• Isabelle ne sait ce qu'elle est. Elle aime. Elle veut se venger. Les chambres de la nuit sont celles de tout le monde. L'histoire, le drame du livre est simple et banal comme un fait divers. L'angoisse et le désir de vengeance la tiennent debout. Isabelle survit. Ce roman est le roman du quotidien de chacun, celui des fausses pistes empruntées chaque jour dans le domaine de l'amour. Isabelle a deux amants, le fils puis le père, médecins englués dans le réseau des conventions. René-Alain Roux, romancier, approche la psychologie de ses personnages en saisissant directement l'atmosphère des situations. Les chambres, ces lieux où tout finit, où tout commence, miroirs gris des rêves perdus. C'est un roman-film réussi que j'ai lu en demi-teinte sous les projecteurs d'un style franc, direct, clinique. Une porte d'espérance reste entrouverte à la fin du roman pour que tout puisse se réanimer. Audibert fils revient de New York pour retrouver son père dans sa chambre d'hôpital. Isabelle vient de sortir de cette chambre de la nuit. La mort approche. Le père est mort. Le fils vient de pénétrer dans l'hôpital. Isabelle a vu la mort. Quelques étages séparent les deux anciens amants. La mort peut rassembler. Isabelle a vécu à son insu dans sa tête et son corps le roman de son échec, la vaine vengeance du coeur. René-Alain Roux, romancier, est médecin dans la vie de tous les jours et s'offre le regard de l'observation vivante prise sur le vif de sa vie et des pérégrinations médicales. René-Alain Roux est l'homme romancier de ce regard mais les personnages de ce roman ne sont pas sa vie. Chaque matin, René-Alain Roux se met à sa table de travail pendant une heure et trente minutes. Il branche son imagination, son capteur d'échos, suit son plan de travail, et là s'accomplit l'écriture naturelle des Chambres de la nuit.

  • « Il faisait froid quand, ce jour-là, je refermais la porte de mon appartement. La mauvaise saison était venue tout de suite après l'été, et, en me réveillant un matin, j'avais su qu'il n'y aurait pas d'automne. Tout avait changé en une nuit. Un soir il avait plu, et le lendemain nous étions en hiver ; avec l'eau qui tombait des toits, les trottoirs humides, et toute cette grisaille qui allait durer six mois. J'avais toujours mon contrat au Perroquet Bleu et, chaque soir, je me rendais dans ce petit cabaret de filles et de musique, là-bas, un peu plus loin, tout au bout de ce vieux quartier où il n'y avait plus que nous et les pauvres. On l'appelait, je ne savais pourquoi le Quartier des Roses. Peut-être en souvenir du temps où ses habitants rêvaient encore, du temps d'avant qu'ils ne comprennent ; d'avant qu'il ne devienne une simple enclave de la banlieue sud, dans laquelle, la nuit venue, on hésitait à se rendre. Pour mieux le séparer de la ville, les urbanistes l'avaient ceint d'immeubles de verre et d'acier ; et les banquiers s'étaient approprié son épargne. Une fois, j'en avais rencontré un de ces banquiers, maintenant vieilli et venu voir les filles du cabaret ; et il m'avait expliqué comment, sa carrière durant, il avait escroqué les petits épargnants, et je me souviens qu'il souriait en me racontant cela. »

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