du Gazeau ou par Popeye, héros musclé bâfreur d'épinards. Langage de la douleur et de la révolte, mais aussi, langage de la tendresse et de l'espoir. L'auteur étreint l'Afrique à « bras-le-cour ». Chaque page devient document scriptural et le lecteur se demande si les ressorts du poème ne sont pas les mêmes que ceux ayant inspiré autrefois les versets bibliques, proverbes et sourates qui ponctuent les étapes du recueil, les mêmes, mais en un temps nouveau présageant de grands remaniements dans les rapports entre hommes et femmes de demain.

  • Ici, émerge une poésie qui érige une stèle. La stèle postule la persistance d'un souvenir, dans son unique sensation. Aussi, peut-on justifier cette pressante injonction du poète : il y a une tombe/tu t'arrêteras/verse/verse sur elle/du lait maternel ! La sensation douloureuse qu'éprouve le poète se fige en un bloc monolithique qui en constitue en même temps une catharsis. Une tombe signe la fin d'un parcours, d'une étape. Mais pour un enfant qui meurt : point de parcours ni d'étape. Nous comprenons facilement le recours, par-delà la tombe, à cette nourriture intarissable qu'est le lait maternel. Sous des dehors de limpidité sage, d'intense expression de la douleur, de coulée monocorde, de nette précision dans le choix de mots si simples, PACÉRÉ TITINGA crée une poésie de la parole essentielle : celle qui, ajustant les tristes maux aux justes mots, retrouve le fondement même du sens de la vie.

  • Le titre même du recueil, Ignescent, suggère tout un programme de destruction construction par le feu de l'amour et du mot, la flamme du verbe et de la vie : igné et naissant. Structuré en cinq parties rappelant les cinq actes d'un drame classique, ce texte donne naissance à de nouvelles visions traduites en forme originale, « le prosème » où l'idéologique et le symbolique se fusionnent harmonieusement. Par l'intermédiaire de thématiques prises dans le vécu brûlant, la conscience du poète et celle du monde se révèlent dans toutes leurs richesses multiculturelles validant ainsi des énoncés perturbateurs. Le prosème acquiert alors la force du feu qui n'est rien d'autre que le moteur d'une régénération périodique. Ici la poésie de la fraternité devient un puissant outil de contestation contre toutes les injustices de l'histoire. La plaque tournante des sentiments aux registres divers révèle l'écho de plusieurs cultures dont la dialectique fait surgir de nouveaux ponts de compréhension. Le poète-forgeron crée non seulement de nouvelles formes et sonorités, de nouveaux mots et sens, mais révèle en même temps le creuset intérieur de sa sensibilité plurivocale. D'autre part, l'intellect sous sa forme révoltée fait jaillir de nouvelles constellations poético-politiques aux percussions purificatrices et illuminatrices. Le prosème ainsi véhiculé comme charnière amicale devient alors une action fécondante. Les ramifications poursuivent leurs aventures dans les stratosphères idéologico-symboliques, qui ne sont point le pâle reflet du réel mais la substance même d'un sur-réel qui nous hante quotidiennement.

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