• Opposer les scientifiques à un " public prêt à croire n'importe quoi " - et qu'il faut maintenir à distance - est un désastre politique. " Ceux qui savent " deviennent les bergers d'un troupeau tenu pour foncièrement irrationnel. Aujourd'hui, une partie du troupeau semble avoir bel et bien perdu le sens commun, mais n'est-ce pas parce qu'il a été humilié, poussé à faire cause commune avec ce qui affole leurs bergers ? Quant aux autres, indociles et rebelles, qui s'activent à faire germer d'autres mondes possibles, ils sont traités en ennemis.
    Si la science est une " aventure " - selon la formule du philosophe Whitehead -, ce désastre est aussi scientifique car les scientifiques ont besoin d'un milieu qui rumine (" oui... mais quand même ") ou résiste et objecte. Quand le sens commun devient l'ennemi, c'est le monde qui s'appauvrit, c'est l'imagination qui disparaît. Là pourrait être le rôle de la philosophie : souder le sens commun à l'imagination, le réactiver, civiliser une science qui confond ses réussites avec l'accomplissement du destin humain.
    Depuis Whitehead le monde a changé, la débâcle a succédé au déclin qui, selon lui, caractérisait " notre " civilisation. Il faut apprendre à vivre sans la sécurité de nos démonstrations, consentir à un monde devenu problématique, où aucune autorité n'a le pouvoir d'arbitrer, mais où il s'agit d'apprendre à faire sens en commun.

  • Nous avons changé d'époque : l'inéluctabilité du bouleversement global du climat s'est désormais imposée. Pollution, empoisonnement par les pesticides, épuisement des ressources, baisse des nappes phréatiques, inégalités sociales croissantes ne peuvent plus être envisagés de manière isolée. Le réchauffement climatique a des effets en cascade sur les êtres vivants, les océans, l'atmosphère, les sols. Ce n'est pas un " mauvais moment à passer " avant que tout ne redevienne " normal ". Mais nos dirigeants sont incapables de prendre acte de la situation. Guerre économique oblige, notre mode de croissance, irresponsable, voire criminel, doit être maintenu coûte que coûte. Ce n'est pas pour rien que la catastrophe de La Nouvelle-Orléans a frappé les esprits : la réponse qui a été apportée - l'abandon des pauvres tandis que les riches se mettaient à l'abri - apparaît comme un symbole de la barbarie qui vient, celle d'une Nouvelle-Orléans à l'échelle planétaire. Mais dénoncer n'est pas suffisant. Il s'agit d'apprendre à briser le sentiment d'impuissance qui nous menace, à expérimenter ce que demande la capacité de résister aux expropriations et aux destructions du capitalisme.

  • Depuis qu'elles existent, les sciences dites exactes se prétendent différentes des autres savoirs. Comment comprendre cette prétention ? Faut-il, à la manière des épistémologues anglo-saxons ou de Karl Popper, tenter d'identifier les critères qui la justifient ? Peut-on, suivant le modèle nouveau des études sociales des sciences, y voir une simple croyance ? Ce livre propose un dépassement fructueux de l'opposition, apparemment irréconciliable, entre ces deux approches des sciences.
    Depuis qu'elles existent, les sciences dites exactes se prétendent différentes des autres savoirs. Comment comprendre cette prétention ? Faut-il, à la manière des épistémologues anglo-saxons ou de Karl Popper, tenter d'identifier les critères qui la justifient ? Peut-on, suivant le modèle nouveau des études sociales des sciences, y voir une simple croyance ? Ce livre propose un dépassement fructueux de l'opposition, apparemment irréconciliable, entre ces deux approches des sciences. Et si la tension entre objectivité scientifique et croyance était justement constitutive des sciences, enjeu des pratiques inventées et réinventées par les scientifiques ? Réussir à parler des sciences avec humour, sans en faire un objet de vénération, ni de dénonciation, en restant au plus proche de la passion des scientifiques, tel est ici le pari d'Isabelle Stengers. Mais ce livre ne se limite pas à un discours sur les sciences. Il s'agit bien plutôt de prolonger l'histoire de leur invention. Comment comprendre les liens multiples entre la science et les pouvoirs qui la mobilisent aujourd'hui ? Comment concevoir les rapports entre science, expertise et démocratie ? La nouveauté de L'invention des sciences modernes est de faire de ces différents problèmes intellectuels, pratiques et politiques les enjeux du processus par où pourrait s'inventer et se renouveler l'identité même des sciences.

  • Les scientifiques se sont sentis insultés par le refus des sociologues de considérer qu'ils entretenaient un rapport privilégié avec la Vérité et la Réalité. C'est là l'origine de " la guerre des sciences " dont un moment important a été l'affaire Sokal. Mais, au moment, les scientifiques se trouvent confrontés à un problème plus grave. Leur ancienne alliance avec l'État est rompue. Il leur demande de se rapprocher des industriels et de se soumettre à leurs intérêts. Selon Isabelle Stengers, les scientifiques sont en mauvaise posture car s'ils ont bien raison de ne pas accepter la manière dont les sociologues relativistes parlent " mal " d'eux, ils n'ont pas su de leur côté, trouver les mots pour décrire la spécificité de leur travail. Il arrive aussi qu'un troisième acteur surgisse : le " public " comme on l'a vu dans le cas des OGM. Tout cela dessine un nouvel environnement (une nouvelle écologie) dans lequel les scientifiques doivent travailler. Si il y a quelque chose de commun à toutes les pratiques scientifiques, c'est qu'elles sont capables de dire " quelque chose de nouveau sur le monde ". Elles le " peuplent " avec de nouveaux êtres. Pourquoi faudrait-il que, simultanément, ceux qui défendent les sciences " vident " le monde de toutes les autres pratiques qui n'ont ni la même histoire ni les mêmes ambitions ? Comment, en conséquence imaginer un plan d'immanence qui permette la coexistence des pèlerins de la Vierge et des praticiens des sciences, sans transcendance, c'est-à-dire sans un point de vue qui trie, juge et ordonne ?

  • L'ambition de ce livre, et elle est grande, est de faire vivre à son lecteur, qu'il soit ou non philosophe, le trajet fulgurant qui, en quelques années, a transformé le mathématicien Alfred North Whitehead en philosophe spéculatif.
    De la pierre grise que je vois là jusqu'à la création du Dieu qu'exige la cohérence spéculative, il s'agit bel et bien de cette "libre et sauvage création de concepts" associée à la philosophie anglaise par Deleuze et Guattari dans Qu'est-ce que la philosophie ? Mais "sauvage" signifie d'abord ici l'humour d'une mise à l'aventure de tous les "nous savons bien" qui rassurent, et l'expérimentation tranquille des concepts qui portent à leur plus haut degré, pour les faire converger, liberté et contrainte, audace et obligation.
    De l'aventure, nul ne devrait ramener une doctrine ou un mode de pensée unanime ; plutôt, différent pour chacun, un certain goût pour les questions qui mettent en risque, et une grande indifférence aux mots d'ordre qui prétendent nous dire comment penser.

  • " Il est prouvé que... ", " du point de vue scientifique... ", " objectivement, les faits montrent que "... Combien de fois de telles expressions ne scandent-elles pas le discours de ceux qui nous gouvernent ? Car depuis que nos sociétés se veulent démocratiques, le seul argument d'autorité quant à ce qui est possible et ce qui ne l'est pas provient de la science. C'est cette fausse évidence, cette étrange identification des pouvoirs et des sciences qu'Isabelle Stengers conteste ici de manière radicale. Elle s'intéresse à l'image que la science donne d'elle-même : celle d'un savoir neutre et " objectif ", chargé de dissiper les préjugés en dévoilant la vérité. En analysant la manière dont les sciences et les pouvoirs répondent à certaines questions -; qu'est ce qu'une drogue ? Qu'est-ce qu'un microbe ? Comment guérit-on ? -;, elle montre que cette image correspond plus à une légende dorée qu'à la réalité de la science " telle qu'elle se fait ". Et que loin de s'opposer, science et démocratie sont liées de manière cruciale. Car la rationalité s'est toujours construite en contestant les rapports d'autorité et les modes de légitimation dominants. Pour Isabelle Stengers, l'impuissance actuelle des citoyens face aux mutations imposées par le formidable pouvoir de la technoscience n'est pas une fatalité : une autre vision de la science -; à laquelle ce livre entend contribuer -; peut permettre de concilier rationalité et démocratie.

  • Like fast food, fast science is quickly prepared, not particularly good, and it clogs up the system. Efforts to tackle our most pressing issues have been stymied by conflict within the scientific community and mixed messages symptomatic of a rushed approach. What is more, scientific research is being shaped by the bubbles and crashes associated with economic speculation and the market. A focus on conformism, competitiveness, opportunism and flexibility has made it extremely difficult to present cases of failure to the public, for fear that it will lose confidence in science altogether. 
    In this bold new book, distinguished philosopher Isabelle Stengers shows that research is deeply intertwined with broader social interests, which means that science cannot race ahead in isolation but must learn instead to slow down. Stengers offers a path to an alternative science, arguing that researchers should stop seeing themselves as the 'thinking, rational brain of humanity' and refuse to allow their expertise to be used to shut down the concerns of the public, or to spread the belief that scientific progress is inevitable and will resolve all of society's problems. Rather, science must engage openly and honestly with an intelligent public and be clear about the kind of knowledge it is capable of producing. 
    This timely and accessible book will be of great interest to students, scholars and policymakers in a wide range of fields, as well anyone concerned with the role of science and its future.

  • Officiellement, en Europe, l'heure est au dialogue, à la confrontation des expériences, et qui dit dialogue et confrontation des expériences semble dire « bonne volonté », volonté d'échanger et de comprendre. En fait, et cette constatation sera le point de départ de notre texte, cette bonne volonté officielle rend plus visible encore la rupture de communication entre deux politiques qui, face à la question de la drogue et de la toxicomanie, polarisent l'espace européen.

  • Officiellement, en Europe, l'heure est au dialogue, à la confrontation des expériences, et qui dit dialogue et confrontation des expériences semble dire « bonne volonté », volonté d'échanger et de comprendre. En fait, et cette constatation sera le point de départ de notre texte, cette bonne volonté officielle rend plus visible encore la rupture de communication entre deux politiques qui, face à la question de la drogue et de la toxicomanie, polarisent l'espace européen.

  • De longue date, les sciences dites « humaines et sociales » ont eu l'ambition d'appliquer à leurs objets les mêmes critères de rigueur scientifique que les sciences dites « exactes ». Mais les hommes et les sociétés sont des « objets » bien différents des neutrinos ou des bactéries, et les pratiques scientifiques, quand elles prétendent s'y appliquer, subissent une redoutable transformation : armé de concepts - croyance, motivation, opinion, habitude et même culture -, le scientifique rationnel cherche à se différencier des objets humains ou sociaux qu'il décrit ; ce faisant, il ne peut que les réduire et donc les disqualifier dans leur complexité. Quitte ensuite à invoquer l'humaine vertu de tolérance pour nous exhorter à respecter les croyances ou les convictions qui échappent au savoir scientifique. C'est contre cet abus de pouvoir et cette faiblesse qu'Isabelle Stengers s'élève dans ce livre. Elle plaide pour que les sciences dites humaines et sociales abandonnent leurs fausses ressemblances avec les sciences dites « dures ». Ces dernières ont fait converger science et technique, pouvoir de connaître et pouvoir de transformer ; il appartient peut-être aux sciences « molles » de les faire diverger... Cette approche permet à l'auteur de proposer ici une synthèse des investigations menées dans les six premiers volumes de « Cosmopolitiques » : elle tente de répondre à la question cosmopolitique, celle de savoir comment et à quel prix les pratiques modernes, qui ont mis à jour les microbes et les électrons, les pratiques techniques, qui créent un autre ordre de savoirs, et les pratiques non modernes, qui font intervenir des êtres surnaturels, pourraient coexister en paix. Une paix qui ne serait pas d'indifférence ou de tolérance, car production de savoirs et production de relations y seraient indispensables.

  • We think we know what healers do: they build on patients' irrational beliefs and treat them in a `symbolic' way. If they get results, it's thanks to their capacity to listen, rather than any influence on a clinical level. At the same time, we also think we know what modern medicine is: a highly technical and rational process, but one that scarcely listens to patients at all.
    In this book, ethnopsychiatrist Tobie Nathan and philosopher Isabelle Stengers argue that this commonly posed opposition between traditional and modern medicine is misleading. They show instead that healers are interesting precisely because they don't listen to patients, using techniques of `divination' rather than `diagnosis'. Healers construct genuine therapeutic strategies by identifying the origins of symptoms in external forces, outside of the mind of the sufferer. Modern medicine, for its part, is characterized by empiricism rather than rationality. What appears to be the pursuit of rationality is ultimately only a means to dismiss and exclude other forms of treatment.
    Blurring the distinctions between traditional and modern practices and drawing on perspectives from across the globe, this ethnopsychiatric manifesto encourages us to think in radically new ways about illness, challenging accepted notions on the relationship between sufferer and symptom.

  • De Françoise Balibar à Barbara Cassin, de Mona Chollet à Marcelle Stroobants, en passant par Benedikte Zitouni et d'autres femmes chercheuses et universitaires, témoignages, anecdotes, événements de parcours dans les chemins de la " pensée " et de la place singulière qu'elles y occupent.
    Les femmes ne sont jamais contentes. À témoin, Virginia Woolf qui appela les femmes à se méfier de l'offre généreuse qui leur était faite : pouvoir, comme les hommes, faire carrière à l'université. Il ne faut pas, écrivit-elle, rejoindre cette " procession d'hommes chargés d'honneurs et de responsabilités " ; méfiez-vous de ces institutions où règnent le conformisme et la violence.
    Vinciane Despret et Isabelle Stengers se sont posés la question : qu'avons-nous appris, nous les filles infidèles de Virginia qui avons, de fait, rejoint les rangs des " hommes cultivés " ? Et comment prolonger aujourd'hui le cri de Woolf, " Penser nous devons ", dans une université désormais en crise ?
    Ces questions, elles les ont relayées auprès d'autres femmes. Leurs témoignages ont ouvert des dimensions inattendues. Elles ont raconté des anecdotes, des perplexités, des histoires, des événements ou des rencontres qui les ont rendues capables non seulement de dire non et de résister, mais de continuer à penser et à créer dans la joie et dans l'humour. Et surtout, ces femmes, comme toujours, ont fait des histoires...

  • Dénoncer l'horreur économique ne suffit pas : si la dénonciation était efficace, le capitalisme aurait disparu depuis longtemps... Ce système destructeur tente de nous paralyser en activant des alternatives infernales, du type : " Si vous demandez des droits supplémentaires, vous favorisez les délocalisations et le chômage. "D'autres peuples ont appelé cela un système sorcier. Ce n'est pas une métaphore, mais la meilleure façon de nommer l'emprise du capitalisme sur nous. Pourquoi avons-nous été si vulnérables ? La croyance dans le " progrès " n'aurait-elle pas nourri notre impuissance ? Comment se protéger collectivement ? Ce livre s'adresse à celles et ceux qui refusent la résignation. Il affirme l'importance politique de collectifs capables de créer de nouvelles manières de résister et la nécessité d'une culture d'apprentissage et de relais.

  • Léon Chertok est d'abord un héros de la résistance au nazisme. Arrivé en France juste avant la Seconde Guerre mondiale, il est né dans le shtetl de Lida en Litwakie. Il apprend illico le français et rejoint la section juive de la MOI (Main-d'oeuvre immigrée, organisation proche des communistes) ; il procédera avec succès au sauvetage d'enfants juifs menacés de déportation. C'est ainsi que son parcours croise celui de Leopold Trepper et de l'Orchestre rouge.
    Dès la guerre terminée, devenu psychiatre et psychanalyste, il découvre la puissance inexpliquée de l'hypnose, alors bannie des institutions. Son nouveau combat sera de faire reconnaître cette pratique thérapeutique jusqu'au sein de la psychanalyse. Il gagnera à sa cause des philosophes comme Isabelle Stengers et Didier Gille avec qui il écrira ses mémoires. Sans jamais céder ni au stalinisme ni aux impératifs de la guerre froide, il restera sa vie durant un empêcheur de penser en rond.

  • Le compromis qui a longtemps assuré aux chercheurs le minimum d'indépendance vitale est mort. L'économie de la connaissance est dépendante des intérêts privés. Un plaidoyer pour la slow science auquel répond, en miroir, et à un siècle de distance, un brillant pamphlet du philosophe William James. Comme le
    fast food, la
    fast science, c'est vite fait, pas bon et pas très digeste ! Une économie spéculative - avec ses bulles et ses krachs - s'est emparée de la recherche scientifique : les chercheurs doivent intéresser des " partenaires " industriels, participer aux jeux guerriers de l'économie compétitive. Conformisme, compétitivité, opportunisme et flexibilité : c'est la formule de l'excellence. Mais comment poser publiquement la question d'un désastre lorsque l'on ne veut pas que le public perde confiance en " sa " science ? Les mots d'ordre comme " Sauvons la recherche " font consensus, alors qu'ils ne posent surtout pas la bonne question : " Mais de quoi faut-il la sauver ? "
    Ce livre montre que les chercheurs doivent cesser de se prendre pour le " cerveau pensant, rationnel, de l'humanité ", refuser que leur expertise serve à faire taire l'inquiétude de l'opinion, à propager la croyance en un progrès scientifique inéluctable capable de résoudre les grands problèmes de société. Et qu'ils auraient avantage à nouer des liens avec un public potentiellement intelligent et curieux, c'est-à-dire aussi à produire des savoirs dignes de cette ambition.

  • Les techniques de " divination " traditionnelles s'opposent à celles du " diagnostic " médical. Elles nous obligent à repenser une psychopathologie enfin scientifique. Ce livre, devenu une référence depuis sa première parution en 1995, est un véritable manifeste de l'ethnopsychiatrie. Édition augmentée de deux textes.
    Nous croyons savoir ce que font les guérisseurs : ils s'appuient sur les croyances (irrationnelles) des patients et agissent de manière " symbolique " ; s'ils obtiennent des résultats, c'est grâce à leur capacité d'écoute. Nous croyons aussi savoir ce qu'est la médecine moderne : une médecine très technique, rationnelle, mais trop peu à l'écoute des patients. Dans ce livre, Tobie Nathan et Isabelle Stengers montrent que cette opposition est trompeuse. Selon Tobie Nathan, les guérisseurs sont intéressants justement parce qu'ils n'écoutent pas les patients : les techniques de " divination " s'opposent à celles du " diagnostic ". En interrogeant l'invisible, en identifiant ses intentions, ceux-ci construisent de véritables stratégies thérapeutiques dont les guérisseurs africains sont des virtuoses. La médecine moderne se caractérise, elle, par son empirisme et non pas par sa rationalité. Le thème de la rationalité sert à combattre les autres techniques de soin.
    Ce livre, véritable manifeste de l'ethnopsychiatrie, bouleversera tous ceux qui ont affaire avec le soin et la médecine. Au-delà, l'objectif du psychologue et de la philosophe est de nous obliger à repenser le rapport entre la culture occidentale et les autres. Cette nouvelle édition est complétée avec deux textes où les auteurs répondent à leurs contradicteurs.

  • Les histoires classiques de la chimie se partagent en deux périodes bien tranchées : un âge préscientifique, celui des alchimistes aux pratiques occultes et des artisans obscurs, puis un âge scientifique " sérieux ", qui voit la multiplication des lois et des découvertes, à la source d'immenses progrès techniques. Ce genre d'épopée positiviste, hérité d'un temps où la chimie était la science de pointe, paraît bien vieilli aujourd'hui. Mais peut-on encore écrire l'histoire de la chimie sans tomber dans les clichés traditionnels ? Cet ouvrage tente l'aventure : il présente la chimie comme une science en quête d'identité, hantée par la question de sa nature, de son rang dans l'encyclopédie. La chimie est une histoire, toujours en marche, jalonnée de spectaculaires conquêtes et de dures batailles pour la dignité et la reconnaissance. Une fresque pleine de surprises et de rebondissements, que les deux auteurs, s'appuyant sur des années de recherche, ont réussi à rendre passionnante, sans rien abandonner de la rigueur historique et scientifique.

  • We think we know what healers do: they build on patients' irrational beliefs and treat them in a `symbolic' way. If they get results, it's thanks to their capacity to listen, rather than any influence on a clinical level. At the same time, we also think we know what modern medicine is: a highly technical and rational process, but one that scarcely listens to patients at all.
    In this book, ethnopsychiatrist Tobie Nathan and philosopher Isabelle Stengers argue that this commonly posed opposition between traditional and modern medicine is misleading. They show instead that healers are interesting precisely because they don't listen to patients, using techniques of `divination' rather than `diagnosis'. Healers construct genuine therapeutic strategies by identifying the origins of symptoms in external forces, outside of the mind of the sufferer. Modern medicine, for its part, is characterized by empiricism rather than rationality. What appears to be the pursuit of rationality is ultimately only a means to dismiss and exclude other forms of treatment.
    Blurring the distinctions between traditional and modern practices and drawing on perspectives from across the globe, this ethnopsychiatric manifesto encourages us to think in radically new ways about illness, challenging accepted notions on the relationship between sufferer and symptom.

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