• Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Il y a deux façons au moins de se prêter au jeu des influences et des affinités. La première est de les mentionner dès le départ et de ne plus s'en inquiéter après : on se sent quitte et l'on parle du reste. La seconde est d'une autre facture, elle fait voir un souci différent. Considérant que, si affinité il y a, influence peut-être, celles-ci doivent poursuivre leurs effets sur tout le long d'une carrière, elle s'efforce d'en toucher les conséquences et de marquer les points où les rencontres se précisent et peuvent s'éclairer. Zola a lu Darwin ; il a éprouvé pour Claude Bernard bien plus que de l'admiration. Qu'attendre cependant de ces rapprochements ? D'abord ce qu'une familiarité d'idées peut rendre par elle-même : un climat, des mouvements d'inspiration ; une capacité suggestive des images et des mots. Cet univers commun qui fait que des deux bords opposés de la science et de l'art, on voit le monde sous un même jour, dans un même regard. Mais il y a plus précis : une complicité dans les idées. Quelque chose qui se fait dans le silence de l'intelligence. Un espace muet, solide, fort, d'idées et de notions où se compose une façon de percevoir, unique, singulière, qui n'est ni de Darwin, ni de Claude Bernard ; qui est toute de Zola. Et qu'il faut essayer de restituer : une archéologie de l'intelligence créatrice.

  • « J'ai fait chacun de mes livres en oubliant tous les autres », dit Bergson. Cette déclaration enveloppe deux conséquences décisives, auxquelles le présent ouvrage fait droit : - L'obligation de considérer chaque oeuvre comme un tout, où l'organisation des idées se fait d'une façon qui lui est propre. Obligation qui vaut interdiction : celle de se reporter aux oeuvres postérieures pour expliquer les oeuvres antérieures. Le texte bergsonien ne saurait se lire à contre-courant, dès lors que Bergson oublie, volonté d'oubli qui est au principe de son écriture philosophique. - Le constat d'un cercle : partant chaque fois d'un problème différent (l'union de l'âme au corps, l'être vivant et son organisation), Bergson ne peut pas ne pas retrouver de façon différente le « point » d'où il est « parti » et où il n'a « cessé de revenir ». Et cela à proportion même de l'itinéraire parcouru pour s'y retrouver. D'où une variation, un fléchissement, une inflexion différente apportés jusqu'aux notions les plus fondamentales de la doctrine : expérience, durée, matière. Une philosophie de la durée, c'est une philosophie qui dure. C'est-à-dire qui se transforme réellement de l'une à l'autre de ses oeuvres. Ainsi réabordée par la durée, non seulement comme thème, mais comme spécificité d'une temporalité philosophique, l'oeuvre de Bergson s'offre comme à neuf au lecteur, tel un monde de perplexité.

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