• Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c'est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n'aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.

  • Qu'est-ce qu'un bébé ?
    Pourquoi si peu de bébés dans la littérature ?
    Que faire des discours qui les entourent ?
    Pourquoi dit-on "bébé" et pas "le bébé" ?
    Qu'est-ce qu'une mère ? Et pourquoi les femmes plutôt que les hommes ?

  • Une femme écrit au fond d'une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu'elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu'elle tentait de soigner un homme.

  • Truismes

    Marie Darrieussecq

    Difficile d´écrire son histoire lorsqu´on habite dans une porcherie et, qui plus est, lorsqu´on est devenue une truie. Car telle est l´extraordinaire aventure de la narratrice de cette fable terriblement sensuelle, qui se métamorphose sous les yeux stupides de son ami Honoré, prend du poids, se découvre une soudaine aversion pour la charcuterie, se voit pousser des seins surnuméraires, et finit, bien obligée, par quitter la parfumerie dont elle était l´hôtesse très spéciale...
    Tantôt humaine, tantôt animale, elle erre dans les égouts et dans les jardins publics où elle se nourrit de débris végétaux, elle met bas ses porcelets, devient l´égérie du futur président de la République avant d´être la maîtresse d´un très séduisant loup qui se nourrit de livreurs de pizzas et manquer finir sa vie dans l´assiette de sa propre mère.
    Derrière ces aventures porcines se profile une société aux prises avec un extrémisme obsessionnel de la vie saine mais de fait corrompue, une vaste ferme des animaux où les achats se règlent en Euro ou en Internet Card, où charlatans et fous mystiques se disputent le pouvoir.
    Le récit de cette modification se double donc d'un conte moral où l'oeuvre d'imagination affiche ses intentions de satire sociale. Se plaçant d'emblée sous l'égide de Knut Hamsun, de la glèbe et de la sauvagerie attenante à l'humain, la narratrice, truie endiablée, permet au lecteur de renouer avec des plaisirs de lecture qui viennent de très loin.

  • Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. Il se trouve que lhomme est noir. « Cest quoi, un Noir ? Et dabord, cest de quelle couleur ? » La question que pose Jean Genet dans Les Nègres, cette femme va y être confrontée comme par surprise. Et cest quoi, lAfrique ? Elle essaie de se renseigner. Elle lit, elle pose des questions. Cest la Solange du précédent roman de Marie Darrieussecq, Clèves, elle a fait du chemin depuis son village natal, dans sa « tribu » à elle, où tout le monde était blanc.

    Lhomme quelle aime est habité par une grande idée : il veut tourner un film adapté dAu cur des ténèbres de Conrad, sur place, au Congo. Solange va le suivre dans cette aventure, jusquau bout du monde : à la frontière du Cameroun et de la Guinée Équatoriale, au bord du fleuve Ntem, dans une sorte de « je ntem moi non plus ».

    Tous les romans de Marie Darrieussecq travaillent les stéréotypes : ce quon attend dune femme, par exemple ou les phrases toutes faites autour du deuil, de la maternité, de la virginité... Dans Il faut beaucoup aimer les hommes cet homme noir et cette femme blanche se débattent dans lavalanche de clichés qui entoure les couples quon dit « mixtes ». Le roman se passe aussi dans les milieux du cinéma, et sur les lieux dun tournage chaotique, peut-être parce quon demande à un homme noir de jouer un certain rôle : dêtre noir. Et on demande à une femme de se comporter de telle ou telle façon : dêtre une femme.

  • Rose part en croisière avec ses enfants. Elle rencontre Younès qui faisait naufrage. Rose est héroïque, mais seulement par moments.

  • Clèves

    Marie Darrieussecq

    Clèves raconte l'éveil à la vie amoureuse et sexuelle d'une petite fille, en province, il y a une trentaine d'années environ... Les trois parties du livre respectivement intitulées « Les avoir » (les règles), « Le faire » (l'amour), « Le refaire » (l'amour, encore, bien sûr : une seule fois ne suffit jamais, surtout en l'occurrence), donnent bien la temporalité et la dramaturgie de ce huitième roman de Marie Darrieussecq.

  • C'est au départ une histoire simple, banale et triste. Un homme disparaît. Sa femme l'attend, elle ne se résout pas à sa disparition, elle le cherche. Alors, le monde va se défaire ou, plus exactement s'ouvrir. Il s'ouvre sur son mystère, sur ses niveaux

  • Un simple récit, phrase après phrase sur un cahier, pour raconter la mort de Tom, quatre ans et demi, à Sydney, en Australie. Tom a un grand frère et une petite soeur, il a un père et une mère. C'est elle qui raconte, dix ans plus tard, Française en exil, cherchant ses mots dans les Montagnes Bleues.

  • Le pays

    Marie Darrieussecq

    Un jeune couple, elle attend un enfant, décide de déménager, de quitter Paris pour repartir et s´installer au pays, un pays qui ressemble au Pays basque, c´est là d´où elle vient. Cet enfant à venir, ce temps de la maternité, est l´occasion pour elle d´un retour sur les origines. Elle passe en revue les lieux familiers de son enfance, fait défiler son histoire, sa famille, les névroses familiales, la mère sculptrice célèbre (on pense à Louise Bourgeois) remariée et le père ruiné qui vit au fond du jardin, dans une caravane, questionne la filiation, le frère mort, la folie du frère adopté, l´aïeule. Au fur et à mesure que la grossesse avance, comme en abyme, elle se met à flotter dans son histoire, le pays devenant la matrice de son retour sur elle-même.
    Nous sommes dans un futur proche, dans un monde à peine décalé, ce Pays est tout juste indépendant. Le couple s´installe, circule, il y a des autoroutes, des bords de mer, des souvenirs, une géographie comme sait les faire vivre Marie Darrieussecq, une histoire, une culture, des habitudes étranges.
    Avec un humour très subtil, avec une gravité constamment présente et une précision quasi scientifique, une pensée toujours politique, Marie Darrieussecq, écrivain des sens et des sensations, nous permet d´éprouver toute la métaphysique des origines, la question de la filiation : est-ce qu´on échappe à son destin, est-ce qu´on quitte un pays, est-ce qu´on l´habite, qu´est-ce qu´on doit au passé? Et nous fait partager depuis l´intérieur les bouleversements physiques et métaphysiques qu´opère l´attente d´un enfant.

  • Le mal de mer

    Marie Darrieussecq

    Après l'école, la petite reste une heure ou deux chez sa grand-mère, en attendant que sa mère vienne la chercher. Elle goûte en regardant des documentaires à la télévision.
    Ce jour-là, la robe que porte sa mère est différente. Et au lieu de rentrer à la maison, les voilà qui s'embarquent toutes deux sur l'autoroute.
    Elles arrivent au bord de la mer. Les recherches ont déjà commencé.

  • White

    Marie Darrieussecq

    Où? Au Pôle Sud.
    Quand? Dans un futur proche.
    Qui? Un homme et une femme.
    De l´aventure! Du froid! Du chaud! Des spectres! Des bons et des méchants! De l´amour!

    Jusqu´à quel point faut-il se débarrasser des fantômes pour faire l´amour?

  • La famille Johnson : Jeanne, l'aînée des trois soeurs, qui vit à Buenos Aires ; Anne, à Paris ; et Eléonore, dite Nore, encore chez sa mère ; leur père, John, un Anglo-Irlandais qui vit à Gibraltar ; et leur mère, une Basque, qui s'est remariée, sans pour autant avoir réussi à vendre la maison familiale.
    Nous sommes dans leur cerveau.
    Il y a un fantôme.

  • Rapport de police

    Marie Darrieussecq

    L'accusation de plagiat est peut-être l'archétype de l'accusation littéraire, une tentative de meurtre symbolique, qui réussit parfois. Ce Rapport de police étudie les attaques des dénonciateurs ; et aussi, d'Apollinaire à Zola, de Freud à Mandelstam, de Daphné Du Maurier à Paul Celan, les réactions des accusés.
    La plagiomnie - la calomnie plagiaire - manifeste une surveillance de la fiction, qui passe par la notion de crime, voire de blasphème, et pose la question du sacré en littérature.
    C'est cette surveillance, qui vaut pour toute écriture non appropriée, dont est retracée ici la longue histoire, de Platon au goulag.

  • Publié à l'occasion du Mal de mer, ce court texte est la description minutieuse de phénomènes marins, dont on ne sait s'ils sont tous avérés ni s'ils relèvent du scientifique ou du poétique. Peut-être plus du poétique que du scientifique, en fait. Quelques pages pour que la réalité s'y développe, enfle, gronde jusqu'à générer de bien curieuses images.

  • « Je sens en moi une trame douce, vibrante, un battement d'ailes tremblant au repos, retenant son souffle. Quand je serai vraiment capable de peindre, je peindrai ça. » Lorsqu'elle écrivit ces mots, Paula Modersohn-Becker (1876-1907) n'était pas encore une artiste, mais une jeune femme aspirant à le devenir. Bien consciente des limites qui l'entravaient encore, mais résolue à ne pas céder sur son dessein (...). C'est cette obsession de la vérité qui a frappé Marie Darrieussecq la première fois qu'elle s'est trouvée face à un tableau de l'artiste allemande : sur la toile figurent une mère et son enfant qui « se câlinent du bout du nez », et dans cette scène de tendresse, « ni mièvrerie, ni sainteté, ni érotisme : une autre volupté. Immense. Une autre force. Tout ce que je savais en regardant cette toile, c'est que je n'avais jamais rien vu de tel ». Autant qu'un récit biographique, nourri des lettres et des écrits personnels de Paula M. Becker - morte à 31 ans, dix-huit jours après avoir donné naissance à sa fille, Mathilde -, c'est une réflexion sur son geste esthétique que mène Marie Darrieussecq dans cet opus précis, épuré, profond. Une interrogation sur la nouveauté et le secret de l'intensité de cette peinture sans ombre ni perspective, centrée sur le motif féminin, à laquelle s'est vouée celle qui fut par ailleurs l'amie de Rilke et de son épouse, la sculptrice Clara Westhoff ». Nathalie Crom, Télérama, 12 avril 2016. Marie Darrieussecq a contribué à l'exposition consacrée à Paula Modersohn-Becker par le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (avril-août 2016). Première du genre, celle-ci a rassemblé une centaine de tableaux ainsi que des carnets et lettres de l'artiste. Elle a mis en valeur l'importance de Paris dans la vie et la formation de la jeune Allemande, qui y a rencontré les plus grands : Rodin, Cézanne, Gauguin, le Douanier Rousseau, Picasso, Matisse.

  • Liz et Will se réfugient chez May et Man. Ils arrivent, avec leurs deux enfants, d'une ville assiégée, et ils n'ont plus d'essence. C'est la guerre. May et Man vivent près de la côte, ils essaient de maintenir leur Musée malgré les restrictions. Il leur reste quelques poissons, un poulpe et une " chose ", Bella : un objet vivant non identifié, une bête marine à mi-chemin du lamantin et du revenant. Bella est belle et elle bêle, Bella est monstrueuse et pleure comme un bébé. May et Man, sur cette bande-son, essaient de rester neutres, à cultiver leur jardin malgré les milices locales. Mais les bombardements se rapprochent, et Will et Liz, et leurs enfants, apportent aussi la guerre.
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  • "Dans ce pays où la raison et les coutumes régissent tout, les villageois les plus censés semblent soumis à la présence de forces irrésistibles. Si Claire avait vécu loin de la forêt - loin du pouvoir étrange des forêts - son destin aurait-il été différent prise entre deux hommes et deux désirs ?" M.D. "Je n'ai pas été élevée dans l'idée de la révolte. Mais ma famille était peut-être légèrement différente des familles locales. Le mot révolte, d'ailleurs, est fort. Si je n'ai pas épousé le garçon qui m'était, de toute évidence, destiné, ce n'était pas par esprit de rébellion. Il me semble aujourd'hui encore que ce refus était un acte, le simple acte de choisir ; disons alors : un acte d'amour. Mais les gens d'ici ne l'ont sans doute pas interprété de cette façon." M.D.

  • Zoo

    Marie Darrieussecq

    Marie Darrieussecq a rassemblé quinze nouvelles publiées ici où là, ou inédites, écrites depuis 20 ans, souvent sur commande, entre deux livres dont elles pourraient aussi, parfois, être des chapitres inattendus. Elles ont en commun son sens du fantastique, son goût pour les sciences pas toujours exactes, son humour, et un art consommé du suspens. Anticipations, rêveries, elles mettent en scène beaucoup d´animaux, mais pas seulement : des humains très spéciaux leur tiennent une compagnie déconcertante.

  • « Je m'appelle Rome, et mon frère s'appelle Rio. On a des noms un peu bizarres parce que ma mère dit que Rome est la plus belle ville du monde et mon père dit que c'est Rio. »  Un jour, après l'école, quand la baby-sitter s'en va, le père de ces deux enfants démarre une machine à laver. Hélas, celle-ci se met à fuir... Dégât des eaux en vue ! Pendant que le père descend chez la voisine, le frère et la soeur prennent l'ascenseur, et se retrouvent dans la rue, « juste pour deux minutes », pour aller acheter des bonbons. Or, la rue, quand on mesure à peine un mètre, ça peut faire peur... Et quand le marchand n'accepte pas la pièce en papier doré pour payer les bonbons... il y a de quoi pleurer. Et, d'espérer vite retrouver ses parents !
     Un livre réjouissant qui tente de saisir le vertige éprouvé par les enfants devant le gigantisme de la vie quotidienne et les malentendus dus aux mots des adultes.

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