Langue française

  • Tout a commencé avec une minuscule fiole contenant un bien étrange liquide, trouvée au tréfonds d'une cave... Voir ses grands-parents, métamorphosés en perroquet et en souris, se promener dans le Nantes de 1874, voyager à bord d'un authentique clipper anglais en compagnie d'un savant bizarre membre du club du Pébroque... Voilà bien des aventures lorsqu'on s'appelle Vannie et qu'on n'a que douze ans !

  • La Grande Guerre a épargné Henri Donadieu mais elle en a fait un homme meurtri. En 1915, son ami Mariette a été fusillé pour l'exemple après un simulacre de procès. Parisien, descendant d'Alsaciens, Donadieu a choisi l'exil d'un poste d'instituteur dans un village du Cotentin, à l'abri, croit-il, de la fureur du monde. Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, cet homme désabusé jure qu'il se tiendra à l'écart des événements. Mais on n'échappe pas aisément à son destin. Un jour, il frappe à la porte de l'instituteur d'une manière imprévisible. Ce livre simple et complexe à la fois, a pour décor le Cotentin à la fois sombre et luxuriant, maritime et terrien. Les hommes et les enfants s'y croisent dans une tentative d'exprimer la bonté, l'ignominie, l'engagement, l'humiliation. Une plongée dans la douleur des hommes silencieux qui ont subi les malheurs du siècle.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Isabelle ne sait ce qu'elle est. Elle aime. Elle veut se venger. Les chambres de la nuit sont celles de tout le monde. L'histoire, le drame du livre est simple et banal comme un fait divers. L'angoisse et le désir de vengeance la tiennent debout. Isabelle survit. Ce roman est le roman du quotidien de chacun, celui des fausses pistes empruntées chaque jour dans le domaine de l'amour. Isabelle a deux amants, le fils puis le père, médecins englués dans le réseau des conventions. René-Alain Roux, romancier, approche la psychologie de ses personnages en saisissant directement l'atmosphère des situations. Les chambres, ces lieux où tout finit, où tout commence, miroirs gris des rêves perdus. C'est un roman-film réussi que j'ai lu en demi-teinte sous les projecteurs d'un style franc, direct, clinique. Une porte d'espérance reste entrouverte à la fin du roman pour que tout puisse se réanimer. Audibert fils revient de New York pour retrouver son père dans sa chambre d'hôpital. Isabelle vient de sortir de cette chambre de la nuit. La mort approche. Le père est mort. Le fils vient de pénétrer dans l'hôpital. Isabelle a vu la mort. Quelques étages séparent les deux anciens amants. La mort peut rassembler. Isabelle a vécu à son insu dans sa tête et son corps le roman de son échec, la vaine vengeance du coeur. René-Alain Roux, romancier, est médecin dans la vie de tous les jours et s'offre le regard de l'observation vivante prise sur le vif de sa vie et des pérégrinations médicales. René-Alain Roux est l'homme romancier de ce regard mais les personnages de ce roman ne sont pas sa vie. Chaque matin, René-Alain Roux se met à sa table de travail pendant une heure et trente minutes. Il branche son imagination, son capteur d'échos, suit son plan de travail, et là s'accomplit l'écriture naturelle des Chambres de la nuit.

  • Mars 1994, les jeunes descendent dans la rue pour abattre le CIP. Nico, Esther, François et les autres en font partie. Ils ne connaissent pas les détails du décret ; d'ailleurs ils ne se sentent même pas concernés. Et pourtant, ils manifestent. Alors, pour dire quoi ? La bande d'amis de galère qui se réunissait dans une cave obscure va totalement exploser à partir des événements de Mars. Chaque jeune rencontrera son destin, se servira de cette vague de révolte pour crier leur manque d'amour et une haine farouche à l'égard d'une société dans laquelle ils n'espèrent quasiment plus s'intégrer. Nico et François aiment la même fille, Esther. Le premier de voyou reviendra vers la société alors que le second d'étudiant sombrera vers un voyourisme de bas étage. Certains, comme Rachid, se trouveront une âme altruiste, d'autres encore comme Gilbert se feront arrêter par la police. Et au milieu de ce ballet d'anges salis, l'inspecteur Germond, jetant un regard perplexe en direction des banlieues, se répétera encore : - Non, ce ne sont pas vraiment des jeunes comme les autres. - C'est tout de même terrible, il va falloir qu'on casse pour se faire entendre ! Merde, celle-là, je l'avais pas vue venir. Elle se tenait embusquée derrière une profession ronronnante, une société qui n'a plus rien à inventer. Et toc ! En pleine poire. Bordel, elle m'a sacrément secoué et je demeurai abasourdi un moment. Bien sûr, c'était une parole de crise, bien sûr... Mais elle ne s'explique pas entièrement à partir du manque de croissance, surtout pour le blondinet qui me toisait du haut de son mètre 90, les yeux presque en larmes pour m'avoir parlé aussi franchement. Ça venait du coeur, y'avait rien à redire. Eh oui, le chômage, le Sida, les drogues, l'exclusion, l'intégration devaient bien un jour ou l'autre me faire imploser. Tout se passe « de l'intérieur », tout et toujours. Et ça suffit pour découvrir, derrière les visages mal famés, des coeurs d'ange. De mon implosion peu importe ; de Nico, d'Esther, de François, de Rachid et des autres, beaucoup moins. Et je les remercie de m'avoir sorti de mon sommeil professoral. Didier Périgois

  • Henri Mosset est ce promeneur solitaire friand de rencontres et de dialogues. C'est ce regard de « rêveur impénitent » qu'il sait porter sur le monde et les cieux qui nourrissent son écriture et le mouvement des histoires qu'il raconte. Vous le rencontrerez peut-être au grand jour d'un après-midi dans ses nids d'observation sur les rives du fleuve Loire. Les feux de Bengale des crépuscules, la nuit des temps qu'il saisit dans les paroles du vent, la proclamation du printemps par les coucous, le chant du peloir dans la vallée parfumée, le dénuement de l'hiver où ses mains d'écrivain tissent patiemment l'osier des songes, les métiers des hommes et les biens de la terre, le récit du maudit moulin de Trompe-Souris, la pêche au saumon, les figures aimées du Père Pelat, pêcheur, d'Émile Volant, musicien, de Simone l'épicière, du Père Zinzin, forgeron n'ont plus de secret pour Henri Mosset. Cela lui permit d'écrire ce livre avec la marque précieuse de l'âme paysanne. Ces récits, ces chroniques, c'est Henri Mosset, tout entier qui signe cet hommage vibrant de vie en l'honneur de son pays La Chapelle Basse-Mer, de ses alentours et de sa tradition. Son écriture - nue et franche - délivre ainsi pour notre plaisir les fenaisons du souvenir.

  • Conte la relation de Ghislaine, jeune fille chrétienne originaire de Castel-les-Mines et de Paul, jeune étudiant en médecine, originaire du Sénégal. Une histoire d'amour difficile et malheureuse ayant pour cadre les paysages de la Loire-Atlantique, de la Loire, de l'Europe et de l'Afrique.

  • Koko, il en pouvait déjà plus à l'idée de la rencontrer. Son visage s'animait d'un plaisir cannibale. Il trépignait en rond, survolté, en se léchant les babines. Mais son oiseau se balançait, froufroutant, au bout d'un parachute. Il sautait au ciel pour la faire atterrir plus vite. Mais Kéko flottait entre ciel et nous, légère comme un moulin. Pour l'embêter, ou pour mieux se faire désirer, elle lui jetait des fleurs, à raison d'une par seconde. Pour finir, elle s'est posée dans ses bras. Ducon, il en était tout ému. Il contemplait son éclaircie tombée du ciel. - Alors, lui demanda Alice, elle te plaît ? À voir ses dents blanches, on pouvait conclure que oui. - La bouffe pas quand même, ajoutai-je. Trop tard. Il se servit le premier. Et la bouche innocente de Kéko se perdit dans les grosses lèvres de Koko. C'était l'heure de la becquée pour l'Africain.

  • Morgane, journaliste et écrivain, parce qu'elle est sur la liste d'un organiseur rouge, reçoit d'une certaine Nana un manuscrit signé : Justine F. Elle ignore qui est Nana et croit ne pas connaître Justine... Pourtant, elle va être touchée de plein fouet par son histoire. Se basant sur des faits rigoureusement authentiques, l'auteur nous emmène avec violence et tendresse visiter l'enfer personnel de Justine. Une petite fille violée, mal aimée, brisée, va rechercher toute sa vie le véritable amour. Au travers d'une incroyable répétition du même désastre, Justine va devenir une femme. Elle va mûrir, grandir, comprendre et pardonner. Mais parviendra-t-elle à oublier ?

  • « Sur la banquette arrière, Serclo faillit bien s'étouffer en tirant comme un âne sur le bourrier. Il pâlit à vue d'oeil, mourut puis ressuscita sans que nul ne s'en aperçoive (...) » Une bagnole, un pack de vingt-quatre bières, des clopes, des machins qui se fument, du rock, du rouge et de la rage. Stéphane Pajot alias James Fortune, 28 ans, journaliste à Nantes, raconte la « Tchatche », premier roman d'une trilogie, ou le périple de quatre potes dans la tourmente d'un week-end ordinaire. Dans l'autoradio on entend parfois les « stooges ». À travers le pare-brise on voit la route qui défile. À la plage, la nuit, on discute le bout de gras. Au marché, au petit matin naissant, on rallume la chaudière. Le jour s'est levé. Demain sera une autre nuit.

  • Passée la nuit, le brouillard est resté, la vie chère, le drame colonial et la peur de l'atome barbouillaient encore les coeurs en gris. Cela s'appelait l'après-guerre. Ainsi à Laigre-sur-la-Couve, une sous-préfecture de fantaisie qu'on imagine restée un peu en marge des tumultes du siècle. L'arrivée d'une femme mystérieuse y jette le trouble. Elle est sans ressources, sans papiers, et protège sous une voilette démodée un visage qui a perdu son âge. Une adolescente l'accompagne, qu'elle dit être sa fille. Un car a déposé ces étrangères et leurs valises fatiguées, à Laigre-sur-la-Couve : - Alors que vous aviez une ligne de chemin de fer directe... - Je ne veux pas prendre le train. Elle dit avoir été déportée. A priori, elle a moins droit à la considération de ceux qui ne l'ont pas été ! Le commissaire a le respect des victimes. Il murmure : - Oui, bien sûr, les gares, les trains, ces convois... Il est troublé. Il ne sait plus très bien comment l'aborder. Mais il faut avancer : - Et vous affirmez vous nommer... - Elena Czernwoskaïa. Princesse Elena Czernwoskaïa... - Cela s'écrit comment ? - Comme cela se prononce. Le commissaire fait semblant de prendre des notes. Il est perplexe. Qui est cette femme ? Une survivante des camps nazis ? Une aventurière rusée ? Une mythomane peut-être... À la manière d'une comédie, « Un printemps incertain » rapproche des gens qui ne sont pas faits pour vivre ensemble. Le rêve, la vie dure, l'amour et le ridicule, font courir à chacun le risque de se retrouver, un jour ou l'autre, dans le rôle de l'exilé.

  • « Bien sûr, je devais quitter les miens. Et cela, c'était dur, très dur. Je reverrai toujours nos adieux, à la gare de Nantes, ce soir de décembre 1940. Qui pouvait dire quand nous nous reverrions ? Des jours et des jours, cette idée de départ m'avait tourmentée. C'était comme si je m'en voulais de partir. Et, en même temps, je ne pouvais m'empêcher d'imaginer que j'allais vers François. François ! Toujours François ! C'est vrai que lui seul occupait toutes mes pensées. Mais, maintenant il s'agissait de quitter ma famille dont je ne m'étais jamais séparée longuement. Cependant, le train pour Bordeaux était en gare. Il fallait partir. Les dernières embrassades ne furent pas sans larmes. »

  • Lomo est un roman d'amour et d'aventure où la science et l'imagination entremêlent leurs eaux. Il vous mènera de la création à l'apparition de l'homo sapiens et vous retracera les grandes étapes de son histoire qui est aussi la nôtre. Le cheminement personnel de l'auteur fournit la clef de son projet : « répondre à ceux qui ont du mal à croire en un Dieu bon ». Le rideau s'ouvre à la façon d'un beau conte : Il était une fois un Roi d'une immense bonté... Il désirait associer le mystérieux et angélique Lomo à son vaste dessein : « Créer un royaume où l'Amour serait roi, où chacun serait libre d'aimer et de créer ». La Terre est choisie. La vie apparaît. Nous assistons à son expansion et sa diversification avec ses plantes et ses animaux, jusqu'à l'apparition de l'Homme et de Mina, sa « ravissante compagne ». Lomo participe à cette évolution avec son lot de réussites et d'échecs. Il est en quelque sorte l'instrument du « hasard dirigé » de Teilhard de Chardin. À chaque tournant, des interrogations surgissent, voire des incompréhensions, sans que soit dénoncée la relation confiante de Lomo avec son Roi. L'Humanité doit entreprendre l'exode, avant d'atteindre un fameux et lointain « Pays où coulent le lait et le miel ». Puis, c'est l'avènement du Fils du Roi qui prendra en main le destin de l'évolution et la poursuite de l'histoire. Lomo peut disparaître, l'avenir est assuré. Voici enfin le Sens.

  • Janus aux deux visages, Berlin l'attire irrésistiblement. Le nom de cette ville n'est-il pas synonyme d'une angoisse incrustée au plus profond de soi-même : un coeur fraternel dont les branchies ont été séparées ? Le sang rédempteur d'un peuple a permis la résurrection de l'espérance endormie au fond de chaque être. La venue d'Emmanuelle, en cette partie de la ville qui fut jadis évocatrice de terrifiantes peurs, devient le symbole de la liberté recouvrée dans son universalité, celle d'un pays, celle aussi d'une moitié de l'humanité que des traditions obsolètes corsetaient. Timidement, l'ère de la tolérance se dessine à l'horizon du nouveau millénaire encore en gestation... Marguerite Bastard-Frétillet

  • Jeune journaliste dans une rédaction nantaise, Camille Nogent est aussi un passionné d'histoire. Son univers : les vieilles pierres, les ouvrages anciens, jusqu'au jour où... la recherche d'indices du passé fait basculer sa vie. Des stèles énigmatiques, un château hanté d'histoires, une jeune fille décédée en 1818, les disparitions étranges de deux universitaires, et la découverte d'un vieux manuscrit... affaires que rien ne lie en apparence, et pourtant... Camille et son amie Viviane vont croiser le commissaire Lenoir et les personnages fantasmagoriques des XVIIIe et XIXe siècles. Inspiré d'une histoire vraie, l'auteur nous fait vivre une tragédie où chaque chapitre appelle le suivant. Un roman où se succèdent avec poésie la mer et les marais salants, les paysages de l'Angleterre et les bordures de l'estuaire et du rêve.

  • Ce livre est le cinquième ouvrage de Jacqueline Happel-Pioger, professeur de lettres classiques et membre de la société des Écrivains d'Alsace-Lorraine. L'action de ce roman se déroule dans la riante vallée du Loir et a pour cadre le domaine de la Meilleraie, acquis par les Bourgeval sous la révolution. Le lecteur est associé aux joies et aux peines d'une famille bourgeoise contrainte de lutter pour préserver l'intégrité de sa propriété menacée par le conflit des générations et l'évolution irréversible de la société. Anecdotes savoureuses, peinture fidèle des moeurs d'une province française de l'Ouest ainsi que des mentalités germanique et américaine, climat de sensualité diffuse, par moments réaliste, donnent à ce récit parfois dramatique une densité humaine qui le rend captivant.

  • La joie rayonne sur cette plage du Pacifique. Les baigneurs manifestent leur raison de vivre en s'ébrouant à l'ombre des palmiers. La chaleur enveloppe les corps d'une jouissance inusitée. Le soleil, le ciel, d'un bleu intense, la douceur de l'air contribuent à transformer l'atmosphère en antichambre du Paradis. L'image de ce parfait bonheur peut-elle se refléter dans le miroir d'une conscience ou n'est-elle que l'artificielle déformation d'une âme à la dérive ? Une forme humaine est allongée sur le sable. Immobile, inerte, inconnue. Le silence autour d'elle porte en lui tous les mots du monde. Ils ne l'atteignent pas. Jamais elle n'est moins seule qu'en ses instants de solitude. Elle appartient à la terre comme d'autres s'écartent de la mer. Elle feint de dormir. Elle guette le passant susceptible de la ravir à elle-même.

  • Quelques heures plus tard les deux lamparos naviguaient bord à bord vers la Calle, glissant sur une mer d'huile, dans la calmasse aveuglante. Le soleil cuisait les onze torses bronzés de la 45e S.P.L., y compris celui du commandant, jeune officier au gallon solitaire, dérisoire Amiral Lamparo... C'était elle, l'inattendue, la trop belle perturbatrice de ses pensées bien ordonnées. Il lui donnait dix-huit ans et s'en étonnait. Intimidé et subjugué, il se sentait emporté malgré lui vers un bien-être facile dont deux ans d'austérité rehaussaient la saveur.

  • Servane, l'héroïne de « Voyage à l'Intérieur de l'Être », guerrière d'un combat quotidien qu'elle livre au nom de l'absoluité de son passé mythique, entreprend une quête transcendantale qui l'entraînera vers une irrémédiable destinée ; elle l'assumera avec la foi des rebelles aux injustices de l'Histoire. « Ma plume est mon épée » : ces mots éclairent le lecteur sur la passion de Servane, imperméable à la résignation qui frustre l'Homme de son orgueil d'exister en la plénitude de l'affirmation de son « moi ».

  • Il n'est rien dans ce livre qui ne vous soit ou ne puisse vous arriver un jour. Embarqués que nous sommes sur le même vaisseau, nous sommes soumis aux mêmes turbulences. L'amour, les rires et les amitiés nous sont distribués comme les trahisons, les larmes et la mort. Le bonheur consistant à thésauriser les uns pour se consoler des autres. Hugo, Clémence, Rose, Boulou... tous sont des gens ordinaires qui vivent une vie ordinaire et dont le seul exploit sera d'aimer la vie pardessus tout. Avec talent. Avec passion. Et si cet été-là restera, pour chacun d'entre eux, un peu inachevé, il continuera de flotter, autour de la petite maison de pierre bleue coiffée d'ardoises, un parfum délicat de glycine et la violence du cri se fondra peu à peu dans les rires des autres étés. Ainsi en va-t-il des ans qui nous courbent, des bonheurs qui nous quittent, puis nous reviennent, rajeunis et dépoussiérés. La vie nous harcèle et nous cajole jour après jour. Elle nous brasse et nous embrasse, mais la promesse des bourgeons qui exploseront au printemps reste encore le plus bouleversant des cadeaux de la vie. Son indéfectible espérance. D.E.M.

  • « Elle avait fui la foule comme elle avait fui Hervé, sans se retourner. Elle s'était réfugiée dans le premier café venu : le Café de France. Mais ce refuge lui parut bien précaire, dans ce monde inconnu. C'était son premier voyage en Afrique du Nord, son premier contact avec le monde arabe. Natacha, seule dans la ville de Marrakech eut peur de l'étranger, peur de la foule. Il faisait chaud. La sueur perlait de tout son corps et son coeur peu à peu se calmait. Le thé à la menthe fumait dans le verre coloré, elle trempa les lèvres, les serrant à demi pour ne pas avaler les feuilles. Il était chaud et cette chaleur la calma tout à fait. Elle était à peine arrivée en ville que la peur s'était immiscée dans son âme. Une crainte qui vous prend dans les profondeurs de vos entrailles, puis qui monte par bouffées de chaleur Cette peur viscérale, ce mal-être s'étaient transformés en panique. Tout vacillait. Cette ville inconnue, ces gens inconnus, ces bruits inconnus. La foule mouvante, ces couleurs changeantes tanguant devant les yeux, comme dans un kaléidoscope. Les marchands, les poignards berbères, les miroirs à entourage de laiton, les mains d'enfants, les guides, les mendiants. La foule tendait ses mains vers elle, Natacha. L'envie de fuir, de reprendre l'avion, de retourner se blottir dans les bras de... C'était la deuxième fois, qu'elle pensait à Hervé pour la protéger ; déjà, tout à l'heure, à l'aéroport... »

  • Artiste désenchanté, Ange Lorca renonce définitivement à peindre. Avant de mettre un point final à son oeuvre, il réalise une dernière toile que personne ne semble remarquer. Pour décourager d'éventuels acheteurs, il en exige un prix exorbitant. Or un matin, il reçoit une lettre lui annonçant que la toile a trouvé un acquéreur qui lui propose un étrange marché. Dès lors le voici prisonnier d'un enjeu qui le dépasse... Dans ce roman à trois voix, éclaboussé par le jaune qui est pour Kandinsky « la couleur de la vie », l'ombre du peintre rejoint un guitariste jusqu'au fond de l'Andalousie où résonne le cri pathétique des chanteurs de flamenco dans l'atmosphère enfiévrée des nuits bleues. Et puis dans la dernière ligne droite surgit la silhouette d'Eddy Lorca, le jeune frère de l'artiste, champion cycliste surdoué qui domine un Tour de France écrasé de chaleur et qui va faire briller la lumière des justes en balayant d'un poing rageur le sourire crispé des tricheurs et des voleurs de rêves.

  • « À Novodievitchi, le cimetière [...] est un lieu très romantique qui porte à la mélancolie. Nous marchions seuls dans le silence en faisant des marques profondes dans la neige gelée. Au-dessus de nous, dans le ciel d'hiver, des choucas tournoyaient. Macha s'est arrêtée devant un simple monument funéraire dont elle a enlevé la neige d'un geste gracieux et elle m'a dit : « C'est ici que Tchékhov repose, mais, vous voyez, il n'est pas seul, Olga Kniper l'accompagne. Vous savez, Olga Kniper est morte très âgée et malgré cela elle a demandé à être enterrée auprès de l'homme qui l'avait aimée. » Alors Macha m'a pris la main, l'a serrée très fort et a ajouté d'une voix pleine d'émotion : C'est une belle histoire d'amour, vous y croyez, vous, à l'amour ? » C'est à Moscou, dans la maison de Tolstoï, que les deux héros de ce livre, experts financiers, découvrent l'amour sous les traits d'une jeune fille « au teint blanc ». Mais la Russie post-soviétique n'est plus ce qu'elle était et même les histoires d'amour sont gagnées par le libéralisme... L'auteur nous propose une visite ironique et tendre de la nouvelle Russie, ce grand pays où les tutus des danseuses du Bolchoï sont de plus en plus courts, où Hollandais et Français se battent pour remporter le marché de l'informatisation du système postal, mais où le Transsibérien fait toujours rêver les Occidentaux que nous sommes.

  • « Il faisait froid quand, ce jour-là, je refermais la porte de mon appartement. La mauvaise saison était venue tout de suite après l'été, et, en me réveillant un matin, j'avais su qu'il n'y aurait pas d'automne. Tout avait changé en une nuit. Un soir il avait plu, et le lendemain nous étions en hiver ; avec l'eau qui tombait des toits, les trottoirs humides, et toute cette grisaille qui allait durer six mois. J'avais toujours mon contrat au Perroquet Bleu et, chaque soir, je me rendais dans ce petit cabaret de filles et de musique, là-bas, un peu plus loin, tout au bout de ce vieux quartier où il n'y avait plus que nous et les pauvres. On l'appelait, je ne savais pourquoi le Quartier des Roses. Peut-être en souvenir du temps où ses habitants rêvaient encore, du temps d'avant qu'ils ne comprennent ; d'avant qu'il ne devienne une simple enclave de la banlieue sud, dans laquelle, la nuit venue, on hésitait à se rendre. Pour mieux le séparer de la ville, les urbanistes l'avaient ceint d'immeubles de verre et d'acier ; et les banquiers s'étaient approprié son épargne. Une fois, j'en avais rencontré un de ces banquiers, maintenant vieilli et venu voir les filles du cabaret ; et il m'avait expliqué comment, sa carrière durant, il avait escroqué les petits épargnants, et je me souviens qu'il souriait en me racontant cela. »

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