• Henry Miller a longtemps vécu en Grèce et y a écrit une grande partie de son oeuvre, dont Le Colosse de Maroussi. L'auteur fait revivre ces lieux ainsi que les personnages rencontrés par l'écrivain.

  • La quête de l'identité constitue le thème principal de l'oeuvre de Clément Lépidis. Avec La Fontaine de Skopelos, il partait à la recherche de ses ancêtres. Dans Mille Miller, il définissait dans une franche et courageuse confession le chemin qui le conduisit à l'écriture. À mesure que paraissent ses livres, on décèle chez Clément Lépidis trois pôles d'attraction : la France, Paris surtout, la Grèce, et tout récemment l'Espagne avec L'Or du Guadalquivir. Aujourd'hui, l'auteur explique comment le flamenco, la tauromachie, mais aussi et surtout l'amitié qui le lie à ceux qu'il appelle ses frères (rescapés de la guerre d'Espagne venus se réfugier dans son quartier de Belleville) l'ont amené à s'engager dans les arcanes et les sortilèges de cet Itinéraire Espagnol. Dans ce nouveau livre, comme dans L'Arménien et La Main Rouge, Clément Lépidis, à la recherche de son moi profond, s'interroge également sur ses origines et son devenir. Il s'agit d'un récit vivant et poétique qui conduit le lecteur de Paris jusqu'en Andalousie. Il comptera dans l'oeuvre de Clément Lépidis et nous le fera mieux connaître.

  • Un jour d'octobre 1950, Clément Lépidis était au lit avec 40° de fièvre. Un ami vint le voir et, jetant sur sa couverture Tropique du Cancer, lui dit : « Lis ça ». Il obéit. Ce fut un déclic. Entre le grand écrivain américain Henry Miller, récemment disparu, et l'enfant de Belleville qui, à trente-deux ans, n'avait rien écrit et ne s'occupait guère de littérature, un coup de foudre venait de se produire. Profondément secoué par le vent de révolte et de liberté prôné par Miller, Clément Lépidis commençait une nouvelle vie : il quitta son travail, sa famille, ses habitudes, et se mit à écrire... Cette bouleversante métamorphose, il nous la raconte pour la première fois.

  • « Des soleils à Hokkaido » c'est le récit d'une initiation à la Vie par la maîtrise d'une technique de pêche : le lancer au Soleil d'un filet spécialement conçu à cet effet. Nagata le vieux pêcheur dispensera cet art très particulier au jeune Kimuro que son père lui a confié. À la mort du maître emporté par l'âge avant que l'enseignement de son jeune élève soit achevé, Kimuro poursuivra seul son ascension vers la Connaissance Suprême. Lorsque son père viendra le rechercher ; devenu adulte et libre, il refusera de le suivre. Alors, sous les yeux d'Ayako sa bien-aimée, il pourra réaliser enfin son premier Soleil.

  • Au travers du regard nostalgique que Clément Lepidis porte sur le quartier de son enfance, découvrez la folie d'un 14 juillet de l'avant-guerre, l'impatience du départ pour les congés payés de 36, l'ambiance des bals musette de l'époque et leurs personnages hauts en couleurs : Augusto Baldi l'accordéoniste de La Java, Jane Chacun la reine du musette, Gabrielle Eulalie Moulin, habituée des guinches et protégée de Balthazar et de Raymond le Fripé, Coco et la belle Josette, Gégène, Milo. D'autres encore. S'il reprend quelques textes sur Belleville parus dans la presse, cet ouvrage regroupe des inédits : un sketch écrit pour Odette Laure et Rosy Varte, une nouvelle dédiée à Marcel Carné, cinéaste du Paris des brumes, des poèmes sur les bistrots, etc. Témoignages d'une époque révolue, certes, mais à travers ses souvenirs, l'auteur nous communique sa révolte contre les promoteurs qu'il qualifie sans vergogne de « casseurs » ce qui, sous sa plume, n'est autre qu'une marque d'amour à l'égard de son village en plein dépérissement.

  • Au temps du sultanat, dans un bourg d'Anatolie, le jeune Ahmet Gedikoglou décide de partir à la recherche d'une rose « couleur de mer », c'est-à-dire d'une rose bleue, qu'avant de mourir son vieux Maître, Nedim Suleyman, avait vantée dans un de ses poèmes. Mais cette rose ne fleurit qu'à Büyükada, la plus grande île de l'archipel des Princes en mer de Marmara, à l'entrée du Bosphore, une île plantée de pins et de rosiers. D'Istanbul, Ahmet fait la traversée à bord d'un bac dont le patron, un colosse nommé Meydani, est grand bâfreur, franc buveur, joyeux trousseur de filles et fougueux pourfendeur de janissaires. Dès l'appareillage, ce couple que forment Ahmet le rêveur et cette superbe brute de Meydani s'engage dans une navigation tourmentée et une suite d'aventures violentes qui donnent au jeune Ahmet l'occasion de connaître la peur, la mort et aussi l'amour, celui de la délicieuse Leyla. Mais, au terme de toutes ces péripéties, a-t-il vraiment trouvé la fleur de ses rêves ? Tout autre que Clément Lépidis aurait sans doute tiré de cette Quête du Graal à la mode orientale un sage récit dans la tradition des vieux contes. Mais l'auteur de « La Fontaine de Skopelos » et de « La Main rouge » sait intimement allier la fantaisie et le pathétique et donner ainsi, à sa narration, un rythme, une force et une truculence qui subjuguent le lecteur. Ce roman, en 1964, a obtenu le Prix des Deux-Magots.

  • "Retour ! Retour ! suppliait la voix." Malgré l'opposition de tous les membres de sa famille, un jeune Grec de Paris décide de se rendre dans un village d'Anatolie, près de Smyrne, à la recherche des souvenirs familiaux ; il découvre alors que ce lieu qui l'obsède depuis toujours a connu, 20 ans plus tôt, le massacre par les Turcs de ses colonies grecques. Et, au bout de son voyage, une découverte décisive l'attend...

  • À la mort de son propriétaire, un yacht de luxe est légué à l'État grec qui l'affecte au service de la Maison royale. Comme personne ne sait manoeuvrer ce bateau qui comporte des dispositifs de navigation ultramodernes, on arrache à son village le maître-mécanicien de marine Panos Gavrilis à l'heure même où le pope célèbre son mariage avec Sophie. Panos dépanne le yacht mais cette réussite va rester à l'origine de toutes ses vicissitudes. En effet, il est aussitôt requis en qualité de chef-mécanicien et participe aux croisières - et aux jeux - de son souverain jusqu'au jour où éclate le coup d'État des Colonels. Transformé en vedette armée, le yacht est destiné au transport des condamnés politiques vers les îles-bagnes de l'Archipel. Alors Panos se révolte... C'est en premier lieu cette belle figure de marin qui nous retient tant l'auteur a su la décrire avec tendresse et vérité. Mais, à travers Panos et ses aventures, c'est tout le peuple grec qui est évoqué, si noble, si fidèle à lui-même en dépit de cette nuit qui le recouvre.

  • Débarqués de Turquie, de Grèce, de Tunisie, d'Espagne, d'Algérie ou de quelque région plus lointaine d'Afrique, les personnages de ces récits ont en commun cet espoir qui les a poussés vers la France, soit pour y trouver un refuge, soit pour y réaliser un rêve, soit plus simplement pour y gagner leur pain. Si au bout du voyage les attendent bien souvent la déception, l'échec, l'éclatement du mirage, il arrive aussi qu'ils puisent dans l'exil une force nouvelle, comme pour cet Espagnol qui retourne dans son pays décidé à s'engager dans la résistance. Mais quelle épreuve pour le Grec, arrivé sans ressources à Paris, qui tous les jours attend vainement, devant les usines Renault, le cousin perdu dans la foule des ouvriers et dont il espérait le secours ! Et quel mauvais tour du destin pour Mamadou le Noir qui, assidu à son travail et à l'écart des événements, se voit pris, un jour de Mai 68, par des jeunes gens qui le sacrent roi des Immigrés, jusqu'à ce qu'il tombe sous les matraques de la police ! Ce monde de l'exil et de la solitude, Clément Lépidis nous le restitue dans toute sa cruauté mais avec ces qualités d'émotion et de générosité que l'on avait déjà reconnues à son beau roman « L'Arménien ». À propos de « L'Arménien » : "Bon dieu, le bon roman" Yvan Audouard, Le Canard enchaîné. "Habile dans le mélange du primesaut et du quotidien, souriant dans l'accent faubourien, délicat dans la nostalgie orientale..." Jean-Pierre Amette, Le Point. "Un sens étonnant du récit et de l'économie des moyens..." Tristan Renaud, La Quinzaine littéraire.

  • Avant la guerre de 1939, Belleville était une petite Grèce où se sont épanouies d'épaisses et tortueuses racines de l'Orient méditerranéen. C'était plus qu'un creuset : une marmite affairée, grouillante où les petits métiers, les types d'hommes et de femmes les plus divers, les odeurs et les bruits, la vie louche, la brutalité, les coups secs dans l'ombre, formaient comme un fumet d'histoire. En somme, tout y était possible, les distinctions de classes et de passés s'annulant devant cette énorme vie présente : rien n'y séparait jamais le mythe le plus archaïque de la violence quotidienne, et les Atrides cela pouvait être n'importe quelle famille d'ouvriers ou d'artisans en proie à la fureur passionnelle, dans ces rues populeuses où la jalousie et le sang avaient partie liée à chaque instant. Et puis, souvenez-vous, ces années-là c'était aussi l'étonnante vogue du mélodrame : du Grand Guignol aux mélos des comédiens ambulants, et jusqu'aux longues fioritures amoureuses du cinéma bourgeois, ce n'était que drames de la volupté et vendettas d'envieux ou de victimes. Comme si, du fond des temps d'autrefois, d'Arménie ou de Délos, des plateaux turcs comme des plages du Péloponnèse, le grand vent des mythes qui nous agitent encore de leurs secousses avait décidé de souffler un peu plus fort que d'habitude. Et quoi de plus naturel d'imaginer que ce soit à Belleville que le sang des Atrides ait choisi à nouveau de couler ? Et pourquoi pas Electre à Belleville, en 1927 ?

  • La compagnie du capitaine Pargha et du sergent Kos, unité de choc, a reçu l'ordre d'attaquer l'ennemi installé au-delà d'un fleuve, ce qui implique le franchissement à découvert de celui-ci. Alors commencent les souffrances des soldats engagés dans un combat aussi meurtrier que vain car, en dépit de leur conviction et de leur courage, aucun d'entre eux n'atteindra jamais l'autre rive. Dans cette agonie, pleine de fulgurances et de sang, c'est toujours vers Maria la Blanche, la femme aimée, que le sergent Kos tourne son esprit, comme vers la plus belle évocation de la paix et du bonheur en ce monde. Le réalisme n'exclut pas la poésie et l'appel au fantastique, ce qui fait de ce récit une oeuvre singulière et forte, l'une des plus attachantes que l'auteur de L'Arménien et de La main rouge nous ait données à ce jour.

  • C'est par la poésie que le romancier Clément Lépidis est venu à la littérature, persuadé que le poème était l'arme de la contestation par excellence. Les premiers poèmes de Cyclones datent de 1955, période noire, selon les mots mêmes de l'auteur qui avoue n'avoir disposé alors que du seul recours au délire poétique, mais à un délire nettement dirigé vers une recherche, très lyrique, de l'absolu. Les Inquiétudes, Les Châteaux, Les Voyages et Les Révoltes traduisent cette démarche que l'écriture automatique vient souvent irriguer. Les Matins verts témoignent de l'intensité du cri, reconnu salvateur, comme un souci d'espoir, le bond si attendu hors du carcan social. En somme : une libération en train d'avoir lieu. Dans son dernier livre, Mille Miller (1981), l'auteur dit ceci : Les voyages, les épopées, les péripéties ne sont rien au regard de l'odyssée intérieure du poète qui n'a besoin d'aucune assistance pour fouler les champs de blé, traverser rivières et fleuves de son imagination débordante. Il est le plus fort, le Voyant, le troisième oeil dont la portée est infinie, qui repousse, refoule loin dans le temps et l'espace, le regard creux du voyeur.

  • Si ce roman doit être qualifié de méditerranéen, ce n'est pas seulement parce que son action a pour décor l'Andalousie et ses villes les plus fameuses, Cordoue, Grenade, Séville, ou parce que tous ses personnages portent en eux les signes profonds des civilisations musulmanes qui se sont, au long des siècles, merveilleusement épanouies sur les rives du Guadalquivir. Il est surtout méditerranéen par son inspiration et sa structure, qui le rattachent à une très ancienne tradition d'errances ulysséennes ou quichottesques, à la recherche des autres et de soi-même. Antonio Gomez Berrocal quitte donc Madrid pour retourner dans son pays, celui du chant profond, du cante hondo, où l'attirent des souvenirs à vérifier et des rêves à vivre ou à revivre. D'étape en étape, rencontres et découvertes se succèdent pour lui, toujours aiguisées par sa passion pour cette terre à la fois angoissante, comme le masque des pénitents noirs de la Semaine sainte à Séville, et joyeuse et inspirée comme les chants et les danses de la fête flamenca. D'évidence, c'est sa propre passion pour l'Andalousie que l'auteur nous livre dans ce récit tour à tour sobre et exalté mais toujours poétique.

  • Dans une petite ville tranquille de Macédoine, Stamatis, épicier de père en fils, coulait des jours heureux. Survient de Smyrne un riche marchand de tapis, Praxitèle, qui se lie d'amitié avec lui, sous prétexte que ses olives sont d'une saveur à nulle autre pareille. L'amateur d'olives en vient à proposer à notre épicier un étrange contrat. La vie du village en sera bouleversée. Une cascade de folles aventures s'ensuivra. Le père de Stamatis, pourtant mort et enterré depuis belle lurette, aura lui aussi son mot à dire. Il est vrai que dans cet Orient, les morts ne le sont jamais tout à fait, que les ânes pètent pour se rebeller contre l'homme et que les bateaux n'hésitent pas à voler. Aventure picaresque ou histoire vraie ? Peu importe. Ses personnages semblent sortis tout droit du théâtre d'ombres que les Grecs d'Anatolie ont rapporté dans leurs bagages après le désastre de Smyrne. Clément Lépidis, enfant, a baigné dans cette atmosphère d'imagerie populaire et c'est pour en préserver l'esprit qu'il a écrit cette fantaisie débridée.

  • Situer l'action des deux nouvelles qui composent "Frères grecs" dans les paysages grec et chypriote, c'est les doter d'une telle intensité, qu'elles rejoignent - dans notre esprit - ces pages dramatiques, parmi tant d'autres, de l'Histoire d'une nation très ancienne et très jeune à la fois. Dans la grâce bucolique de ces décors antiques, l'auteur donne vie à des acteurs tragiques, qui s'affrontent selon des codes éternels. Les nouvelles de Clément Lépidis ne sont pas des pages extraites d'un guide touristique, leur terrible actualité est surprenante, et elle nous éclaire sur l'origine des conflits actuels qui embrasent les Balkans.

  • Le jeune héros de ce conte épique - sorte de « quête du Graal » à l'orientale - part à la recherche d'une rose bleue que son vieil ami, le poète, avant de mourir, lui a dit fleurir dans la mer, près de l'île de Büyükada. Il s'embarque à Istanbul dans un bac commandé par Meydani, colosse turc aux moeurs naïves et féroces, toujours prêt à mourir ou à tuer pour quelque folie démesurée qui aura su aiguiser son appétit de vivre. Tous deux, ainsi que les marins de l'équipage, connaissent à bord du bac et sur les plages de l'île une suite incroyable de malheurs. Revenu chez lui, sans la rose bleue, le jeune homme qui s'est affronté pour la première fois à la mort, à la peur, à l'amour, est sorti définitivement de l'adolescence. Dans ce récit d'une initiation, l'allégorie est à peine poussée, jamais pesante. La simplicité, la saveur, la liberté du ton font songer aux premiers récits de Panaït Istrati.

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