• " J'aurais voulu entrer dans la maison de South Broadway, à Nayack où elle vivait, mais il fallait une autorisation. Je me suis contenté d'entrer dans le jardin. J'ai regardé les arbres. Je me suis assis sur les marches de la cuisine. Une femme est sortie. Elle avait un petit chapeau et un sac. Elle a fermé la porte à clef. Derrière les rideaux, il n'y avait personne. "

  • "Amoureux de la belle Madame de Chasteller, Lucien Leuwen s'asseyait chaque nuit sur une borne, face à ses persiennes vert perroquet et fumait de petits cigares en pensant à elle - sans savoir qu'à l'abri de ces mêmes persiennes, Madame de Chasteller, qui l'aimait déjà " de toutes les forces de son âme", respirait à travers un tuyau de papier réglisse "qu'elle portait à ses lèvres comme Leuwen faisait de ses cigares".Je suis ici comme Leuwen sur sa borne, face à des persiennes fermées. Au hasard des rencontres et des curiosités, dix femmes vont s'y asseoir l'une après l'autre. Je n'ai pas de petit cigare. Elles n'ont pas de papier réglisse et le jeu s'inverse. C'est à moi d'entendre leur souffle et de respirer avec elles." Jacques Tournier Jacques Tournier, traducteur de Carson MacCullers et de Francis Scott Fitzgerald, a notamment publié : Retour à Nayack (Complexe), Jeanne de Luynes (Mercure de France) et Promenades Café (Belfond). Son dernier roman, La Maison déserte, est paru chez Calmann-Lévy en 1998.

  • "Ne vous retournez pas, dit-il en la rejoignant, et ne m'écoutez pas. Je suis quelqu'un qui n'a pas eu d'enfance et qui aime parler seul. "Que cherchez-vous ?" m'a demandé votre mari le premier jour. Je lui ai répondu : "Des élèves." Je mentais. C'est vous que je cherchais. Peut-être vous avais-je aperçue à travers une vitre ou la portière d'une voiture, sans savoir qui vous étiez. Et j'ai marché dans les rues de Lemberg, j'ai marché pendant quatre jours, retenu malgré moi, refusant de rentrer à Vienne, sans comprendre pourquoi. Aujourd'hui je pars pour un an. Je pars et je vous aime. Non, non, continuez à ne pas m'écouter. Je pars et je voudrais ne pas partir parce que je vous aime et que votre absence me fait peur, mais c'est pour vous prouver mon amour que je pars."

  • - Il est temps, dit-elle.Elle se lève, touche le mur de sa maison avec un peu d'appréhension, essayant de lui faire entendre qu'elles sont seules désormais, attachées l'une à l'autre, et qu'il faudra se supporter. Pour être tout à fait aveugle, elle se bande les yeux avec un foulard. Elle s'attaque d'abord aux poignées, celles des portes et celles des fenêtres, leur emplacement, leur hauteur. Elle passe ensuite aux commutateurs, plus sournois à localiser. En tâtonnant le long des murs, elle sent de petits renflements suspects, qui s'effritent lorsqu'elle les touche, et c'est un plaisir sous ses doigts. Après les pièces du rez-de-chaussée, elle s'engage dans l'escalier. Elle lève très haut les genoux en comptant les marches une à une. [.] Lorsqu'elle arrive sur le palier, elle cherche sa chambre, s'arrête brusquement, dénoue son foulard.- A quoi joues-tu ? dit-elle avec un petit rire forcé.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « Demain, je rends les clefs. Je n'emporterai qu'une image : cette histoire de Jonas, du lit qu'il s'était fait dans le ventre de la baleine. Je me souviens de chaque mot : "Ni jumeaux, ni siamois, ni rien de tout ça, qui est double. On était un seul. Et c'était sans fin." Voilà ce que Serge avait été pour Julia. Voilà ce qu'elle était pour moi. Mais quand la mort survient en tiers ? Quand la baleine vous recrache ? Il se passe alors ce que j'ai vu ici, le froid qui commence, qui dévore les pieds, monte le long des jambes, s'attaque aux genoux. Et puisque rien n'est double, on n'est déjà plus là. »

  • Le marché d'Aligre

    Jacques Tournier

    • Grasset
    • 27 Février 2013

    Quarante ans les séparent. Marie et le narrateur partagent une même passion pour la musique. Elle veut devenir costumière. Il est écrivain. Il rencontre Marie grâce à Vermeer. Peu à peu, à travers le temps et l'espace, une amitié particulière se déploie et une affection sincère les lie.A plus de soixante ans, l'écrivain trouve en elle une famille, qu'il n'a jamais eue. Il sera son confident, et l'accompagnera, silencieux, telle une ombre, dans ses peines et des joies.

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