Odile Jacob

  • Le destin historique d'un grand homme se dessine-t-il dès l'enfance ? Sabine Melchior-Bonnet montre dans ce livre que derrière tout héros, qu'il soit grandiose ou maudit, il y a... une mère. C'est dans les relations entre mère et fils que se joue aussi l'Histoire. Que seraient en effet Néron, François Ier, Louis XIII, Louis XIV, Napoléon, mais aussi Churchill, Staline, Hitler, sans leur mère ? C'est à la restitution de ces biographies historiques sous l'angle inédit des relations entre mère et fils que s'attache ici l'auteur. Et c'est à résoudre le mystère de ces destins uniques que nous sommes ici conviés, dans une série de portraits d'Histoire déroutants et inattendus. Sabine Melchior-Bonnet est historienne, spécialiste de l'histoire des sensibilités. Elle travaille au Collège de France auprès des professeurs Jean Delumeau et Daniel Roche. Elle a notamment publié une Histoire du miroir, Une histoire de la frivolité, et codirigé une Histoire du mariage. 

  • Radio-Alger, 22 avril 1961 : « Ici Radio-France. L'armée a pris le contrôle de l'Algérie et du Sahara... » C'est le début du putsch des généraux, et du récit palpitant qu'en fait dans ce livre Maurice Vaïsse. L'événement est bref : quatre jours, cinq nuits. Mais il renvoie à un temps plus long : celui de la crise qui couve dans l'armée et conduit à cet épisode saillant de la guerre d'Algérie, celui, aussi, de ses conséquences. Après 1940, la distinction entre le militaire et le politique se brouille : la Seconde Guerre mondiale et les conflits de décolonisation inversent les rapports, à la suite de crises à répétition opposant l'armée à la nation, jusqu'au putsch. Pourquoi cet échec ? Quelles en sont les séquelles ? L'ambition de cet ouvrage est de prendre la mesure de l'événement et de le replacer dans l'histoire, française et internationale. Maurice Vaïsse renouvelle ici une enquête inaugurée il y a quarante ans, cette fois avec la ressource d'archives alors inaccessibles. Il y a dans son livre les faits et la rigueur de l'analyse. On y perçoit aussi l'émotion d'un homme à qui l'Algérie n'est pas étrangère - il y est né et s'y trouvait en 1961 - et dont on sent la gorge nouée devant ce drame. De documents en témoignages, il restitue la dimension humaine du putsch, constamment présente?: dans l'attitude et les propos du général de Gaulle, les attentes des populations, les motivations et le comportement des officiers généraux - avec la dimension presque tragique du conflit des devoirs et des fidélités, et les désarrois de l'«?honneur?». Un livre de référence sur le putsch et sur de Gaulle. Maurice Vaïsse est professeur émérite d'histoire des relations internationales à Sciences Po. Il a dirigé, aux éditions Odile Jacob, Diplomatie française (2018).

  • Cuvier reconstituait un squelette à partir d'une dent. Deux siècles plus tard, sur la base d'un minuscule fragment d'os, et grâce à des méthodes génétiques de pointe, la découverte de l'homme de Denisova bouleverse le lignage humain en lui ajoutant une espèce qui ne survit que par les traces laissées dans notre ADN. La paléontologie et l'archéologie sont devenues moléculaires. Plus fort que Jurassic Park, où le passé revit dans la fiction, avec le séquençage de l'ADN, la paléogénétique s'est inventé une vraie machine à remonter le temps, inaugurant un extraordinaire voyage scientifique. Ludovic Orlando en est un pionnier. Son livre montre comment la génomique, grâce aux progrès fulgurants de la génétique, jette un éclairage inédit sur l'évolution de l'homme - ses migrations, ses sociétés et même ses langues -, mais aussi sur les grandes épidémies du passé, l'évolution du cheval et sa domestication, la naissance de l'agriculture, etc. C'est passionnant comme un roman policier : on résout des énigmes, de l'origine de la tortilla au mystère de l'extinction du mammouth et de l'ours des cavernes. C'est politique, aussi : déconvenue des suprémacistes blancs apprenant que l'homme de Cheddar, ancêtre emblématique des Britanniques, avait la peau noire ; usage biaisé de données génétiques contre les Palestiniens ; révélations sur un guerrier viking qui se révèle avoir été... une femme. Avec la paléogénomique, science d'avenir révélant un passé qui a des enjeux pour le présent, Ludovic Orlando nous entraîne dans une aventure scientifique éblouissante, aux confins du monde et dans la profondeur des temps. Ludovic Orlando est docteur en paléogénétique, directeur de recherche au CNRS, et dirige le centre d'anthropologie et de génomique de Toulouse à l'université Paul-Sabatier. Il est l'auteur du séquençage du plus ancien génome connu à ce jour, a été le premier à caractériser un épigénome ancien et à reconstituer l'histoire génomique de la domestication du cheval. Jean Guilaine est professeur émérite au Collège de France, spécialiste du Néolithique. 

  • « Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école ? » Eh non, ce n'est pas Charlemagne. Et ce n'est pas Jules Ferry qui l'a rendue obligatoire - il n'a pas non plus défendu le « lire, écrire, compter », au contraire... Bousculant les images d'Épinal et les certitudes partagées mais mal fondées, Claude Lelièvre remet les points sur les « i » de nos idées sur l'école et son histoire. Car la passion française pour les débats sur la question scolaire se nourrit d'approximations et de contre-vérités : l'auteur prend un malin plaisir à les démystifier. Son livre propose des explorations brèves à partir des références - convenues, erronées ou fallacieuses - à l'histoire de l'éducation dans les discours actuels. Les sujets abordés sont ceux qui nourrissent les polémiques d'aujourd'hui : la laïcité, l'égalité des chances et la sélection, les réformes scolaires, l'égalité des sexes, l'opposition entre instruire et éduquer, les « fondamentaux », l'école unique, le « roman national », le bac, etc. C'est vif, précis, parfois piquant. Un travail d'historien qui tente, sur un domaine crucial dans la vie de la République, d'apporter quelques lumières - selon le voeu de Condorcet : sans éblouir, mais pour éclairer -, « en amusant parfois, en étonnant souvent, mais en argumentant toujours ». Claude Lelièvre est historien de l'éducation, professeur émérite à l'université Paris-V, auteur d'une vingtaine d'ouvrages. Il tient le blog « Histoire et politique scolaires » sur le site de Mediapart. Il a publié aux éditions Odile Jacob, avec Christian Nique, L'École des présidents, et, avec Francis Lec, Les Profs, l'École et la Sexualité. 

  • L'invention de la Grèce Nouv.

    Il y a une Grèce de rêve. La douceur méditerranéenne et le marbre des temples, Périclès et Platon, Homère - l'Olympe à portée de main. « Berceau de la civilisation », « patrie du Beau et de l'Idéal » : on l'a bien souvent (ré)inventée, usant d'une Antiquité enjolivée ou tronquée pour mieux servir les desseins du présent. Grand amoureux de la Grèce, Patrice Brun entreprend ici de balayer clichés, idéologies et fantasmes pour dévoiler l'Antiquité telle qu'en elle-même?: à la fois familière et éloignée de nous. Certes, il y a de quoi être fasciné par les oeuvres, les écrits, la pensée politique des Grecs. Patrice Brun s'efforce de sortir de l'apologie, de remplacer une Grèce de musée embaumée dans l'éloge par celle de l'historien, soucieux des faits et du concret?: la guerre, les femmes, le sexe, les esclaves, la démocratie, etc. Voilà qu'elle renaît sous nos yeux, intensément vivante et colorée, crue, ambivalente, formidablement humaine. Un livre passionnant sur l'usage et le mésusage de la Grèce antique, où l'on redécouvre ses moeurs, sa politique, sa vie, au plus près de ce qu'elles ont vraiment été. Et une réflexion sur la manière dont l'Occident se perçoit lui-même à travers le passé magnifié dont il revendique l'héritage. Patrice Brun est professeur d'histoire grecque à l'université Bordeaux-Montaigne, qu'il a présidée de 2009 à 2012. Il est membre de l'Institut universitaire de France. 

  • Ce livre de Christian Ingrao a deux facettes. D'une part, c'est un texte d'historien sur des objets historiques situés : les discours, les représentations et les émotions des acteurs du génocide nazi ; le suicide de guerre en Allemagne et au Japon en 1945 ; la médecine d'urgence face aux attentats du 13 novembre 2015. Captivant. D'autre part, c'est un essai pour penser l'histoire, qui expérimente des rapprochements conceptuels et disciplinaires, qui analyse et met à l'épreuve notions et méthodes. Éclairant. À la fois livre d'histoire et livre sur l'histoire, il présente au lecteur l'oeuvre et la fabrique, dans un va-et-vient entre théorie et pratique qui fait la force du propos. Ainsi, la notion de paroxysme est d'abord analysée comme outil théorique pour l'historien, puis appliquée à des objets historiques qui en sont des figures et dont l'auteur est un spécialiste. On découvre l'historien au travail, réfléchissant sur sa démarche et ses concepts avant de les mettre en oeuvre pour explorer des passés utiles pour comprendre le présent. Tirant le bilan de vingt années d'enquête sur le nazisme et la violence de guerre aux xxe et xxie siècles, Christian Ingrao entreprend d'esquisser aussi « un avenir désirable pour l'histoire du temps présent ». Un livre d'histoire en même temps qu'un regard sur l'histoire de demain. Christian Ingrao Christian Ingrao est historien, directeur de recherche au CNRS. Il a dirigé l'Institut d'histoire du temps présent (2008 à 2013), enseigne à l'IEP de Paris. Il a écrit sur le nazisme et les violences de guerre aux XXe et XXIe siècles. 

  • Qui ne s'intéresse pas aux origines de l'homme ? En plus de soixante-cinq ans de carrière, des fouilles d'Éthiopie à celles du Tchad, de ses laboratoires du musée de l'Homme et du Collège de France aux palais présidentiels et princiers, le spécialiste de la préhistoire a rencontré les chefs d'État du monde entier. Le fossile devient prétexte à des échanges privilégiés avec ceux qui font l'histoire d'aujourd'hui. Yves Coppens nous dresse dans ce livre cinquante portraits inattendus et intimes des présidents Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, de la reine Elizabeth II, de l'empereur Haïlé Sélassié, de Nelson Mandela, des papes Benoît XVI et François et de bien d'autres... cinquante portraits qui sont aussi cinquante rencontres pleines d'esprit autour des questions fondamentales de l'origine et du devenir de l'espèce humaine. Yves Coppens est le découvreur mondialement connu de nombreux fossiles humains célèbres, dont Lucy. Il est paléontologue, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, professeur au Collège de France, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine. Il est l'auteur de Pré-ambules, Le Genou de Lucy, L'Histoire de l'homme, Pré-textes, Pré-ludes, Des pastilles de préhistoire, Origines de l'homme, origines d'un homme, etc., qui tous ont été de très grands succès. 

  • Près de quarante ans après son départ de l'Élysée, la mémoire du président Giscard d'Estaing (1974-1981) demeure brouillée. C'est le grand mérite de ce livre que de nous aider à y voir clair et de remettre ce septennat dans la perspective d'une vie tout entière consacrée à hisser la France au-delà d'elle-même. Hérétique et fossoyeur du gaullisme ? Par son ambition pour la mission historique d'une France à l'échelle de l'Europe, « VGE » nous a transmis le grand oeuvre du Général et le legs de la Constitution de 1958 en « héritier de l'avenir » et demeure, à ce titre, « le plus gaullien des hommes d'État français en dehors de l'éponyme ». Président distant et hiératique ? Ce livre, qui n'est pas une biographie, offre le portrait inattendu et sensible d'une vie publique étalée sur près d'un siècle, celui d'un homme passionné et dont la clairvoyance ne manquera pas de frapper le lecteur. Surtout, c'est une magistrale leçon pour les sciences de l'action, sur la transformation d'un pays enfin mûr pour épouser la mondialisation, un enseignement qui nourrira la réflexion de tous ceux qui cherchent à redonner impulsion et sens à l'engagement politique. Philippe Ratte, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'histoire, a déjà publié De Gaulle et la République (Odile Jacob, 2018). 

  • Depuis que l'Amérique de Trump a fait savoir qu'elle privilégierait ses propres intérêts (America first !), tous les regards se sont tournés vers la Chine : va-t-elle se substituer aux États-Unis et incarner une nouvelle forme d'hégémonie mondiale ? L'ordre international n'a-t-il pas besoin d'un leader, si possible bienveillant ? Avec ce livre, Bertrand Badie fait un sort à ce vieux concept des relations internationales. Pour lui, l'hégémonie est un mythe, car elle suppose une adhésion réelle et consentie, à l'image de la ligue de Délos formée par les cités grecques autour d'Athènes. Or une étude attentive de l'histoire montre que l'hégémonie ne s'accomplit jamais sans ambiguïté. Pis encore, elle conduit les puissances à s'aveugler sur le rejet qu'elles suscitent, nourrissant ainsi les mouvements qui peuvent les balayer. La banalisation de la posture contestataire - Erdogan, Poutine... - marque non la disparition de l'hégémonie, mais plutôt son inconsistance. Un essai brillant et profond qui nous invite à considérer d'un oeil nouveau les désordres actuels du monde. Professeur des universités à Sciences Po Paris, Bertrand Badie s'est imposé comme l'un des meilleurs experts en relations internationales. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages qui font référence, dont Le Temps des humiliés paru aux éditions Odile Jacob. Il codirige L'État du monde depuis douze ans.

  • Dans un monde de concurrence exacerbée entre les grandes puissances, de compétition pour l'accès aux ressources, d'affrontements violents entre les civilisations et les religions, une nouvelle guerre mondiale est-elle vraiment improbable, voire impensable ? Si elle veut survivre, l'humanité est « condamnée » à la paix. Mais quelle paix ? L'histoire nous éclaire. Depuis l'aube du néolithique, il n'y a eu de paix qu'impériale. Une telle paix ne saurait se réduire à l'exercice brutal d'une force arbitraire. Elle doit laisser aux populations dominées des zones d'autonomie, les persuader qu'il n'y a pas d'autre ordre possible. Or la Pax americana des années 1945-2003 a été la dernière paix impériale. La mondialisation, dynamique globale et conflictuelle, voue désormais toute ambition impériale planétaire, même celle d'une Chine réveillée, à l'échec. La seule paix mondiale possible doit reprendre le laborieux chemin de la paix contractuelle, démocratique et institutionnelle, exploré notamment par le philosophe allemand Emmanuel Kant. Il faudra bien bâtir la paix pour que notre terre ne devienne pas un enfer. Diplomate, puis chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), Philippe Moreau Defarges a enseigné à Sciences Po (Paris) et codirigé le rapport RAMSÈS (IFRI). Il est l'auteur d'ouvrages d'histoire des relations internationales et de géopolitique qui sont de grands classiques. 

  • Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, à Berlin, le monde a changé de visage. Le « mur de la honte » s'est effondré sans combat. Et la guerre froide de s'achever, et l'URSS d'exploser... Ce livre raconte les manoeuvres, les tractations, les intrigues qui ont mené à ce basculement. Pourquoi l'URSS n'a-t-elle pas réagi comme par le passé ? Quelle a été l'action... ou l'inaction de Mikhaïl Gorbatchev ? Contre quelle redoutable conjuration de cavaliers de l'Apocalypse une Raïssa Gorbatcheva, par exemple, a-t-elle dû lutter pour retenir le bras armé du maître du Kremlin ? Sur le devant de la scène ou en coulisses, quel a vraiment été le rôle de chacun des acteurs ? À la manière d'un thriller, cette enquête historique inédite révèle la partie de poker stratégique d'une rare perversité qui, du printemps 1987 à l'automne 1990, a mobilisé les grands fauves de la géopolitique et du renseignement soviétiques, allemands et anglo-saxons. Avant, pour ainsi dire par inadvertance, de provoquer l'impensable, la fin de l'Empire soviétique. Écrivain et journaliste, Michel Meyer a été pendant plus de quinze ans le correspondant en Allemagne d'Antenne 2, de France Inter et de L'Express. Intime de la chose allemande, confident et traducteur de Willy Brandt, proche des chanceliers Helmut Schmidt et Helmut Kohl et expert des problématiques Est-Ouest, il est aussi l'auteur d'une douzaine d'essais et de romans, dont Le Frère rouge et Le Réveil du poisson-chat. 

  • « Je voudrais, après tant d'autres, rouvrir le procès de la Révolution, et donner tout d'abord la parole à un procureur jusqu'ici peu entendu : Joseph Joubert (1754-1824). Ami de Chateaubriand, il consacre une part importante de ses Carnets à une méditation sur la Révolution française, dont il a été un témoin engagé. Ses conclusions - sévères - l'amènent à condamner sans réserve ce qu'il considère comme la cause principale de la tornade révolutionnaire : l'esprit des Lumières. On donnera acte à Joubert de ce point : il y a un lien organique, une solidarité essentielle entre la Révolution et les Lumières. Deux siècles plus tard, après les expériences russe et chinoise, qu'en est-il de la Révolution ? Est-elle toujours d'actualité ? Et si l'on continue de voir en elle la fille des Lumières, comment la penser de telle sorte qu'elle reste fidèle à son hérédité ? » E. T. Emmanuel Terray est anthropologue et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il a notamment publié chez Odile Jacob Lettres à la fugitive et Ombres berlinoises, qui ont été de grands succès. 

  • Ce livre lève le voile sur le rôle décisif - et totalement méconnu - qu'a joué l'Asie dès 1900 sur la scène du monde. Sait-on ainsi que la victoire du Japon face à la Russie en 1905 a été déterminante pour le jeu des alliances qui entraîna la Première Guerre mondiale ? Ou encore que c'est en Mandchourie, dès les années 1920, que s'est mise en marche la Seconde Guerre mondiale ? Que la guerre froide est née en Asie en 1945, et que c'est également là que s'est recomposé l'ordre international, à la fin des années 1970 ? S'appuyant notamment sur les travaux d'historiens chinois, japonais ou coréens, Pierre Grosser montre que le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis étaient - et sont encore - des puissances asiatiques. Un livre qui renouvelle notre lecture géopolitique du XXe siècle et nous fait comprendre pourquoi l'Asie est si importante aujourd'hui. Pierre Grosser Pierre Grosser est historien, spécialiste des relations internationales qu'il enseigne à Sciences Po-Paris. Il a été directeur des études de l'Institut diplomatique du ministère des Affaires étrangères à sa création (2001-2009). Il est l'auteur de Traiter avec le diable ? (prix de la Revue des Deux Mondes, 2014). 

  • « Les démocraties sont, à leur manière, des systèmes vivants. Mais il ne suffit pas qu'elles vivent : il faut qu'elles survivent. Par conséquent, il nous faut identifier et analyser, de façon lucide et critique, les dispositifs qui, dans une démocratie, surveillent et corrigent les inévitables dysfonctionnements et imprévus, internes et externes, que son existence lui réserve. Ce sont ces mécanismes qui la rendent robuste et en assurent la survie. La robustesse d'une démocratie est son assurance sur la vie. » P. K. Philippe Kourilsky s'exprime ici en citoyen et en scientifique. Appliquant les concepts de robustesse et de complexité, centraux en biologie, il met au jour les défauts de démocratie qui expliquent la crise actuelle : défauts d'altruisme qui fonde le devoir de solidarité, de discussion qui permet la participation à la vie démocratique, d'efficacité sans laquelle il n'y a pas de bien-être... Puis il ouvre des pistes pour rajeunir notre système politique, parmi lesquelles la science et l'éducation jouent un rôle primordial. La réflexion d'un scientifique de haut niveau sur l'un de nos biens les plus précieux : la démocratie. Chercheur au CNRS, ancien directeur de l'Institut Pasteur, Philippe Kourilsky est professeur émérite au Collège de France et membre de l'Académie des sciences. Il a notamment publié Les Artisans de l'hérédité, La Science en partage et Le Temps de l'altruisme, des ouvrages majeurs qui ont été de grands succès. 

  • Fondateur de l'anatomie comparée et de la paléontologie, Georges Cuvier méritait une biographie pas comme les autres. Mêlant la science, l'anecdote historique et la correspondance de l'époque, celle que lui consacre Philippe Taquet plonge le lecteur dans une époque troublée, où la description d'une mâchoire de dinosaure côtoyait celle de la pile de Volta, où l'armée de la République pillait les musées européens pour remplir le Louvre et le Muséum, et où il fallait plusieurs mois pour faire venir de Hollande deux éléphants, les premiers que l'on vit à Paris, tandis qu'émeutes et attentats éclataient quelques rues plus loin. Il est bien difficile aujourd'hui d'imaginer l'incroyable engouement pour la science qui s'empara de la France sous la Révolution, le Consulat et le Directoire. Il fallait édifier une science nouvelle qui fasse oublier celle de l'Ancien Régime et structure une société inédite. Le Muséum et le Jardin des plantes (ex « Jardin du Roi ») furent repris par des jeunes savants brillants - Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Brongniart, Lamarck. Certains suivirent Bonaparte en Italie et en Égypte, d'autres noyautèrent l'Institut et le Collège de France, tous firent de la France du début du XIXe siècle le centre scientifique de l'Europe. Le « citoyen » Georges Cuvier en est l'exemple type. D'abord naturaliste amateur, il gravit tous les échelons de la gloire scientifique en créant une nouvelle discipline, l'anatomie comparée, et en l'étendant aux animaux fossiles, qui étaient alors de totales énigmes. Philippe Taquet Paléontologue, Philippe Taquet a été directeur du Muséum national d'histoire naturelle et président de l'Académie des sciences. Après son Empreinte des dinosaures (1994), il a publié en 2006 le premier tome de sa trilogie consacrée à Georges Cuvier : Naissance d'un génie. 

  • Les relations internationales ont connu ces dernières décennies d'importants bouleversements. Comment la diplomatie française s'adapte-t-elle à ce nouvel ordre du monde, alors même qu'elle dispose de l'un des trois premiers réseaux de postes diplomatiques ? Elle a ainsi subi des réformes sans précédent, que ce soit dans son organisation ou dans son action, comme aussi dans le choix des hommes et des carrières. Plus que tout autre, le Quai d'Orsay a été touché par ces transformations. À travers sa politique extérieure, à travers le ministère des Affaires étrangères, c'est le visage même de la France du XXIe siècle qui se dessine. L'ambition de ce livre est de nous en tracer les contours et de nous en restituer l'histoire. C'est au coeur de la Ve République que nous sommes ainsi conduits. Car, si les diplomates continuent à jouer un rôle essentiel de représentation, d'information et de coordination de l'action extérieure de la France, la négociation et la prise de décision sont de plus en plus l'apanage de l'Élysée. Voici donc le portrait saisissant du nouveau Quai d'Orsay, de son évolution passée et de ses perspectives à venir, et du futur qu'il ouvre aujourd'hui pour la France dans le monde. Ouvrage dirigé par Maurice Vaïsse, professeur émérite d'histoire des relations internationales à Sciences Po. avec la collaboration de Louis Amigues (ancien ambassadeur), Denis Bauchard (ancien ambassadeur), Frédéric Charillon (professeur de sciences politiques), Marie-Christine Kessler (directrice de recherches émérite au CNRS), Dephine Lagrange (maître de conférences en sciences politiques), Isabelle Richefort (conservateur général du patrimoine aux Archives diplomatiques), ainsi que d'une quarantaine d'auteurs, de diplomates, de conservateurs d'archives, de hauts fonctionnaires, d'historiens et de politologues. 

  • Voici le récit de Raymonde Bonnefille, une des rares femmes à avoir participé aux expéditions archéologiques et paléontologiques en Éthiopie dans les années 1970. Ses recherches ont été capitales pour la connaissance du milieu dans lequel vivaient les hommes préhistoriques. Son témoignage unique nous fait vivre de l'intérieur cette aventure scientifique qui aboutit à la découverte de la plus célèbre australopithèque, Lucy. Vie quotidienne sur un chantier de prospection, travail de terrain avec les équipes scientifiques française et américaine... cette plongée passionnante nous emmène au coeur des grandes expéditions internationales dans les paysages du Rift est-africain, qui contribuèrent de façon si remarquable à la connaissance des origines de l'Homme. La grande époque des explorations paléontologiques en Afrique de l'Est racontée par une chercheuse, témoin privilégié de cette incomparable aventure scientifique. Raymonde Bonnefille est normalienne, biologiste, géologue de formation et palynologue (spécialiste de l'étude des pollens). Elle a été directrice de recherche du CNRS et a travaillé au laboratoire de Géologie du quaternaire à Marseille Luminy, puis au Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement à Aix-en-Provence (université d'Aix-Marseille), effectuant de nombreux séjours scientifiques aux États-Unis. Elle est la spécialiste internationale, pionnière de l'utilisation des pollens pour la reconstitution de l'histoire des forêts et des paléoclimats en Afrique. 

  • Les avant-gardes en art ne sont-elles pas misogynes ? Censées être le lieu de toutes les libertés, de toutes les ouvertures, n'occultent-elles pas, elles aussi, en toute bonne conscience, la contribution des femmes ?Si la pratique artistique féminine a toujours été riche et abondante en France, l'opposition des institutions l'a longtemps cantonnée à un rôle subalterne, montre Marie-Jo Bonnet. Tout a-t-il changé avec le XXe siècle, alors que tout semblait éclater ? Certainement pas. Bref, êtres sensibles et délicats, les femmes seraient toujours bornées aux arts mineurs, à la méconnaissance, à la simple exposition narcissique. Alors qu'Annette Messager a été choisie pour représenter la France à la biennale de Venise, où en est-on ? Peut-on encore soutenir que, si les femmes sont moins bien considérées en art, c'est parce que leurs oeuvres seraient de moindre valeur que celles des hommes ?Un ouvrage polémique qui montre la persistance des clichés et des conformismes sexistes dans le milieu de l'art contemporain. Marie-Jo Bonnet est historienne et écrivain. Elle a notamment publié Les Relations amoureuses entre les femmes (XVIe-XXe siècle), Qu'est-ce qu'une femme désire quand elle désire une femme ?, Les Femmes dans l'art.

  • Le 18 juillet 1936, une partie de l'armée espagnole se soulève pour renverser la IIe République, née en 1931 et coupable, selon les généraux félons, de conduire à la révolution. La guerre civile commence, mettant aux prises d'un côté les démocrates et les organisations ouvrières, de l'autre les militaires rebelles conduits par Franco et les partis de droite et d'extrême droite soutenus par l'Église. L'Espagne voit s'affronter directement les trois grandes tendances politiques qui marquèrent le début du siècle, les " trois R " : réforme, révolution et réaction. En 1939, cette dernière l'emporte, installant une dictature qui durera jusqu'en 1975. La guerre d'Espagne, souvent considérée comme la préfiguration de la Seconde Guerre mondiale, fut avant tout un conflit national, une guerre qui traversa les moindres villages, une véritable convulsion de toute la société espagnole. Une des premières histoires de cet affrontement crucial des années 1930 qui, loin des images d'Épinal et du discours militant, nous fait pénétrer au coeur des villages, des organisations et des institutions en guerre, et fait le point des recherches les plus récentes. Historien, François Godicheau enseigne à l'université de Toulouse-Le Mirail.

  • Eve Curie

    Claudine Monteil

    Fille de Pierre et Marie Curie, Ève Curie fut une femme d'action et de conviction. Tour à tour, et avec le même sens de l'engagement et de l'audace, elle est présente aux côtés de De Gaulle dès juin 1940, correspondante de guerre couvrant tous les fronts, de l'Europe, de l'Afrique et de l'Extrême-Orient, simple soldat volontaire des Forces françaises libres, conseillère spéciale du secrétaire général de l'OTAN, seule femme à occuper, en pleine guerre froide, un poste d'une telle envergure stratégique. D'une détermination farouche, exerçant une véritable fascination sur les médias, elle sillonne le monde avec son mari, l'Américain Henry Labouisse, directeur exécutif de l'Unicef, et s'engage au service des enfants et dans la lutte contre la faim durant la crise du Biafra. C'est ce parcours d'exception d'une femme de tous les défis, éprise d'action et de liberté, que relate ici Claudine Monteil, en s'appuyant sur de nombreuses archives inédites du fonds Curie. Ève Curie ne fut pas scientifique, mais elle eut l'étoffe d'une héroïne pour la défense des libertés. Claudine Monteil, issue d'une famille de scientifiques de grand renom, ancienne diplomate, a occupé plusieurs fonctions en relation avec les Nations unies, notamment auprès de l'Unicef et l'Unesco. En hommage à son père, mathématicien, médaille Fields et prix Abel, elle a publié chez Odile Jacob un roman policier intitulé Complots mathématiques à Princeton. 

  • La parfumerie moderne s'est constituée à travers de lentes ruptures. Avec le sacré tout d'abord, avec la pharmacie et, plus près de nous, avec la nature. Le prêtre parfumeur a laissé la place au parfumeur apothicaire, médecin, gantier, couturier, artiste, chimiste et industriel. Avec l'avènement des molécules de synthèse, le parfum se dégage de ses liens avec les corps végétaux et animaux. Désincarné, il devient produit abstrait et objet marketing. C'est cette histoire que retrace ici Annick Le Guérer, de l'Antiquité à nos jours, en passant par l'âge d'or de Versailles, l'époque des Coty, Guerlain, Caron, Chanel ou encore Lanvin et Patou, jusqu'au triomphe des grands groupes lessiviers. Elle dresse aussi un bilan de la parfumerie aujourd'hui : face à la concentration industrielle et aux stratégies de la grande distribution, la parfumerie « de niche » et les nouveaux « indépendants » réussiront-ils à redonner sa richesse créative au parfum ? Bref, redeviendra-t-il objet de rêve ? Anthropologue, historienne et philosophe, Annick Le Guérer est spécialiste de l'odorat, des odeurs et du parfum. Elle a notamment publié Les Pouvoirs de l'odeur.

  • Charles Quint

    Denis Crouzet

    Charles Quint règne sur presque toute l'Europe, de l'Espagne aux Pays-Bas, de l'Allemagne à la Franche-Comté, de la Lombardie à la Sicile. Au-delà des mers, il conquiert les vastes territoires des Empires aztèque et inca. Mais, en quelques années, la chrétienté se divise, en proie à la sédition religieuse. C'est un portrait inattendu de l'Empereur que dresse ici Denis Crouzet : rêvant d'une monarchie chrétienne universelle, Charles Quint est déchiré entre son désir de paix et les devoirs de gloire que lui imposent son rang et son sang. En quelques années, de 1545 à 1552, ce souverain à la puissance inégalée voit s'effondrer le monde et s'ouvrir des temps de violence et de peurs. Denis Crouzet est professeur d'histoire du XVIe siècle à l'université Paris-Sorbonne. Ses travaux portent sur les imaginaires de paix et de violence à la Renaissance. 

  • 1940 : la France capitule devant les troupes du IIIe Reich. Le 17 juin, Pierre Verdeil et trois camarades de lycée quittent Brest à bord du dernier navire en partance pour l'Angleterre. Ils n'ont jamais été soldats, ils ne connaissent pas de Gaulle. Ils sont la France libre, cette poignée de volontaires qui refusent la défaite. Devenu préfet de police, en pleine tourmente de Mai 68, Verdeil mêle et démêle ses souvenirs, reprend la trame de vies emportées par l'Histoire. Il cherche la vérité, et peut-être avant tout la sienne. De Bir Hakeim à la Libération de Paris, voici l'aventure d'hommes ordinaires devenus des héros. Dans la lignée de L'Armée des ombres, Jean-François et Lucie Muracciole livrent ici le roman des Français libres. Une histoire, un roman époustouflants. Jean-François Muracciole est historien, professeur d'histoire contemporaine à l'université Paul-Valéry de Montpellier. Spécialiste de la Résistance, il a codirigé l'Encyclopédie de la Seconde Guerre mondiale et le Dictionnaire de la France libre, et il a notamment publié Les Français libres. L'autre Résistance. Lucie Muracciole est maître de conférences en études italiennes à Sorbonne Universités, spécialiste de théâtre et traductrice. 

  • « C'est par le cinéma que je sus que le pire venait juste d'avoir lieu », écrivait le critique Serge Daney. Plus précisément, grâce à Nuit et Brouillard, le film d'Alain Resnais sorti en 1956. Walter Benjamin incitait l'historien à « découvrir dans l'analyse du petit moment singulier le cristal de l'événement total ». C'est ce que propose Sylvie Lindeperg dans cette microhistoire du court-métrage qui a marqué profondément notre imaginaire des camps nazis.À partir d'archives inédites, elle reconstitue la genèse et les enjeux du film. Elle s'interroge sur les lectures et les usages, parfois inattendus ou contradictoires, dont Nuit et Brouillard a fait l'objet en France comme à l'étranger. Elle retrace le destin singulier de ce « lieu de mémoire » en suivant l'évolution des regards portés sur les images et sur l'événement depuis cinquante ans. Elle pose, dans toute son actualité, la question du rapport entre l'archive et la représentation des camps. Sylvie Lindeperg, historienne, est maître de conférences à l'université Paris-III-Sorbonne. Elle a publié Les Écrans de l'ombre. La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma français (prix Jean-Mitry de l'Institut Jean-Vigo) et Clio de 5 à 7. Les actualités filmées de la Libération.

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