Littérature générale

  • La Grande Guerre a épargné Henri Donadieu mais elle en a fait un homme meurtri. En 1915, son ami Mariette a été fusillé pour l'exemple après un simulacre de procès. Parisien, descendant d'Alsaciens, Donadieu a choisi l'exil d'un poste d'instituteur dans un village du Cotentin, à l'abri, croit-il, de la fureur du monde. Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, cet homme désabusé jure qu'il se tiendra à l'écart des événements. Mais on n'échappe pas aisément à son destin. Un jour, il frappe à la porte de l'instituteur d'une manière imprévisible. Ce livre simple et complexe à la fois, a pour décor le Cotentin à la fois sombre et luxuriant, maritime et terrien. Les hommes et les enfants s'y croisent dans une tentative d'exprimer la bonté, l'ignominie, l'engagement, l'humiliation. Une plongée dans la douleur des hommes silencieux qui ont subi les malheurs du siècle.

  • « Elle avait fui la foule comme elle avait fui Hervé, sans se retourner. Elle s'était réfugiée dans le premier café venu : le Café de France. Mais ce refuge lui parut bien précaire, dans ce monde inconnu. C'était son premier voyage en Afrique du Nord, son premier contact avec le monde arabe. Natacha, seule dans la ville de Marrakech eut peur de l'étranger, peur de la foule. Il faisait chaud. La sueur perlait de tout son corps et son coeur peu à peu se calmait. Le thé à la menthe fumait dans le verre coloré, elle trempa les lèvres, les serrant à demi pour ne pas avaler les feuilles. Il était chaud et cette chaleur la calma tout à fait. Elle était à peine arrivée en ville que la peur s'était immiscée dans son âme. Une crainte qui vous prend dans les profondeurs de vos entrailles, puis qui monte par bouffées de chaleur Cette peur viscérale, ce mal-être s'étaient transformés en panique. Tout vacillait. Cette ville inconnue, ces gens inconnus, ces bruits inconnus. La foule mouvante, ces couleurs changeantes tanguant devant les yeux, comme dans un kaléidoscope. Les marchands, les poignards berbères, les miroirs à entourage de laiton, les mains d'enfants, les guides, les mendiants. La foule tendait ses mains vers elle, Natacha. L'envie de fuir, de reprendre l'avion, de retourner se blottir dans les bras de... C'était la deuxième fois, qu'elle pensait à Hervé pour la protéger ; déjà, tout à l'heure, à l'aéroport... »

  • Les Blés en avril, c'est l'histoire de Jeanne, le récit de sa tourmente dans l'apocalypse de la guerre. Jeanne fuit, s'échappe de justesse des griffes guerrières. La France vit sa drôle de guerre. Le commandement allemand en juin 1940 occupe Paris. L'Alsace devient zone occupée. Jeanne avait entrepris un voyage dans la mémoire familiale, essayé en vain d'« expliquer la mort de son père et les causes de l'attentat ». Chaque chapitre des Blés en avril est un prénom : Albert, Maria, Ernst, Martha, Heidi, Hugo, Gunther, Lukas, Aymeric, Marguerite, Jeanne. Ces personnages finement ciselés ajoutent à l'intérêt de la lecture. Les événements vont précipiter la fuite éperdue de Jeanne. Survivre devient alors son existence. Elle rencontrera la peur, la lâcheté, les folles nuits de tous les risques, le passage terrible de la frontière, son amour en Suisse. Une rose rouge s'arrimera à la pupille du lecteur attentif.

  • Juste après la guerre, alors qu'il prépare son bachot, Paul Maguer connaît Hélène. À ce moment, une relation est à peine ébauchée. Mais Paul, rendu à la fin de ses jours, réalise combien, sa vie durant, la présence de la jeune fille l'a accompagné. Il retrouve d'abord un maladroit journal de jeunesse puis il part sans complaisance à la recherche d'une explication. Commence alors une lente spéléologie au creux des souvenirs. Ce livre fait partie de la chronique « Cent ans avec la famille Maguer de 1900 à l'an 2000 » qui inclut également Marie de Kerentrech, Les cendres de Saint-Jean et Le Livre. Ces quatre romans relatent la traversée d'un siècle par une famille bretonne amoureuse du terroir et des terres lointaines, témoin de son époque.

  • « La nuit est belle, à peine troublée par les lumières bleutées des postes de télé qui rythment notre chevauchée fantastique vers le Grand Sud. Aucun express ne m'emmènera vers la félicité. Aucun tacot n'y accostera. Aucun Concorde n'aura ton envergure. Aucun navire n'y va... Et si mon petit Bashung, nous sommes en route vers la félicité et à vitesse grand V. » Julien et sa bande foncent fêter le Nouvel An à Madrid à bord d'un véhicule « emprunté » chez un concessionnaire. Quelques rencontres - une serveuse en bord de mer, une prostituée sur un parking, un ministre de la danse et un photographe au bout du rouleau - ralentissent à peine ce récit rythmé par le défilement des kilomètres affichés par le compteur de la voiture. Philippe Schweyer est né en 1966. « 666 kilomètres de bonheur » est son premier roman.

  • Lise et Mathieu vivent une retraite récente au bord de la mer. Lise est ambitieuse, possessive mais aussi généreuse et sans préjugés. Mathieu, intolérant et casanier dissimule sa tendresse sous des airs de « macho de théâtre ». Lise rêve d'un Mathieu rangé ; Mathieu rêve d'une Lise Pénélope. Peut-on imaginer couple aussi peu assorti ? Et pourtant, ils s'aiment. Ils acceptent leur différence dans l'humour et continuent de se surprendre en protégeant leurs mystères. Jusqu'au jour où un accident mortel les propulse dans le Cosmos, face à eux-mêmes et à leur vérité... Vingt ans plus tard, Julie, jeune femme indépendante en quête d'elle-même rencontre Peter, malien d'origine qui a donné un sens à sa vie en choisissant la profession de médecin. L'un et l'autre vont étrangement emprunter les chemins de vie de Lise et de Mathieu. Ce roman de Michèle Arnaud tisse au fil des pages des liens subtils entre ces quatre personnages. Leurs destinées auraient-elles franchi le passage secret qui conduit à l'incroyable ?

  • Les malicieux désordres nous mènent aux portes de l'étrange. Jean Le Duc est professeur. Sa vie banale, tiraillée par un divorce, rythme ses heures. M. Chalon organise des séances de spiritisme. Le contact est pris. Le Duc est happé par l'invisible, la solitude totale. Une âme guide une autre âme de l'intérieur. Vincent demande à Jean de l'aider pour faire réapparaître quelques-unes de ces toiles recouvertes par des paysages. Le maître Quouan prépare Le Duc aux signes de l'irrationnel, « aux pressions malicieuses des impondérables ». Jean Le Duc va vivre l'incroyable tête-à-tête invisible avec Vincent Van Gogh. Ce roman est une parabole spéculaire du temps et des voix perdues, au questionnement sur les événements, fussent-ils banals, cachant une intention. Josiane Bourven, après La Sensitive, continue les explorations de l'ineffable. La folie guette ses personnages. Les raisons de l'imaginaire les font vivre plus sûrement. Le style romanesque de ces malicieux désordres, ce sont les mots rêvés de l'obscur. En route vers la légèreté, nous sommes des anges.

  • « Il est inutile de dire que la nuit dans sa pensée reflétait le charme de son pays. Son rêve l'emporte vers Aïn Sfa, au tombeau de ses aïeux... Les racines familiales deviennent un milieu porteur. Les bienfaits d'une ascendance inondent toute une progéniture avide de réussite humaine, projetant au-delà de soi-même l'amitié, petite graine pour le bonheur de l'autre. Son sentiment de vie à cet instant n'est pas loin du vrai bonheur. - Je hais, dit-elle, la maladie, le handicap. Je ne hais pas la mort. L'avion descend sur Paris. - Maman, je t'accueille chez moi. - Quel chemin parcouru ! - Tu es belle, maman. - Toi, Karima, tu es heureuse, n'est-ce pas ? - Oui, j'ai acquis mon indépendance de vie... On est en train de me trouver un emploi et demain ma naturalisation. Inch Allah. - Ton appartement est un petit joyau. - Tu demeures avec moi. Maman, un diamant ne se brise pas. Il brille quoi qu'il en coûte. »

  • J'aimerais pouvoir soulever une paupière. Pour apercevoir la couleur des murs de ma chambre. En y réfléchissant, j'imagine bien un blanc crème ou moucheté comme dans tous les hôpitaux. Fade, sans personnalité et sans goût. Finalement c'est tout aussi bien de ne rien voir. De toute façon le départ d'un imposteur, si génial soit-il, est généralement salué comme il se doit. Avec consternation par ceux qui le découvrent et avec mépris par ceux qui avaient perçu le mensonge sous les mots. Aujourd'hui je vais mourir. Je le sais. Mon corps ne répond plus ou si peu. La balle a dévié de la trajectoire prévue. Et demain, ils sauront ! Tout ! La fausse histoire de ma vie. Je ne suis ni un plagiaire, ni écrivain. Ni romancier, ni essayiste. Ni auteur de poèmes et encore moins à la porte de l'Académie française. Non juste un voleur, un brillant usurpateur qui a dupé son monde et qui rate sa sortie. J'ai volé à un homme ses mots, son verbe, ses histoires, ses héros et sa postérité !

  • Combat de deux entités : Lune veut vaincre l'autre. Les personnages de ce roman sont tributaires d'elles et d'elles seules. Ces deux entités - sacrées pour eux - ont créé en leur être une perpétuelle et angoissante souffrance. L'une exalte l'âme ; l'autre jouit de leur dépendance à vouloir la séduire... L'Encens des Errances Divines s'avère le poème du « bonheur de la désespérance ».

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