Littérature générale

  • Quelqu'un scrute. Il cherche, tâtonnant à travers son propre regard. Soudain l'envahit la nuit, il se plaît aux délices d'une telle lumière. Il tremble. Le noir ne serait jamais qu'un abus de clarté et la lumière finirait par se perdre en ténèbres. Quelqu'un donc s'avance et dresse en passant un relevé minutieux de son paysage intérieur. L'acte appartient au transitoire et suppose un acquiescement aux lois du rêve et du réel, disparate brassé non sans plaisir. Dira-t-on qu'il s'agit là de poésie ? Pour fort que soit le mot, on entend peut-être par lui qualifier l'épreuve de soumettre son regard à la flamme. Alors, l'aveuglement en répond, il en va de cela que l'on nomme poésie. Y.P.

  • Mise à l'épreuve d'une conscience qui se trouve et s'égare, la poésie voyage dans l'inconnu. Née de la mémoire, elle s'ébauche dans l'ouvert, l'inachevé. Du désir, qui la porte, elle se veut encore la substance la plus précieuse : un peu de la parole du dehors, du souffle qui traverse le temps. Le livre, simulacre, n'en outrepasse pas l'image. Il aime qu'elle se dissipe dans la voix.

  • On part d'une promenade dans le Littré pour s'enfoncer avec les mots, leur sens et leur non-sens, dans un voyage dans le corps humain, qui fait du langage l'événement magique par excellence, qui seul peut nous rapprocher (petit mammifère échappé à l'emprise des reptiles, inventeurs de l'oeuf et premiers maîtres de la terre) de ce Dieu qui, selon Powys, n'a pas conscience de nous et que nous ne pouvons atteindre sans un détachement de nous-même, seul capable de nous confondre avec lui dans le silence éternel.

  • Une seule question à celle ou celui qui viendra là : Primo, Marin, Paulin, Désiré, Rose, Armand, Ulysse, Adam, tous ceux qui passent, Où les emportes-tu ?

  • Par l'auteur de Drailles, La Métis, Offset.

  • Entre tous les mots, il faudrait savoir reconnaître ceux par lesquels s'effectue la présence de l'arbre à la voix, de la rivière à la fenêtre qui s'ouvre, de l'asphalte des rues à la couleur des yeux, à la mémoire de ces yeux, la présence tacite d'une chose à l'autre ; il faudrait reconnaître les mots de la conversation qui pousse la brûlante continuité du réel jusqu'au fond noir de la tête ; reprendre encore et encore le fil de cette conversation - pour s'assurer que l'on est ici, que l'on est tourné vers toi. D.B.

  • Des mots qui posent les êtres, les choses, les mouvements du monde, confrontent le dedans (corps, langage) au dehors (évènements du quotidien qui se donnent à voir et à déchiffrer). Brève et elliptique, à la fois intensément physique et comme tendue, violentée par une réalité invisible, la poésie d'Antoine Emaz, s'il faut la situer, serait entre celle de J. Dupin et d'André du Bouchet.

  • Le mystère étrusque a vécu, mais pour le voyageur non averti qui franchit le Tibre et s'éloigne de Rome en direction du nord, un territoire débute aux nombreux tombeaux, une rive autre, séparée du monde actuel par une tonalité troublante ne devant rien au romantisme ou à la mode des étrusqueries. Le vif des impressions, saisi par les notes d'un « album », est repris quelques années plus tard sous la forme d'une « conférence » fictive, méditation entêtée, rêverie de la mémoire qui semble aboutir dans le temps même où elle s'énonce : puissent les mots, à la fin, rendre sensible, à travers les champs déserts, ce que les siècles ont aboli.

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