Éditions Triptyque

  • Femme de peu de durée, l'auteure s'attache à faire l'inventaire d'un monde qui se dérobe sous ses doigts : objets épars et incomplets, restes d'émotions, bouts de récits entendus ou inventés, bribes de conversations.

    La poésie de l'inventaire est celle de la liste et du défaut, de l'ascèse et de la fabrication. L'écriture qui demeure se fait alors décompte (inventaire), possibilité (invention) et argument (inventio).

  • Quatorze poètes vivants, sept femmes et sept hommes de différentes générations, sont réunis dans cette anthologie de poésie argentine contemporaine. Les saveurs, les couleurs, les sonorités de l'Argentine tout comme les luttes politiques, les enjeux actuels et les grands événements qu'a vécus le pays durant les quarante dernières années sont présents dans la voix de ces poètes.
    Il s'agit de voix à la fois originales et uniques. Le regard porté vers l'Europe ou vers l'Argentine profonde, parfois vers le passé, parfois vers le futur, ou encore décidément ancré dans le présent, chacun des poètes puise dans son expérience de vie ; le quotidien, le désarroi, le sentiment d'éloignement tissent le fil conducteur sur lequel s'enchaînent leurs poèmes.
    Le lecteur y découvre au fil des pages les thèmes, les préoccupations, le ton de la poésie argentine contemporaine, représentée par ces quatorze voix poétiques : Laura Yasan o Yaki Setton o Alberto Szpunberg o María Belén Aguirre o Jorge Boccanera o Irene Gruss o Sandro Barrella o Elena Anníbali o Fernando Noy o Alicia Genovese o Esteban Moore o Griselda García o Anamaría Mayol o Jorge Aulicino

  • L'amour guerrier
    qui jette sur le fer
    les camarades du voyage du sommeil
    les frères errants et les chiens maigres
    s'efforce à mouiller rouge la terre
    on le regarde au loin entraîner les saisons
    on refuse sa croisade d'enfants mal enchantés

  • D'une caresse patentée est un recueil sur la figure du père. Plus précisément le père de l'autrice, ouvrier, taciturne, qu'elle a tenté de mettre en mots afin de comprendre sa tristesse, son désir de fuir. Elle extrait des images restées là, dans le coeur, dans les larmes, dans l'attente d'une réelle rencontre avec lui. Des illustrations accompagnent le recueil, réalisées pour la plupart à partir de photomatons. Ces dessins au graphite font écho aux poèmes. Mais à l'insu de la poète, le portrait de ce père serait-il, au fil de l'écriture, devenu un autoportrait ?

  • Friselis sur l'onde. Quelques lignes sur le lac est un recueil de haïkus et dessins. À chaque poème de Jacques Boulerice est associé un dessin de May Bery. Le jumelage texte-image et la structure d'ensemble sont une création originale de Madeleine Ghys, qui signe d'ailleurs le texte d'introduction.
    Madeleine Ghys a composé l'ouvrage comme une courtepointe, en glanant dans plusieurs cahiers remplis d'écritures manuscrites. D'un côté, des petits poèmes transcrits à la main dans les calepins de Jacques Boulerice. Trois lignes pour chaque poème, comme il se doit pour un haïku. De l'autre, des écritures asémiques dans les carnets de May Bery. En quelques lignes, ces dessins calligraphiques font image.
    En feuilletant tous ces cahiers, un thème s'imposait : celui de l'eau. Alors que les poèmes de Jacques Boulerice mettent en scène un environnement d'eau, de nuages, de forêts ou de vie sauvage, les dessins de May Bery font apparaître ces paysages.

  • On peut imaginer que Billy-Ray Belcourt entend la poésie comme Audre Lorde la concevait, c'est-à-dire comme une « distillation révélatoire de l'expérience », une exploration honnête des sentiments qui se transforment, par l'action du texte, en « terreau fertile pour les idées les plus radicales et les plus audacieuses ». Les sentiments évoqués par Belcourt sont ceux de la queeritude : l'autochtonité et le genderfuck sont exprimés comme une performance souvent ratée par le poète qui ne parvient pas à trouver de corps qui soit compatible avec le sien, à l'ère des applications de rencontre comme Grindr, pour un véritable partage érotique et émotionnel. Changer le monde : voilà le projet dans lequel la poésie de Belcourt, par sa forme autant que par son propos, est engagée activement et frontalement. On peut donc placer Belcourt dans cette lignée de poètes autochtones canadiens tels Virginia Pésémapéo Bordeleau, Beth Brant, Natasha Kanapé Fontaine, Daniel Heath Justice, Leanne Betasamosake Simpson et Gregory Scofield qui, dans leurs oeuvres, formulent l'érotisme comme un aspect de la résistance décoloniale.

  • Chaux

    Joël Des Rosiers

    La chaux est l'encre des écrits divins. C'est donc à un Dieu à la main coupée, à ce point humain, que tout poète s'adresse comme limite de tout savoir. Plutôt que de prendre la parole, Joël Des Rosiers a voulu être enveloppé par elle, être porté par elle. La tentation est grande de se tourner vers ses poèmes antérieurs, ses champs de parfums et de sonorités, le gaïac, les savanes, le vétiver. Cela reviendrait à ignorer les traces d'une fulgurance plus ancienne : une terre vivante, une chaleur organique, la chaux, entre délire et prophétie, était entrée en lui dès les premiers jours, dans cet espace du dedans.
    Avec Chaux, le même poème différent se continue en déjouant toute attente. L'écriture en est plus avide, plus déchiquetée, plus rapace. Plus dévêtue aussi. Si parfois les thèmes s'estompent, c'est pour revenir plus tard, à coups de visions, sous la forme de leitmotiv, affermis, mais non identiques. Le livre est divisé en trois parties : Iles (os du bassin), incarnation intensément marquée par la biologie ; Voiles, pour dire l'inquiétude d'une apparition autant que d'une disparition ; et enfin Batteries, qui clôt la démarche du héros épique au rythme des « tambours furieux ». Ces répétitions, variations, coupures et retours en arrière permettent de retrouver un poème enchanté, un chant indigène. Comme si toute l'oeuvre était placée sous le signe du poudroiement de la chaux.
    Depuis l'écriture divine sur les murailles de chaux, tant de poètes ont assumé les enjeux de fécondité de la chaux, mortier humble et universel de l'humanité. Tantôt en se réfugiant dans « une maison solitaire et chaulée » (Pessoa), tantôt en exaltant « les magnificences de la chaux » (Saint-John Perse). La parole passe, de poème en poème. Il y a dans ce livre un moment de vérité où la vocation originale du poète lui est révélée : « Je n'ai plus de souffle », écrit-il dans une sereine indifférence. Foudroyante ellipse, à peine soulevée de l'enfance où l'air manquait, qui célèbre un geste et condense toute la charge éperdue de Chaux.

  • Carpe et chienne est l'occasion pour Janis Locas - reconnue déjà pour la vivacité de son écriture dans La maudite Québécoise - de repousser les limites des genres dans une variété de textes parcourant les extrêmes de l'humeur.

    Le lecteur traverse en même temps que l'héroïne de singuliers moments de dépression, d'euphorie et de psychose, sans savoir où le mène cette expérience littéraire et humaine aussi déconcertante qu'inédite.

    La plus grande partie de ce carnet, rassemblant des textes inclassables qui chevauchent la poésie, le récit et la prose libre, est née durant une période de manie, alors que l'auteure ignorait encore être atteinte de maladie bipolaire. C'est par choix qu' elle a laissé une dimension étrange, parfois chaotique, à la forme finale de l'ouvrage.

  • J'ai souffert, c'est banal. Mon stage personnel chez les humains se déroule sans tragédie, pour le moment. Néanmoins, la douleur sans plaie existe, la douleur des craquements post-relationnels existe. En tant que stagiaire perpétuel chez les êtres humains, il m'arrive de commenter, dans le cadre d'un rapport, le kaléidoscope en forme de corps grave de mes passions.

  • La singerie

    Bruck Julie

    Le regard compatissant et précis grâce auquel ses livres précédents ont retenu l'attention se retrouve de nouveau dans le troisième recueil de Julie Bruck, Monkey Ranch. Qu'est-ce qui est suffisant, qu'est-ce qui suffira? C'est la question que posent tous les poèmes de ce recueil, qui mettent en scène un mandrill, une femme d'âge moyen, un quartier de Bagdad brisé, un mariage de longue durée et même une cuillère prise avec ce dilemme.

  • Tropico Nouv.

    Avec une poésie à la frontière du récit, Marcela Huerta réfléchit, dans Tropico, à la position instable qu'elle occupe en tant qu'immigrante chilienne de deuxième génération, en disséquant crûment sa relation complexe avec son père défunt, un homme parfois comique, parfois antipathique, souvent fuyant, la figure de proue d'un passé, d'une histoire et d'un pays insaisissables pour l'autrice. En se tenant à la frontière de l'amour et de la rancoeur, Huerta investit une parole poétique plurielle qui ne cache pas la précarité qui accompagne tous les deuils. Douce-amère, la poésie tragicomique de Huerta se lit comme on regarde un album-photos : l'un après l'autre, les souvenirs donnent à lire une fresque intime qui, dans l'intimité de la mémoire, révèle les impacts psychiques et politiques des traumatismes intergénérationnels.

  • Avec Simoun, Robert Berrouët-Oriol aborde les vastes espaces du désert sahélien à l'arpentage de la matrice féconde du Poème. Dans une langue finement ciselée, il fait ample décours

    sur la mer de sable
    sous les tentes nomades
    la cérémonie des trois thés est rituel des recommencements
    chaque grain sableux y trouve sa voie
    et les Touaregs célèbrent denses paroles tamasheq à la fois neuves et vieilles
    transmises au défilé des siècles

    Simoun est également une longue fresque d'amour adressée à l'Amande, comme pour conjurer son absence au plus près des « mains peintes de l'alphabet des grands vents sahéliens ».

  • Le soubresaut d'un homme muré dans son chagrin, au moment de fouiller ses poches en quête de signes vitaux, telle est l'amorce de cette méditation.

    Et qu'on me pardonne de vendre la mèche au bout de l'équipée que ce livre déploie, d'éventer le triomphe à l'arrachée de la vie sur la mort, à l'âge où le désir de faire un enfant s'impose comme une orchidée sur la pierre de nos ruines.

  • Les crapaudines sont des pierres précieuses que l'on croyait issues de la tête du crapaud. Elles sont en réalité des dents fossilisées de squales. Les poèmes qui nous sortent de la tête révèlent une sauvagerie antédiluvienne.

    Shakespeare invoque la crapaudine pour mettre en valeur les bénéfices que nous pouvons retirer de l'adversité et de l'exil, le vieux duc rend grâce d'échapper à la cohue, ce qui lui permet de recueillir les voix dans les arbres (dans les forêts du Saguenay et de Finlande), de voir des livres dans les ruisseaux (avec des empreintes d'encre qui flottent sur l'eau - des suminagashi) et aussi d'entendre la leçon des pierres. Le crapaud, c'est une société brutale et cupide, où les hommes se laissent séduire par l'étoffe rouge du langage : ils se prêtent au jeu des façons d'être duquel peuvent surgir des moments de poésie.

    Ce recueil se termine avec quelques élégies.

  • Ici, le poème sonde des paysages de bois cassé où des bêtes agonisentet l'on s'évade par le rêve des décors socants de la maison, de la fabrique ;ici, l'écriture naît du rapport à l'autre pour qui et avec qui on invente le désir : ses lieux, sa maison tactile, sa maison de vre, de s rares et de mots.

  • Une part du monde met du temps à mourir en moi l'enseveli devient laboratoire d'aspirations des noms adorés se hasardent fort-de-france le temple la ligne parfaite des palmes quand le corps s'incline à la fenêtre je vis à l'étranger

  • Stand by

    Valérie Bourdon

    Stand by est le mouvement d'amour d'une voix qui cherche à approcher le corps du père, cerné ici à partir de ses failles et de ses fatigues. Ces moments de désoeuvrement sont recueillis comme de précieux instants où quelque chose se trouve délié et où il

  • Simplement se souvenir de l'existence des rivières, des montagnes, de son nom et de son corps qui s'absentent un peu plus chaque jour ; malgré la pluie, elle avance direction Mémoire, franchit la distance qui la sépare des mots abandon, simplicité, au fond d'une barque aussi trouée que l'idée qu'elle se fait de la mort, le rouge de ses joues, sa bouche, cette façon d'entrouvrir l'horizon, de crier dans sa tête : « regardez-moi, enfin j'existe ».

  • Cette lumière dans la paume, on ne l'espérait plus. Ces couleurs qui s'étirent sans se perdre. Toutes choses qui, soudain, semblent se connaître entre elles. Une oie blanche sur fond blanc... Et l'on retrouve ses premiers battements de coeur. Il n'y a plus de vitre entre soi et le monde. Un continent qu'on avait cru lointain nous traverse.Dans ce cinquième livre, Joanne Morency explore une voix plus inclusive, passant du sentiment de deuil individuel à l'affranchissement collectif de toutes les séparations qui accablent l'humain.

  • EXTRAIT et voici que bateleur des sens je te recouds rituelle grammaire sous les plages secrètes de ma langue et me profile neuve cuvée d'incises à ta semblance voyelles nues la gorge tatouée de syllabes crépues et par tracées de luettes je reprends ma l

  • Je cherche. Mes mains déplacent l'obscur. Tel un manuscrit qu'on déplie, la couleur s'allonge. Les pigments, arrachés à la terre, s'échappent de mes doigts. Alors surgit l'oeuvre en résidence. Une proximité avec la lumière de Bortoletti, marchand de Venise, avec la sensualité et la ponctuation des mots de Werner qui nomment à la main le silence de chaque chose. À l'heure la plus prometteuse, l'image s'écrit aux sources primitives du Cobra. Chaque fois j'apprends, dans l'éclaircie de l'atelier, la dignité du sol et des épices.

  • Sylvestre est la quête d'un père qui veut transmettre à ses enfants le désir de réinvestir le pays. Une quête poétique qui cherche à établir des ponts entre ce qu'était hier et ce que sera demain. Un poème/mythe aussi, qui cherche à raviver l'amour du territoire, de ses forêts, de ses rivières, de ses rêves : de la ville à la poésie, de la parole contée au feu de camp, des grands-parents aux petits-enfants. Une grande place est, enfin, accordée à l'imagination, au réinvestissement des mythes, au renouveau du monde, au rythme de la parole.

  • Il peut nous sembler qu'une porte est fermée, comme un coeur peut l'être. Des mains chercheuses s'activent cependant, dans les directions contradictoires propres à l'époque. Sous la canicule - voire l'effroi - le mystère pourtant demeure et un obscur enchantement.

    C'est pourquoi l'auteur ici suggère :

    Va dans le jour.
    Va dans le jour.

    Garde le Fou par-devers toi.

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