• J'étais heureux, j'étais libre, je transportais aux quatre pôles ce bonheur et cette liberté. Qui se parle ainsi à soi-même ? Et pourquoi toutes ces lumières, ce soir, autour de celui qui se parle ? Qui sont ces hommes rassemblés, au nombre de douze, jeunes ou moins jeunes, qui l'entourent et partagent avec lui ce grand repas qu'il offre, retrouvailles étranges et solennelles, où regards, paroles, complicités s'échangent, mais dans la commémoration de quoi ? Un à un, il les observe ; il sait qu'il va mourir et, plus fort encore, il les observe. De chacun, tour à tour, il retrouve la voix, le visage, les attitudes, et alors ressurgissent les rencontres, ce qu'il a vécu auprès de ces destins qu'il ne connaissait pas, croisés au fil d'une itinérance dont il sait à présent la fin ultime : celle qui est au bout de toute vie. Car de la mère, qui donne la naissance, à l'amant qui transmet un mal cruel, le cadeau de l'amour n'est-il pas la mort ? On ne se trompera pas sur l'importance de ce livre : Jean-Baptiste Niel, poète, romancier, a écrit là un roman poignant et superbe, métaphore terrible et scandaleuse, au sens noble, de notre condition humaine.

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