Epique



  • « La foudre alors gronda dans les cieux froids et sourds.
    Satan rit, et cracha du côté du tonnerre. »

    Victor Hugo

  • Diderot, qui n´a cessé de s´interroger sur la nature des événements et sur les limites du langage, a fini par produire une philosophie des singularités dans laquelle la question du moi occupe une place importante. Cette aventure intellectuelle et artistique constitue l´objet du présent essai. Trois questions l´organisent : Comment dire les singularités ? Qu´est-ce que le moi selon Diderot ? Quel rôle jouent les fictions et la création littéraire dans cette exploration du monde humain ? On découvre ainsi un penseur attentif à la variété des expériences et soucieux de ne pas trahir le réel. Paradoxalement, cette exigence le conduit, après d´autres, à inventer des fictions d´un type particulier, comme Jacques le fataliste, Le Neveu de Rameau ou Le Rêve de D´Alembert. C´est précisément pour définir cette catégorie d´oeuvres que Franck Salaün a forgé le concept de fiction pensante.

  • Dès leur parution, Les Fleurs du Mal provoquèrent un tel scandale que le recueil dut être repensé en entier. La seconde édition du livre, considérablement augmenté en réaction à son immédiate défiguration, mit quatre ans à paraître. De cette infortune, Baudelaire fit une vertu. On connaît la suite : il ne cesserait dès lors plus de revenir sur ses poèmes, n´écrivant jamais qu´en se retournant sur soi-même. Ce besoin de retoucher l´oeuvre antérieure, non pas en vue de l´embellir mais de la détériorer, il faut vraisemblablement en chercher l´origine dans la sanction qu´on lui infligea dès le départ. Nulle part cette correction n´est plus apparente que dans ses Petits Poèmes en prose qui se présentent d´abord comme la copie ironique et dégradée des grands poèmes en vers. En apparence inachevée, cette réplique agressive n´en possède pas moins une unité qui lui est propre. De fait, quel que soit l´objet sur lequel Baudelaire choisit d´intervenir, c´est toujours de son écriture qu´il s´agit au fond, de son oeuvre dont la maîtrise semble lui échapper, à mesure qu´il cherche à l´achever : comment finir, par quel moyen boucler ce qu´il n´a eu de cesse de désigner comme un pendant à son unique recueil ?
    Cette inlassable et systématique intervention en prose sur sa propre matière poétique, cette repensée baudelairienne, est au centre de l´essai que Jean-Louis Cornille consacre aux Petits Poèmes en prose, une oeuvre sans nom.

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