Editions Champ Vallon

  • Tout commence ici avec la naissance du judaïsme après lexil à Babylone, la formation du corpus biblique, ainsi que lélaboration dune Loi religieuse qui parvient à maturité avec le Talmud, alors même que les Juifs saffranchissent des cadres historiques partagés avec les peuples voisins. Une histoire dune longue durée singulière souvre alors, dont ce livre retrace les principales étapes : lAntiquité, le Moyen Age, la première modernité (XVIe-XVIIIe siècles), lâge des nations (1789-1945), pour aboutir au monde actuel, bouleversé de façon irréversible par la Shoah et la fondation de lEtat dIsraël.

    De la mise en place de réseaux pour racheter les captifs dans la Méditerranée médiévale à la participation dun demi-million de soldats juifs de lArmée rouge à la Grande Guerre patriotique (1941-1945), es Juifs sont présentés ici non comme des étrangers à une histoire qui ne cesserait de les emporter, mais comme les acteurs de leur devenir et de celui des sociétés dans lesquelles ils vivent.

    Ce livre aborde aussi la géographie changeante des centres de peuplement juif, les relations avec le pouvoir politique et la société globale, les pratiques culturelles et les représentations mentales. Certaines questions apparaissent récurrentes : les Juifs forment-ils un peuple ou une communauté religieuse ? Quel est leur degré dintégration dans les sociétés où ils vivent en minorité ? Comment les spiritualités juives évoluent-elles dans lhistoire ? Quels rapports les Juifs en Diaspora entretiennent-ils avec la Palestine, dans les siècles passés et depuis le sionisme ?

    Dans cette synthèse collective sans équivalent, vingt-neuf auteurs contribuent à dessiner une image densemble de lhistoire des Juifs, dont ils montrent les caractères originaux tout en linscrivant dans le cours et la dynamique de lhistoire générale de lhumanité. Dans le cadre dune historiographie en constant renouvellement, les questionnements et les acquis les plus récents de la recherche sont mobilisés pour éclairer la place des Juifs dans le passé et le présent. La collaboration de spécialistes dhistoire juive et dhistoriens spécialisés dans dautres domaines permet de contextualiser lévolution des sociétés juives, considérée ici comme lune des facettes de lévolution des sociétés dans lesquelles les Juifs vivent, et à montrer, aussi, comment les Juifs participent à une histoire qui en retour ne cesse pas de les façonner.

  • Varsovie, 19 septembre 1940 : un officier de réserve polonais se fait volontairement arrêter lors d'une rafle par l'armée allemande.
    Son nom : Witold Pilecki.
    Sa mission : être interné dans le camp d'Auschwitz pour y constituer un réseau de résistance.

    Témoin tragique d'une des pages les plus sombres de l'histoire de l'humanité, après presque mille jours passés dans l'antre du crime nazi, il est le premier homme à informer des conditions effroyables de détention à Auschwitz. Constatant qu'aucune intervention extérieure n'est menée, il s'évade au printemps 1943 pour raconter lui-même l'enfer concentrationnaire qu'il vient de vivre.
    « Dire ce que nous ressentions permettra de mieux comprendre ce qui s'est passé » : le Rapport Pilecki constitue la mémoire vive d'un homme qui fut l'un des plus grands résistants de la Seconde Guerre mondiale.

    Arrêté et condamné pour espionnage par les communistes, il est exécuté clandestinement en 1948 à l'âge de 47 ans.

  • Comment dire lextraordinaire diversité du monde des religieux, depuis les premiers temps de lÉglise primitive jusquà laube du XXIe siècle ? Face aux difficultés à en cerner la complexité et lévolution, une clarification et une synthèse savéraient depuis longtemps scientifiquement nécessaires.
    LHistoire des ordres et congrégations religieuses de Sophie Hasquenoph a lambition doffrir létude historique, culturelle et juridique du monde religieux qui manquait. Menée sur le long terme, elle permet de définir la nature spécifique des religieux à travers le prisme de lévénementiel et denrichir la chronologie par une véritable analyse historique et culturelle.
    Après une approche générale du monde régulier et séculier, qui définit clairement lidentité du religieux à travers loriginalité de sa vocation, sa façon de vivre au quotidien et sa relation avec la société environnante, le lecteur suivra lévolution des familles religieuses au Moyen Âge, aux Temps modernes et à lépoque contemporaine, dans le cadre plus large de lhistoire de lÉglise de France. Les héritages, les permanences et les ruptures, à lheure des grandes crises comme les guerres de Religion, la Révolution française, la séparation de lÉglise et de lÉtat, donnent toute leur dimension et leur sens aux réussites, aux tâtonnements et aux fragilités, voire aux échecs, de telle ou telle expérience religieuse conduite à travers les siècles. Mais, du moine bénédictin jusquau « petit gris » daprès 1968, du jésuite missionnaire à la religieuse à cornettes des temps modernes, ce livre révèle la continuelle adaptation du monde des religieux et son étonnante permanence jusquà nos jours.

  • Aucune révolution naura entretenu de relations aussi compliquées avec ses images, ses représentations et ses artistes, que la Commune de Paris dès 1871 et jusquà la veille de la Grande Guerre. Quil sagisse de peintures et de sculptures, de photographies et de gravures de presse ou encore de caricatures, étudiées dans cet ouvrage, limage produite en regard de la Commune paraît en permanence échouer à représenter les événements du printemps 1871, sur le vif comme à retardement, au plus fort de lévénement comme dans sa mémoire. La Commune semble toujours parvenir à se soustraire à sa représentation, tant chez les artistes favorables à sa cause le sculpteur Jules Dalou et les peintres Gustave Courbet, Édouard Manet ou Maximilien Luce que chez ceux qui en furent des ennemis déclarés les peintres Ernest Meissonier, Jean-Paul Laurens ou Jean-Baptiste Carpeaux.
    Les tentatives des artistes furent souvent vaines et restèrent lettre morte. Dans les oeuvres consacrées en petit nombre à la Commune de Paris, les dispositifs et les visions portent la marque de cet échec, successivement frappés par les interdits de la censure institutionnelle, les tabous de lautocensure que simposèrent les artistes et loubli posé comme condition nécessaire à lamnistie de 1881, assourdissante et aveuglante.
    Rejetées de lart, par le statut des représentations considérées comme inabouties ou triviales et par le sort infligé à la plupart des artistes condamnés, inquiétés ou censurés, tout autant que durablement expulsées de la mémoire de la France républicaine, les images de la Commune furent marginalisées dans les milieux militants anarchistes, socialistes révolutionnaires et communistes. Entre histoire politique, histoire culturelle et histoire de lart, cet ouvrage explique les raisons de cette entreprise doccultation.

  • Septembre 1715 : Louis XIV est mort. Février 1723 : Louis XV est majeur.
    Entre vie publique et vie privée, entre Versailles et Paris, grandit et se construit un roi-enfant pour lequel rien n'est laissé au hasard. L'ouvrage raconte cette dizaine d'années pendant lesquelles un jeune roi et le Régent ont permis la mutation d'un absolutisme qu'il fallait réformer pour qu'il se poursuive.
    En suivant au quotidien une enfance royale, on voit le nourrisson sortir des affres des maladies enfantines et subir les premiers soins pédiatriques, le garçonnet acquérir des connaissances et former son caractère, le jeune homme instruit affirmer ses préférences dans un contexte d'explosion des progrès scientifiques et de renouveau des arts, jusqu'au moment où Louis XV est majeur, sacré et marié.

    Pascale Mormiche est agrégée de l'Université et docteur en histoire moderne. Elle enseigne à l'Université de Cergy-Pontoise. Spécialiste de l'éducation des princes et des élites, elle a publié : Devenir Prince, l'école du pouvoir en France (xviie-xviiie siècles) Cnrs éditions, 2009 et Naissance et petite enfance à la cour de France avec Stanis Perez, éditions du Septentrion, 2016.

  • Comment l'idée a-t-elle pu venir aux Lumières de souffler de la fumée de tabac dans le derrière des noyés pour les ramener à la vie ? Cette pratique à première vue grotesque est tout sauf un accident de parcours : considérée jusqu'à la mi-xixe siècle comme la meilleure méthode de réanimation, cette insufflation anale a bénéficié d'investissements savants et publics considérables - des boîtes contenant tout le nécessaire à sa mise en oeuvre furent installées le long de la Seine, du Rhône et de la Saône, ou de la Tamise. Plus encore, les discours savants qui introduisirent la préoccupation, alors nouvelle, de la réanimation, regorgent de faits plus étranges les uns que les autres : aux histoires épouvantables d'enterrés vivants répondent des cas étudiés très sérieusement, jusque dans l'Encyclopédie, d'hirondelles ou de cigognes qui hibernent au fond des lacs ou des rivières, ou sur la lune. En remontant le fil de ces récits, Anton Serdeczny aboutit à une conclusion inattendue : leur source est orale, et la science, même celle des Lumières, a pu y puiser pour alimenter de nouveaux champs - comme l'action médicale sur le corps mort.
    Les motifs mis à contribution dans la réanimation des Lumières relèvent de systèmes de représentations orales parfaitement cohérents, et avant tout liés au carnaval. Cette clef anthropologique permet d'expliquer la pratique de l'insufflation de fumée de tabac. Adaptation improbable et involontaire d'un vieux geste carnavalesque, elle tirait son origine et sa puissance d'évocation de sa dimension symbolique : remettre l'âme à l'envers à celui qui est mort dans un monde inversé, sous la surface de l'eau.
    Rarement la recherche des liens entre innovation scientifique et registres culturels a pu être poussée aussi loin, et c'est là tout l'intérêt de cet ouvrage : remettre en cause notre vision des Lumières, et plus encore de la science

    Docteur en histoire de l'EPHE, Anton Serdeczny enseigne l'histoire moderne à l'Université d'Aix-Marseille.

  • Grâce au vivant fourmillement des archives judiciaires, l'auteur étudie comment les catégories populaires du XVIIIe siècle français se sont pensées elles-mêmes comme groupes et comment les individus jusque dans leur rapport le plus intime à leur corps ont construit une image d'eux-mêmes. Mais la manière dont les classes populaires se pensent et se vivent dépend de la manière dont elles sont pensées et parlées par ceux qui ont le pouvoir de définir les places et les parts, par les élites.
    La Nature du peuple est donc également une histoire intellectuelle des types de discours (académiques, moralisants, discours de l'économie politique naissante...) et des types de porteurs du discours sur les catégories sociales ?

  • Les princes de Condé, cousins des rois Bourbons, appartenaient à une lignée de gentilshommes malcontents, où se perpétuaient l'insubordination et le devoir de résistance au souverain. Coutumiers des prises d'armes spectaculaires, ils s'inclinèrent pourtant, après la Fronde, devant la toute-puissance du Roi-Soleil. Aussi le sort de la maison princière parut-il emblématique de celui d'une haute noblesse tombée tout entière "de révolte en servitude". Au-delà de cette image des grands fauves domestiqués, Katia Béguin révèle les motifs de la lente conversion des Condé à l'obéissance, entre le ministériat de Richelieu et le crépuscule du règne de Louis XIV. À la lumière d'archives inédites, elle réexamine les fondements de la puissance d'une famille illustre, en un temps où l'affermissement de l'autorité du roi paraît anéantir toute forme d'influence et de prestige rivale.

  • Pour devenir capitale industrielle de l'Europe continentale, Paris développe entre 1780 et 1830 deux révolutions techniques. La première, biochimique, se déploie grâce à l'humidité ambiante et à la fermentation des matières organiques qui imbibent le sous-sol et la nappe phréatique : la capitale est la principale productrice de salpêtre et assure ainsi près du tiers des besoins en poudre. Peaux, graisses, os, sang, grains, chiffons, poils, verre, ferraille, cendres, ces matières brutes sont collectées, triées et transformées en atelier pour devenir des matières premières de haute valeur travaillées par le corroyeur, le hongroyeur, le chandelier, l'amidonnier ou le boyaudier, le fondeur, l'étameur, le plombier.

  • Capitale de la douleur et des grandes joies collectives, de la révolution et du capital, territoire enchanté des barricades et préfiguration d'un avenir radieux, Paris est pour les communistes français un faisceau de représentations. Ce livre tente d'en dresser l'inventaire, plutôt que de faire l'histoire politique du PCF. Tentative de reconstruction d'un imaginaire: quelles sont les géographies réelles et rêvées du Parti dans Paris? Vie quotidienne des communistes dans la capitale avec des signes d'appartenance, des parcours, des codes différents. Cette brillante étude restitue ainsi la mémoire des communistes dans Paris sur vingt ans et en montre le désenchantement insensible et doux.

  • Au carrefour des paroles, des écritures et du spectacle, Pascal Bastien entend expliquer les rituels de l'exécution dans le Paris du xviiie siècle: bourreaux, condamnés, greffiers et confesseurs partagèrent et échangèrent, avec la foule et les magistrats, un «savoir-dire» du droit qu'on aurait tort de réduire trop simplement à la potence ou au bûcher. Hors des tribunaux, où la procédure était tenue secrète jusqu'au droit révolutionnaire, l'exécution publique fut un moyen de communiquer le droit par une mise en mots et en images du verdict. Elle fut aussi un instrument dynamique et efficace du lien social entre l'État royal et ses sujets; de fait, la peine devint au XVIIIe siècle l'espace et l'instant d'un nouveau jugement, celui des justiciables à l'égard de leur justice. Plus que le châtiment à proprement parler, il s'agit ici de reconstituer et d'analyser les différentes articulations du spectacle de la peine à Paris au xviiie siècle.

  • Comment lire le politique à travers le culte rendu aux grands morts, héros ou martyrs? À l'âge romantique, de la Restauration des Bourbons au retour des cendres de Napoléon (1814-1840), au moment où la dignité des morts est réaffirmée, où les larmes sensibles sont valorisées, Paris résonne de ces deuils dynastiques, étatiques, contestataires, voire insurrectionnels qui disent les fractures et les efforts de réconciliation d'une société avec elle-même.Une génération après la Révolution, en plein apprentissage de la vie parlementaire, les affrontements politiques s'expriment par des panthéons rivaux, des mémoires contradictoires et des rites concurrents. Le deuil des victimes de la Révolution vise à exorciser le régicide dans une improbable expiation nationale. Les funérailles dynastiques des Bourbons (duc de Berry, Louis XVIII) célèbrent le seul sang royal, quand le régime de Louis-Philippe «bricole» un deuil national réconciliateur - celui de Napoléon ou des insurgés de 1830. Au risque de voir se retourner cette mémoire contre lui-même. Dans le même temps, des funérailles d'opposition permettent à des exclus de la politique de pénétrer par effraction dans le cours de l'histoire. Des foules en deuil traversent la capitale et inventent l'«enterrement-manif» autour de la dépouille du général Foy, de Benjamin Constant, du général Lamarque ou de La Fayette. L'impossible deuil des vaincus, de Napoléon aux insurgés tombés sur les barricades, parvient aussi à percer dans l'espace public populaire.À travers ces deuils concurrents, l'ouvrage propose un «étonnant voyage» (Alain Corbin), une immersion complète dans des gestes, des mots, des émotions qui suggèrent une autre manière d'écrire l'histoire politique.

  • C'est au prix d'une généralisation hâtive d'un trait de la sensibilité de son temps que Chateaubriand déclare : "Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines". S'il est en effet des époques où le spectacle des ruines a fait naître une émotion et un plaisir singuliers, il en est d'autres où il n'a suscité qu'indifférence voire horreur. Tout permet de désigner la Renaissance comme le moment où le goût des ruines s'est manifesté pour la première fois en Occident. Cette apparition elle-même peut être interprétée comme révélatrice de l'émergence d'une nouvelle forme de conscience historique.
    Située à la croisée de l'histoire de l'art, de l'esthétique et de la philosophie de l'histoire, cette étude s'attache à l'examen du traitement poétique, pictural et philosophique du motif de la ruine, du début du XIVe siècle à la fin du XVIe siècle et appréhende, à travers lui, la transition d'une approche théologique et allégorique de l'histoire à une conception séculière, prenant pour modèle le cycle biologique de la croissance et du déclin.

  • Il est des mots qui tuent - symboliquement, lorsqu'il s'agit de ruiner la réputation d'un adversaire, ou physiquement, quand le mot d'ordre se fait slogan. Dès lors, s'interroger sur la notion de violences intellectuelles revient à poser la question de la responsabilité de ces professionnels de la parole que sont les intellectuels. Ce livre collectif entend le faire dans la longue durée de l'analyse historienne : de l'attaque ad personam dans la rhétorique romaine à l'imaginaire guerrier des intellectuels contemporains, en passant par les formes de la dispute médiévale ou de la controverse savante à l'époque moderne. Dans tous les cas, il s'agit bien de mettre au jour les règles et les usages de la polémique, mais aussi d'identifier les moments où les règles sont transgressées, remettant en cause l'ensemble du système.
    Textes de Étienne ANHEIM, Vincent AZOULAY, Patrick BOUCHERON, Pascal BRIOIST, Jean-Luc CHAPPEY, Fabienne FEDERINI, Jérémie FOA, Cédric GIRAUD, Charles GUÉRIN, Dominique IOGNA-PRAT, Bernard LAHIRE, Charlotte NORDMANN, Dinah RIBARD, Yann RIVIÈRE, Valérie ROBERT, Nicolas SCHAPIRA, Jacques SÉMELIN, Bénédicte SÈRE, Stéphane VAN DAMME, Laurent-Henri VIGNAUD, Alexandre WENGER.

  • Le 1er janvier 1660, à Londres, un jeune clerc de l'Échiquier se lançait un défi inimaginable : tenir quotidiennement un journal en y consignant non seulement les événements importants, mais aussi les moindres petits détails de sa vie intime, comme par exemple le nombre de harengs mangés dans une taverne ou pourquoi sa femme l'avait menacé d'un tisonnier chauffé au rouge. En dix ans, Samuel Pepys, l'un des écrivains anglais du XVIIe siècle les plus connus après Shakespeare, emplit ainsi six gros carnets d'un Journal qui permet une plongée exceptionnelle dans le quotidien londonien de l'époque.
    Dans un livre unanimement célébré par la critique en Grande-Bretagne et aux États-Unis, Claire Tomalin nous raconte la longue vie (1633-1703) de celui qui va déployer ses talents d'administrateur pour bâtir la marine royale anglaise. En suivant Pepys pas à pas depuis sa petite enfance dans la Cité de Londres jusqu'à sa mise à l'écart de la vie publique, elle expose magistralement la complexité des événements qui se déroulèrent à cette époque trouble du Protectorat de Cromwell, de la Restauration, des guerres contre la Hollande et de la « Glorieuse Révolution ».
    Des sujets aussi variés que la chirurgie, le théâtre, les tavernes, la vie à la cour, la peste, la jalousie et les aventures galantes, les conflits avec les collègues de travail, les justifications devant les commissions parlementaires et les emprisonnements côtoient les anecdotes toujours cocasses qui émaillent la vie du diariste et nous font constater que certains aspects de la vie quotidienne et publique ont finalement peu évolué en trois cent cinquante ans...

    Ancienne rédactrice littéraire du Sunday Times, docteur honoris causa d'une dizaine d'universités anglaises, Claire Tomalin est l'une des biographes les plus reconnues outre-Manche, notamment pour ses ouvrages sur Jane Austen et dernièrement Thomas Hardy et Charles Dickens. Traduite dans le monde entier, elle a obtenu plusieurs prix littéraires, dont le Whitbread Biography Award et le Whitbread Book of the Year pour sa biographie de Samuel Pepys, la seule actuellement disponible en français.

  • À l'aube des temps modernes, les trônes les plus prestigieux de l'Occident furent conviés par leurs thuriféraires respectifs à oeuvrer à l'accomplissement des buts ultimes auxquels aspirait la chrétienté depuis le IXe siècle : l'unité religieuse et politique de l'univers par l'établissement d'une monarchie universelle, la victoire sur l'islam et la constitution sur terre d'un âge d'or de paix et de prospérité qui durerait jusqu'à la fin des temps. C'est en France, dans le royaume du "Fils aîné de l'Église", descendant de Clovis, de Charlemagne et de Saint Louis, que les prophéties médiévales connurent l'essor le plus remarquable. Face aux prétentions des maisons royales d'Espagne, du Portugal et d'Angleterre, et surtout du Saint Empire romain germanique, tous les monarques de la prestigieuse dynastie Très Chrétienne, depuis le règne de Charles VI jusqu'à celui de Louis XIV, furent considérés comme le roi sauveur. Le charisme biblique du souverain français, tout autant que la glorification du royaume comme nouveau territoire du peuple de Dieu, faisait du roi et de ses sujets les instruments privilégiés de la Providence. Cet ouvrage se propose de démontrer la vitalité et l'actualité des idées messianiques, disséminées à travers les pages oubliées des panégyriques courtisans, des livrets consacrés aux cérémonies d'État ou des traités juridiques et prophétiques exaltant la prééminence du royaume de France. Il analyse la contribution des conceptions eschatologiques à la construction de la nation France de la Renaissance au Grand Siècle.

  • Qui a inventé la devise « Travail Famille Patrie » ? Ce ne sont pas les fondateurs du régime de Vichy en 1940. C'est, entre 1932 et 1934, le colonel de La Rocque, chef des Croix-de-Feu, une association d'anciens combattants décorés pour héroïsme pendant la guerre de 14-18. Cette ligue nationaliste est au coeur des polémiques sur l'existence d'un fascisme authentiquement français. Au nom de leurs sacrifices dans les tranchées, les Croix-de-Feu exigent un gouvernement assez fort pour garantir la sécurité de la France contre l'ennemi allemand, mais aussi contre les « ennemis de l'intérieur », communistes et pacifistes. Pour réveiller le patriotisme et intimider l'extrême gauche, les Croix-de-Feu multiplient défilés et rassemblements de plusieurs dizaines de milliers de militants. Ces attroupements sont organisés dans le plus grand secret et impressionnent par leur mise en scène (milliers de voitures en convois, manoeuvres d'avions privés). Les animateurs du Front populaire veulent y voir la préparation d'un coup d'État pour instaurer une dictature fasciste.
    En fait, La Rocque veut faire revivre l'Union sacrée de 14-18 pour réconcilier tous les Français au-delà des divisions sociales et partisanes. Les Croix-de-Feu se sentiraient liés par leur code de l'honneur : leurs exploits guerriers pour la victoire les obligeraient désormais à des exploits civiques pour empêcher toute révolution de type bolchevique. Après l'émeute antiparlementaire du 6 février 1934, La Rocque lance ses hommes dans une croisade caritative contre la misère, dans l'espoir de reconquérir la classe ouvrière. Les soupes populaires remplacent peu à peu les démonstrations de force. En 1936, La Rocque refuse toute riposte lors de la dissolution de son « mouvement » par le gouvernement Blum, puis s'intègre au système institutionnel en créant le Parti social français. Finalement, les Croix-de-Feu refusent le totalitarisme fasciste, parce qu'ils ont encore confiance dans la volonté des Français de se sacrifier pour la Patrie.

  • Crature de Richelieu , fidle ses leons politiques pendant quarante ans de carrire, second personnage de l'tat, matre de la justice et de l'administration, le chancelier Sguier (1588-1672) est l'agent zl de LouisXIII, d'Anne d'Autriche et de Louis XIV, et l'instructeur de fameux procs politiques : Cinq-Mars et de Thou, Fouquet. Sauveur de l'Acadmie franaise, d'une inlassable curiosit intellectuelle, il runit autour de lui le cercle des Messieurs de l'htel Sguier , instrument au service de Dieu et du roi. Dans cette premire tude gnrale depuis 1874, qui met profit les rcentes dcouvertes en histoire de l'art, Yannick Nexon voque aussi la profonde dvotion du personnage. Ce mcne (le nom commun est cr pour lui en 1657) se rvle galement un prodigieux collectionneur qu'exalte le magnifique portrait questre qu'en a fait son protg, Charles Le Brun.

  • Légitimée à défaut d'être légalisée, l'insurrection est un recours possible. Elle comprend des degrés qui permettent d'ouvrir un large spectre à ses différentes manifestations. Entre sens propre et sens figuré, le mot couvre en effet des contestations très variées de formes d'autorité non moins variées. Les contributions réunies dans ce volume prennent en considération celles qui ont une couleur politique et sociale. Leur ampleur chronologique, spatiale et numérique est variable, mais toutes s'inscrivent dans une volonté de contester un pouvoir établi ou une autorité dont on remet en cause la légitimité ou la légalité.
    L'insurrection suggère l'emploi de la violence armée. Elle s'accompagne d'images récurrentes parmi lesquelles la barricade occupe une place centrale. Elle incarne le triomphe de l'occupation de l'espace public par des forces politiques qui s'opposant au pouvoir en place et, depuis l'avènement de la démocratie parlementaire, aux formes légales d'opposition, entendent s'en affranchir. En ce sens, la chose insurrection existe avant que le mot n'apparaisse. Attesté depuis la fin du XIVe siècle, soumis à des éclipses plus ou moins durables, le mot n'a jamais déserté totalement le vocabulaire politique. Et sa dimension parisienne, sans être exclusive, est prépondérante dans l'espace français.
    Certaines séquences ont particulièrement nourri cet imaginaire de l'insurrection, relayées jusqu'à nos jours par une représentation historique qui a mis longtemps à déconstruire la légende pour formuler un discours fondé sur une lecture critique des sources. D'Étienne Marcel à Mai 68 en passant par les guerres de Religion, la Fronde, les journées révolutionnaires, de 1789 à la Commune de Paris, ou le soulèvement d'août 1944, la séquence insurrectionnelle apparaît propice à la production de récits partisans, soucieux de s'emparer de l'événement pour l'enraciner dans la mémoire collective.

    Textes de S. Aprile, T. Bouchet, H. Burstin, J.-C. Caron, Q. Deluermoz, R. Descimon, J.-L. Diaz, J.E Dubois, E. Fournier, E. Fureix, C. Gauvard, L. Godineau, B. Joly, A.D. Houte, G. Mazeau, C. Riondet, M. Riot-Sarcey, M. Traugott, M. Zancarini-Fournel.

  • Les historiens vivent, travaillent et pensent dans la cité. Un mois après le massacre de la rédaction de Charlie, des historiens se réunissent à l'École Normale de la rue d'Ulm, pour penser ensemble comment depuis le XVIe siècle le rire a été une puissante arme politique, utilisée sous diverses formes, de la dérision subtile au rire féroce, en passant par la franche moquerie de l'adversaire. Il est un marqueur d'intelligence, de culture et s'inscrit durant les périodes de violence tel un processus de civilisation, forme de continuation d'une lutte sans effusion de sang... jusqu'à ce que les censeurs et les ignorants tentent de l'interdire ou le tuent, réellement, avant qu'il ne reparaisse, toujours... Tenter d'expliquer les rapports conflictuels entre l'invention du rire et la construction de la politique depuis Machiavel et Rabelais permettrait ainsi d'éclairer les ruptures actuelles d'un monde globalisé où la question du rire politique repose tout simplement celle de la liberté d'expression et de conscience, au coeur d'une cité républicaine meurtrie et à repenser.

  • Composante singulière du débat démocratique depuis deux siècles, la satire politique fait régulièrement l'objet de vives controverses. La caricature en poire de Louis-Philippe constitue un élément fondateur de cette tradition française, saluée en son temps par Victor Hugo ou Stendhal, et figure à ce titre au coeur de nombreuses études et expositions au début de notre XXIe siècle. Son succès exceptionnel invite à la considérer non comme un détail mais comme un objet historique. En antithèse du soleil louis-quatorzien, cette « Poire de processive mémoire » (Baudelaire) incarne une certaine idée de la civilisation bourgeoise, dont le triomphe nourrit encore aujourd'hui l'animosité des satiristes.

    Fabrice Erre est docteur en histoire . Il a participé à l'ouvrage Le Figaro, histoire d'un journal aux Editions du Nouveau Monde et bientôt à La Civilisation du journal à paraître chez le même éditeur. Il est aussi scénariste et auteur de bandes dessinées aux éditions 6 pieds sous terre (Démonax en 2006, Le Roux en 2007, La Mécanique de l'angoisse en 2011).

  • Rarement un tableau aura tant inspiré critiques et historiens, écrivains et historiens de l'art. La littérature consacrée à L'Enseigne de Gersaint - somptueuse évocation d'un riche commerce de tableaux sous la Régence - est immense. Pourtant, le marchand qui se cache derrière le chef-d'oeuvre de Watteau est largement resté dans l'ombre. A-t-il seulement vendu les tableaux et les objets de laque raffinés représentés par le peintre? Sa boutique présentait-elle quelque ressemblance avec le bel espace décrit par Watteau? En un mot, Edme-François Gersaint (1694-1750) est-il le marchand de L'Enseigne? Fondé sur de très nombreux documents d'archives inédits, ce livre rétablit le véritable visage de Gersaint, ami de Watteau et marchand de tableaux, mais aussi vendeur de curiosités naturelles et de chinoiseries, initiateur des ventes publiques avec catalogue telles que nous les connaissons aujourd'hui, éditeur d'estampes et trafiquant de livres libertins. Visionnaire, Gersaint fournissait à ses contemporains le superflu, chose très nécessaire comme l'on sait. Sa boutique, établie sur le pont Notre-Dame à Paris, était remplie de tout un fourbi de marchandises dont la liste est étourdissante: tableaux, dessins et gravures voisinaient avec les objets de laque, les porcelaines de Chine, le thé vert, les curiosités naturelles, les instruments scientifiques. Fréquentée par d'innombrables amateurs, elle a vu défiler les collectionneurs les plus modestes comme les plus illustres, à l'affût de l'objet rare ou de l'oeuvre précieuse. Buffon, la marquise de Pompadour, la reine de Suède comptaient parmi les clients de Gersaint. En imposant sur le marché de l'art français des peintres nordiques peu connus du public, en favorisant l'adaptation des motifs de Watteau dans les arts décoratifs, en promouvant les curiosités naturelles, en particulier les coquillages, et en participant à la diffusion de la création artistique française jusqu'aux confins de l'Europe, Gersaint a écrit une page de l'histoire du goût.

  • Courte paume, balle à l'escaigne, tamis, pallemail, billard, trou-madame, galet, quilles, boules, volant, trictrac, échecs, dames, loto, jeu de l'oie, hoca, pharaon, biribi, lansquenet, piquet, hoc, triomphe, reversis, quadrille, impériale, flux, culbas,

  • De la fin du XVIIe au début du XIXe siècle s'étend l'âge des dictionnaires marqué par le succès éditorial de genres particuliers et la formalisation d'une pensée classificatoire qui tend à prendre pour objets tous les éléments du réel. Les dictionnaires et les listes s'imposent dès lors comme de nouveaux supports de lecture du monde politique, social ou culturel, un phénomène auquel semble faire écho aujourd'hui le succès de Wikipédia. Or, sous des formes les plus diverses, la mise en liste des hommes, au même titre que celle des plantes ou des animaux, a constitué un événement majeur entre le XVIIIe et le XIXe siècle, soulevant des questions qui résonnent encore aujourd'hui. Des dictionnaires historiques aux nombreuses listes de noms qui envahissent l'espace public, il s'agit toujours d'opérations de qualification et de disqualification, de réputation ou de stigmatisation. La période révolutionnaire offre un laboratoire d'observation privilégié pour saisir les effets de ces listes qui servent autant à inclure les citoyens qu'à exclure les ennemis, en un monde où les repères traditionnels liés à la naissance et aux privilèges naturels ont volé en éclats. L'analyse des conditions de la prise de contrôle de ces listes, l'étude des modalités à partir desquelles se construit l'autorité sur l'écriture des notices biographiques, proposent ainsi des clés qui rendent possible l'étude des dynamiques politiques, sociales et intellectuelles qui se jouent dans et par le biais de véritables guerres de dictionnaires et batailles de noms.
    Du Grand dictionnaire de Moréri où s'établit la réputation nobiliaire à la fin du XVIIe siècle à l'entreprise de remise en ordre menée par les rédacteurs de la Biographie universelle ancienne et moderne au début du XIXe siècle où se fonde l'ordre bourgeois , cet ouvrage se propose d'interroger les effets de ces productions, trop souvent canonisées, en les replaçant dans leur contexte de production tout en mettant au jour les intérêts de leurs auteurs. Souvent méconnus, ces « faiseurs » de dictionnaires ou de listes constituent les objets centraux de cette analyse. Ces ouvrages tentent en effet d'imposer un ordre biographique à partir duquel se fixent les positions, les statuts et les réputations. On comprend dès lors que créer du désordre en falsifiant, travestissant ou en jouant sur son nom, peut constituer, avec l'avènement de l'individu-citoyen, à l'heure de la genèse et de l'extension de la sphère publique, un moyen de défendre l'intégrité, de plus en plus menacée par l'émergence d'une véritable biocratie, de son propre récit biographique. À l'heure de Wikipédia, cette archéologie du Who's Who de la société révolutionnée s'impose comme une réflexion politique et critique sur les systèmes de reconnaissance des individus en profondes mutations.

empty