• En 1915, étudiant en médecine, il est, comme son ami André Breton, mobilisé avec un an d'avance. Dès lors, il va continuellement flirter avec la mort sans jamais renoncer à son goût pour la liberté. Envoyé en Russie en 1917, il assiste de près à la Révolution. Il en rentre marqué pour la vie. Aussi le retrouve-t-on en janvier 1920 parmi les premiers dadaïstes parisiens et ensuite au sein du mouvement surréaliste. En août 1936, il participe à la bataille des Baléares. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, il se cache (il est Juif), puis il traverse à pied les Pyrénées avant de rejoindre l'escadrille Normandie-Niémen.

    Cet homme, c'est Théodore Fraenkel. Oublié des livres d'Histoire, il aura connu Vaché et Aragon, Desnos et Tzara, le stalinisme et la guerre d'Algérie. Révolutionnaire dans l'âme, Fraenkel est aussi un amoureux passionné, tel un personnage de la Nouvelle Vague égaré dans un roman de Victor Serge.

    Interrogeant les derniers témoins, et consultant des archives inédites, Gérard Guégan a mené une minutieuse enquête. Dans cette biographie digne d'un roman d'aventures, il fait le portrait d'un homme au destin hors-normes.

  • « Comme je viens d´une époque, voire d´un monde, où chacun jurait de rester éternellement fidèle à ses convictions, je me suis souvent demandé pourquoi tant de figures énergiques avaient ensuite, et sans trop tarder, tourné la page de leur jeunesse. Cette question - qu´est-ce qui pousse un homme à changer de camp, à passer, par exemple, de la gauche la plus enragée à la droite la moins clémente ? - a fini par m´obséder. J´aurais pu en tirer la matière d´un pamphlet si ce n´est que je voulais toucher au-delà du cercle des convaincus. Aussi ai-je ressuscité un écrivain du siècle dernier, Jean Fontenoy, qui, pour reprendre le mot de Malraux, fut partout où cela comptait, tout du moins dans ses 20 ans : la Grande Guerre, Dada, Octobre, Maïakovski, Lénine et Trotski, Moscou et Shangai, etc. Or, lui qui était né pauvre, que l´école de la République avait su distinguer et dont les livres avaient séduit aussi bien Kessel que Colette, Blanchot que Céline, voilà que, contre toute attente (il avait dénoncé le nazisme dès 1933), il se fit soudain fasciste. Quelques années plus tard, non sans logique (et aussi par haine de la lâcheté), il ne lui resterait plus qu´à partir se suicider dans Berlin assiégée par l´Armée rouge.  Reste que je n´ai écrit Fontenoy ne reviendra plus que pour comprendre de quoi nous sommes faits et à quoi tiennent nos destinées. Et nos refus. » Gérard GuéganNi récit ni biographie, le nouveau livre de Gérard Guégan est porté par une figure si romanesque au destin si tragique qu´il ressemble et se situe avant tout en littérature. C´est le roman de Fontenoy. Ses engagements, ses amours, ses obsessions, ses déguisements, l´histoire d´un homme qu´on rêverait tout à la fois de rencontrer et de fuir, d´aimer et de quitter, comme il n´aura cessé de se quitter lui-même.  C´est sans doute bien Brice Parain qui aura donné avant Gérard Guégan sur Fontenoy le sentiment le plus juste : « Il y a eu Jean (Fontenoy). Je n´ai pas eu d´autre ami parce que les autres que j´ai connus étaient ou sont moins honnêtes que lui, je veux dire plus arrangeurs au fond. Arrangeur, il l´était comme vous le dites, mais il n´a pas triché avec la littérature, ou la poésie, comme vous voudrez, il a préféré devenir une crapule plutôt qu´un protégé de Paulhan, c´est tout de même beaucoup. »

  • "Hemingway, qui paraissait fatigué, accablé, désorienté lorsqu'il s'est enfermé avec son autre lui-même, respire désormais la sérénité.
    Et l'assurance.
    Il ira voir Hammett, et ils feront la paix, quitte à ce qu'elle soit courte et qu'elle se termine dans le sang.
    En tout état de cause, ils ne peuvent qu'essayer de se réconcilier.
    Ils y sont condamnés par leur ennemi commun.
    Ne partagent-ils pas en effet le privilège, car c'en est un, d'avoir été classés FBI Targets par Hoover lui-même?"

  • Technicolor

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 23 Septembre 1975

    Et si le marshall Gus Mac Cab boxait Boumediène ?Et si Lady Brett Ashley couchait avec Marx ?Et si Al Capone dessoudait Patton ?Et si Marilyn vampait Pétain ?Et si Billy le kid butait Gene Tierney ?Et si Gérard Guégan franchissait à leurs trousses le Rio Grande en août 1879 ?Et si la littérature substituait à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs, en Technicolor ?"Malheureux, le pays qui a besoin de héros !""Malheureux, le pays qui n'a pas de héros !"

  • Appelle-moi Stendhal

    Gérard Guégan

    • Stock
    • 6 Février 2013

    Chacun le sait, tout ce qui s´est écrit sur la mort d´Henri Beyle, alias Stendhal, relève de l´invention. Même son cousin Romain Colomb a biseauté les cartes. Même Mérimée, ami de longue date, a cherché le scandale en déformant les faits.  L´événement a pourtant eu un témoin direct, Joseph Lingay. Éminence grise de la monarchie de Juillet, cet élève de Fouché, qui se disait « le plus corrompu des corrupteurs », régnait sur les fonds secrets de cinq ministères. Il en fit ainsi profiter Gautier, Nerval, Heine. Et, fort de son pouvoir, il était sur le point en mars 1842 d´envoyer à l´Académie son cher Stendhal, avec qui il avait partagé plus d´un plaisir.  Tous les deux, d´ailleurs, sortaient d´un bordel le soir où, foudroyé par l´apoplexie, l´écrivain manqua s´écraser sur le pavé parisien. Dans les heures, les jours suivants, Lingay s´employa à assurer sa légende, en s´aidant d´Old Nick, le découvreur de La Chartreuse, du jeune Gobineau, Ultra rallié à la cause de Mathilde de La Mole, et de Balzac, pas des plus rigoureux quand il y allait de l´argent.
    Parce qu´il a pu consulter les carnets secrets de Lingay, réputés perdus, et un inédit de Gobineau connu du seul Aragon, Gérard Guégan s´est autorisé à tutoyer l´Histoire le temps d´une dernière valse. La dernière valse du romantisme. Les femmes y sont audacieuses et les hommes brillants.  C´est la vie. La vraie. La belle.

  • "Marat est un homme à secrets. La Résistance exigeait qu'on s'avançât masqué, il s'y est montré à son avantage. Ainsi il n'avait jamais avoué à quiconque qu'il avait été l'ami de Brasillach en khâgne à Louis-le-Grand et qu'il lui avait, à la fin du mois d'août 1944, proposé de le planquer en Normandie. De même, il s'était gardé de dire à Héloïse ce qu'il est en train de rappeler à Maréchal : "Drieu doit mourir, c'est écrit d'avance, mais pas fusillé, pas exécuté, pas comme un collaborateur ordinaire.""

  • Lorsque Paul Le Goff rencontre Jeanne, il est question des professeurs de marxisme, des boutiques d'Oxford Street, des théoriciens de la lutte armée, de Buffet-Bontemps, de la folie, des moules farcies en cocotte, de Herbart, de mai 1944, de l'agressivité, de « Louis Lambert », d'Aragon, de Brest, de « Johnny Guitare », des files d'attente à la cinémathèque, du savon, de soutiens-gorge, du journal télévisé, du petit chaperon rouge, de l'occupation, des Juifs, de Libertad, des « décombres », d'un vibromasseur, d'homosexualité, d'appartements à louer, d'Amsterdam, des putes, de Jeanne d'Arc, de l'émotion, de la Résistance, d'Israël, du communisme et du plaisir. Lorsque Paul Le Goff rencontre Marie, il est question de Marseille, de théâtre, de Guitry, des pieds et paquets, de l'amour dans une baignoire, du phallus, d'Artaud, du parti communiste, de « Fureur apache », d'une manchette sur la nuque, de « La Marseillaise », du sport, de la gauche, du viol, du père, de Marivaux, de livres volés, de Schwob, de l'absence de slip, d'ex-maos, de la maîtrise de soi-même, de l'avarice, de La Cadière, d'insultes, de la bourride, de Porquerolles, de la télévision, de Cioran, de l'argent, des Arméniens, du poker, d'un braquage, des « Nuits de Monsieur M. », de la Corse, de la guerre d'Espagne, des enfants, de « Lucien Leuwen », du Cap d'Antibes, d'un frère, de l'anchoïade, de de Gaulle, du caca, de l'égoïsme et du plaisir. Lorsque Paul Le Goff revoit Anne, il est question de Jeanne et Marie.

  • Oui mai

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 12 Avril 1978

    "En mai 68, nous voulions tout en nous doutant que nous n'aurions rien. Tout ou rien, les chanteurs changent, pas la chanson, une fois pour toutes." Gérard Guégan Gérard Guégan a décidé de célébrer à sa manière l'anniversaire de mai 68, en écrivant un livre qui perpétue son esprit et non son souvenir.

  • "J'ai toujours pensé que si l'on voulait savoir comment fonctionnait une société il suffisait de regarder vivre une femme pour l'apprendre. Ce roman est donc l'histoire d'une femme qui commence de vivre dans une société qui agonise. Il se trouve que Danielle, mon héroïne, qui aime deux hommes dissemblables, est journaliste et qu'elle enquête sur la mort à Fécamp d'un adolescent sauvagement assassiné par son père, un psychologue scolaire. C'est aussi mon neuvième roman, mais alors qu'on m'incitait aimablement à faire mon beurre sur le masculin passé, j'ai préféré, autant par bravade que par instinct, tout remettre en jeu au féminin présent. Nous verrons bien qui avait raison." G. G.

  • Unité de lieu : le Paris des barricades en mai 1968 Unité de temps : du matin du 10 à l'aube du 11mai, vingt-quatre heures dans la vie d'un homme comme l'époque moderne n'en produit plus et à qui on ne fait pas la blague des leçons de l'Histoire. Unité d'action : une course contre la montre entre la mort et l'aveu. Nous suivons les déambulations d'Outremer - bientôt 70 ans, écrivain, membre de l'appareil clandestin de la Troisième Internationale, volontaire en Espagne, torturé en 1937 par la police stalinienne à Barcelone, ancien de la 2º DB de Leclerc, pédéraste dandy qui « n'a été que d'une seule internationale, celle de l'immoralisme », morphinomane, fumeur, buveur - du matin où il apprend la nature de sa terrible maladie à l'aube suivante où, au sortir des barricades et des combats de rue, dans les vapeurs de la mescaline et des gaz lacrymogènes, il est parvenu à confesser ses crimes à une jeune femme poursuivie toute la nuit telle une chimère. Cette journée sera rythmée par de courts chapitres qui sont autant de stations sur le chemin de croix d'une mémoire envahissante : traversée agitée de Paris dans un taxi ; visite à un grand patron de médecine trop cérémonieux ; leçon de choses à son éditeur ; halte au restaurant d'un ancien fusilier marin pour qui il sera toujours « mon Commandant » et où une jeune femme, Véronica, sosie de sa soeur Geneviève morte en déportation, lui propose de partir en chasse à travers une ville gorgée d'adolescents en colère ; conversation avec son ami ministre qui a combattu lui aussi en Espagne ; tête à tête tumultueux avec le producteur d'un documentaire sur son chef de maquis, dont il noircit mensongèrement la mémoire ; et ainsi de suite... Mais quels sont donc ces crimes abominables qu'il confiera au petit matin à Véronica ? Elle seule pourrait le dire. Quant à Outremer, il mourra une semaine plus tard d'une overdose d'héroïne.

  • Dans la veine des chroniques subjectives (Inflammables ou Ascendant Sagittaire), Montagne-Sainte-Geneviève, côté cour poursuit et clôt l'aventure singulière dont Cité Champagne, qui s'était ouvert sur la rencontre avec Gérard Lebovici une nuit de mai 68, racontait les trois premières années. De 1972 à 1974, année qui voit la mort de Pompidou et la victoire de Giscard sur Mitterrand, Champ Libre, désormais installé rue de la Montagne Sainte-Geneviève, mu par l'échauffement des esprits autant que par « l'ambition de laisser une trace en donnant libre champ à l'imagination », multiplie les projets. Pendant que Le Saux continue d'attenter au bon goût, l'inénarrable Pétris cultive le scandale en traduisant à tour de bras Boulgakov, Chklovski, James, et Spinrad. De son côté, Raphaël Sorin joue les rabatteurs et se heurte non sans drôlerie à Floriana Lebovici, en charge de la presse. Rue de la Montagne Sainte-Geneviève, le cinéma est partout et on discute donc de tout, de l'art de la guerre comme de la sexualité sans entraves, de Léo Ferré comme des Doors. On y côtoie aussi Baynac, Manchette, Boudard, Sangla, de Roux, Nucera, Marie Minois ou Brigitte Fossey. Quand on ne déjeune pas rue des Canettes avec Rinaldi, on dîne avec Burroughs aux Halles. À Grasse, Herbart évoque Gide et l'année 36. À Paris, devant son agent effarée, Andy Wharol, blanc et impavide, accepte de vendre les droits de son roman pour 1 dollar. On part en chasse d'un ancien chef SS avec Guégan, on manque de se faire braquer avec Lebovici, on brise des piles d'assiettes avec Jean-Jacques Schuhl dans une brasserie de Montparnasse ! Et deux clans se forment, qui s'opposent de plus en plus frontalement : les créatifs (Guégan, Le Saux, Sorin, Guiomar) et les propriétaires (les Lebovici) - au-dessus desquels plane l'éminence grise Debord. surnommé « Tout-à-l'ego » par Pétris. Jusqu'à ce matin de novembre 1974 à la Coupole où, sous le regard ivre de Terence Stamp, la rupture est consommée. Ce livre est l'histoire vive, et nécessairement personnelle, des passions et des désirs dans un temps où « l'affectivité réglait les montres ». Mais peut-être est-ce aussi, dans le souvenir des coups de foudre et des amitiés, du désamour et de la lassitude, des colères et des trahisons, l'histoire d'une réconciliation ?

  • Beau soleil

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 26 Avril 1979

    Un journaliste, ému par la mort soudaine de son meilleur ami, Julien, un psychanalyste, décide de faire toute la lumière sur les circonstances de ce décès, qui lui paraissent suspectes. Amis, parents, épouse ou maîtresse, tous ceux qui ont connu Julien, se prêtent à ce "jeu de la vérité" et confient leur témoignage au journaliste. Celui-ci découvre alors que Julien est mort d'un cancer qui l'a emporté en quelques jours, et que le secret de sa maladie avait été jalousement gardé. Il découvre aussi, au fil des confidences, que le vrai Julien ne ressemblait guère au personnage qu'il a connu, et ce qu'il apprend sur lui le bouleverse et le stupéfie. Mais, comme le dit le narrateur, "la mort ne vient jamais seule" : un mois avant la disparition de son ami, le journaliste a perdu sa mère. Là encore, en interrogeant des témoins, il tombe sur une "affaire de famille" longtemps gardée secrète par ses cousins, des Arméniens installés à Marseille. De livre en livre, Gérard Guégan s'attache à la {famille}, comme si elle était la source de tout récit. Dans Père et Fils, la gravité ne faisait qu'affleurer au cours de cette promenade allègre aux quatre coins de la France. Dans Beau Soleil, la famille arménienne, qui a le sens de l'honneur et de la vengeance, est le milieu où va éclater un drame sordide. Le soleil des calanques et la crasse de Marseille se mêlent comme la lumière et l'ombre dans cette tragédie de tous les temps.

  • Père et fils

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 6 Septembre 1977

    Profitant de quinze jours de vacances, Lucas - le fils - et Nicolas - le père - décident de s'offrir un voyage-surprise : de Vannes à La Rochelle et de l'Ardèche à la Sainte-Baume, ils marcheront par les chemins creux, le long des rivières et des routes nationales, à l'aventure. {Père et Fils} est le récit de cet itinéraire géographique et spirituel. Une histoire d'amour peu ordinaire, un dialogue complice entre le père et le fils. Un conte philosophique, où tous les conformismes, les petites et grandes bassesses de notre temps sont épinglés avec humeur et humour. Un roman picaresque, où l'on voit nos deux compères faire mille rencontres tour à tour cocasses et bouleversantes : aubergistes accueillants, femmes amoureuses, oncles socialistes, animaux savants et aventuriers en tous genres. Un art poétique, celui du dialogue, la conversation souveraine : c'est le français tel qu'on le parle, le naturel qui revient au galop. Enfin un traité de savoir-vivre qui vous enseigne, au passage, l'art de goûter un vin ou de conquérir un homme, une éthique qui prend à rebrousse-poil les idées reçues. Bref, un grand et gros roman, débordant de goûts, d'odeurs, d'idées et de musique, la musique d'un style que l'on reconnaîtrait entre mille.

  • Pour toujours

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 5 Septembre 1984

    Ils sont quatre : Richard Jacquet, Charles Brander, David Lipsky et Annie Longchamp. Quatre qui rêvent de bouleverser l'ordre désespérant des choses. Car nous sommes à Paris, dans les années 60, et tout semble possible aux intrépides. Vingt ans après, une très jeune fille débusque Richard Jacquet à Los Angeles où il cache sa solitude et son désenchantement. Provocante, elle l'interroge avidement sur son histoire, réveillant en lui des souvenirs qu'il croyait morts, depuis qu'il avait fui sa femme, et la France. Mais que fait cette jeune fille à Los Angeles ? Qui l'envoie ? Et qui sont ces tueurs qui rôdent dans son sillage ? Pour sauver sa vie, Richard Jacquet revient en Europe. Il revoit certains de ses proches, notant au passage les traces de la lâcheté, de la trahison et du mensonge. Mais il retrouve aussi la force vitale qui unissait autrefois leurs quatre destins en un seul. Pour toujours. Et voici rassemblés les reflets d'une époque que le désordre des moeurs et les à-coups de l'Histoire avaient rendue indéchiffrable.

  • La terreur

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 12 Mai 1987

    Assez souvent, les écrivains sont les auteurs de ce que vous lisez au revers de leurs livres, n'hésitant pas à se couvrir d'éloges. Voilà pourquoi j'ai préféré laisser le champ libre à Sade : "Ce n'est pas toujours en faisant triompher la vertu qu'on intéresse ; il faut y tendre bien certainement autant qu'on le peut, mais cette règle, ni dans la nature, ni dans Aristote, n'est nullement essentielle dans le roman, n'est même pas celle qui doit conduire à l'intérêt ; car lorsque la vertu triomphe, les choses étant ce qu'elles doivent être, nos larmes sont taries avant que de couler ; mais si, après les plus rudes épreuves, nous voyons enfin la vertu terrassée par le vice, indispensablement nos âmes se déchirent et l'ouvrage nous ayant excessivement émus, ayant, comme disait Diderot, ensanglanté nos coeurs au revers, doit indubitablement produire l'intérêt qui seul assure les lauriers."

  • La demi-soeur

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 22 Janvier 1997

    Dans les derniers jours du socialisme, en 1994. François Mitterrand confesse en public son passé vichyste. Au même moment, deux personnes qui n'avaient aucune raison de se rencontrer vont se découvrir père et fille. D'un côté, Adrienne, dite Adra, jeune femme libre, corps d'adolescent et révolte à la bouche, qui travaille comme serveuse et joue de la musique. De l'autre, Jules Marolles, affairiste entêté mais juste, proche du pouvoir, dégoûté des hommes et conscient qu'il meurt d'un cancer. Contre ses trois fils - trio sans scrupules formé d'un trafiquant d'armes, d'un ministre socialiste, et d'un journaliste au sourire de crapule - le père décide de léguer une partie de sa fortune à Adra... La demi-soeur est à la fois le roman des affaires, description acide des allées du pouvoir, et le roman de la jeunesse d'aujourd'hui.

  • De 1981 à 1995, les années Mitterrand auscultées par un esprit critique à travers notamment des saynètes et des citations des trois tomes de Verbatim de Jacques Attali. Des photographies d'une époque où ne vécurent que ceux qui, la haine de classe au coeur, luttèrent.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Elles s'appellent Magda, Helena, Grazyna, Irena, Beata. Elles habitent à Varsovie, à Gdansk, à Wroclaw. Elles sont paysannes, ouvrières, commerçantes, actrices, religieuses, prostituées, voleuses, riches ou pauvres. Ce sont les Polonaises d'aujourd'hui. Gérard Guégan les a rencontrées. Il a parlé et vécu avec elles. Il a partagé leurs espoirs et leurs craintes. Il a écrit, par elles et pour elles, un livre sur leur peuple. Ce peuple de Pologne qui va ébranler le monde.

  • Soudain, l'amour

    Gérard Guégan

    • Grasset
    • 12 Mars 2003

    Fils d'un universitaire communiste appartenant à l'Etat major du « colonel Rol », chef des FFI, Maxime Périer-Lagrange est né dans les catacombes de Paris, le 18 août 1944. C'est sous le nom de Max Logane qu'il deviendra un célèbre professeur de philosophie et dramaturge dans les années 68, avant de disparaître des radars de la Révolution en se retirant en Ardèche après quelques années clandestines d'activisme radical. A cinquante-sept ans, « hanche foutue, aorte en perdition », cheveux blanchis et démarche hésitante soutenue par une canne, Max revient à Paris pour rencontrer Meyer, ancien « camarade de combat » devenu producteur, qui lui a commandé le scénario d'un film de fiction TV sur Stendhal. Les héros sont fatigués : jusqu'à quel compromis sont-ils parvenus lorsque le cours de l'Histoire ne s'est plus accordé à leurs rêves ? Mais voilà que le vieux révolutionnaire blasé, cynique et machiste, autoproclamé « dilettante » et « dérisionniste », rencontre Jenny Monfray et sa soeur Laura. La première, professeur de gymnastique frappée d'hémoptysie, sur laquelle plane la menace d'une tumeur maligne, lui fait découvrir qu'il est encore capable de mettre sa vie en jeu pour une cause - fût-elle plus stendhalienne que marxiste. La deuxième, jeune militante de Lutte Ouvrière, lui permet de se délivrer du fardeau de sa mémoire, celle notamment de Carla la Chilienne, qu'il a aimée et dénoncée à tort, et qui finira morte par overdose. Des anciens camarades ou de jeunes admirateurs béats et bêtas surgissent au gré des rencontres de Max : « c'est le défaut de tous les stendhaliens, nous sommes nos meilleurs personnages ». Double mise en abîme : celle de Stendhal propulsé dans le Paris de la campagne Jospin-Chirac pour les élections présidentielles de 2002, et celles de 68 au miroir du XXIème siècle. Le scénario de Logane ne cesse de se réécrire au gré des épisodes de sa vie présente : une maille à l'endroit du XIXème, une maille à l'envers de 1968, tricotant brillamment, à coups de dialogues vif-argent et de réparties-éclair, le roman de notre époque.

  • Suite du roman Père et fils. Ulysse, fils de Lucas et petit-fils de Nicolas, attend avec impatience le jour de son anniversaire. Autour de lui, les personnages s'aiment, se déchirent, parlent de politique, de philosophie, ressassent les rancoeurs.

  • C'est l'histoire d'un homme qui apprend sur le tard que la fräulein qu'il a aimée, du temps de sa jeunesse, lui avait caché qu'elle était la soeur du patron des services secrets est-allemands, Markus Wolf... Jusqu'alors, quand il pensait à elle, et il y pensait souvent, il ne s'étonnait que de certaines choses malaisément explicables. Telle l'autorisation qu'elle lui avait obtenue de pouvoir pénétrer dans le secteur soviétique de Berlin... Ou sa naissance, pour le moins étrange, dans le sud de la France au printemps 1940... De sorte que tout y passe : les camps pour " étrangers indésirables ", le bombardement de Dresde, Marseille pendant la guerre d'Algérie, Cuba qui se confond avec une chimère, mais aussi le premier baiser, un rock endiablé, et une baignoire remplie d'alcool clandestin. Mais plus l'homme creuse ses souvenirs, plus il constate que le passé est lourd de secrets. Et voilà comment, voulant corriger l'Histoire, il se met à écrire une histoire, la sienne : l'histoire d'une époque, et celle d'un couple éphémère qui eut vingt ans en 1960.

  • « Entre nous, s´interroge Aragon, notre histoire, c´est quoi ? Un coup de foudre ? - La vraie question, répond Mahé, ce n´est pas de savoir si c´est un coup de foudre, la vraie question c´est de se demander s´il y aura un lendemain. J´ai envie de te répondre que oui mais, tu le sais, nous sommes des clandestins et nous sommes condamnés à le rester. » En septembre 1952, Aragon a cinquante-cinq ans, et Mahé, vingt-huit. Le premier, figure du grand écrivain, siège aussi au comité central du Parti communiste. Le second est un émissaire du Kominform venu à Paris pour veiller au bon déroulement d´un procès politique d´importance. Très vite, entre Aragon et Mahé, une passion se noue en même temps que se multiplient les complots, les mensonges, les chaussetrapes. C´est que, dans cette France de l´après-guerre où les communistes tiennent le haut du pavé, il est impossible à Aragon comme à Mahé de s´afficher pour ce qu´ils sont.
    Comment s´aimer ?
    Comment s´aimer alors sans se renier ?
    Telles sont les questions auxquelles Gérard Guégan nous confronte avec finesse et émotion.

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